RÉVOLUTIONS ET ÉMEUTES
t La mort, cet arbitre qui juge sans appel, a étendu € la main sur les deux parties et a terminé les queï relies de la vie... oh! puissions-nous apprendre de « ces cendres réconciliées à ne pas éterniser le souve- I nir des injures, à calmer la fièvre de nos ressentii ments et à étouffer toute espèce de vengeance. ■>
En moins d'un siècle, l'édifice maudit destiné à recevoir les victimes des crimes privés, a reçu trop souvent les victimes de nos discordes civiles.
L'insurgé, le même dans tous les temps, est venu reposer sur la même pierre que le pauvre soldat, esclave du devoir et n'ayant apporté dans le combat ni haine ni passion.
Ils sont tous arrivés là. A mesure que nous tournions une page, il nous semblait voir défiler comme dans une apparition leur lamentable cortège.
Vétérans de la Bastille, suisses du 10 août, soldats de la garde royale de 1830, gardes nationaux des émeutes de la rue Transnonnain, gardes municipaux de 1848, gardes mobiles des journées de juin, débris de nos armées de 1871, ils viennent les uns après les autres, ensanglantés, brûlés, pétrolés, mutilés affreusement, répondre à l'appel de l'histoire et apporter leur témoignage accusateur.
Une ligne sur un registre a été la seule épitaphe de ces martyrs de la fidélité et de l'honneur militaire ; il ne reste pas d'autres traces de tant de sacrifices obscurs, d'héroïsmes restés sans récompense ; et de cet amas de cadavres, sur lequel s'est élevé l'édifice
m PARIS QUI SOUFFRE
brillant de plus d'une forlune politique, se dégage,
avec une odeur de mort, un sentiment d'amère et de
profonde tristesse.
Tel est le bilan politique de la Morgue depuis le
jour où devant les ruines d'une vieille prison abandonnée, dont la restauration fait aujourd'hui, au champ de foire, l'amusement des parisiens, le peuple fraternisant avec des soldats rebelles, goûta les premières ivresses de l'émeute.
Tel est le tribut qu'en moins d'un siècle, les ambitions des hommes, sources intarissables de révolutions et de guerres, sont venues jeter sur le pavé de la sombre maison.