TARIS (JUI S ( ) 1' F F 11 K
« adieu pour la vie ; nous avons pcM-du courage ci « nous voyons que l'avenir serait encore pire ; nous « ne sommes pas nés sous l'étoile du bonheur ; suret tout ne faites pas de frais pour notre enterrement; ï nous ne pouvons plus vivre, ça nous fait trop de a peine ; ma femme et moi nous vous embrassons <t tous, et tous deux nous sommes en train de nous « embrasser avant de nous lancer dans l'éternité. « Adieu, mes enfants, priez pour votre père et votre « bonne mère, »
Puis viennent les orgueilleux qui se font gloire de décrire leurs impressions dernières.
« Il y a quinze minutes, écrit l'un, que j'ai vidé la ï coupe meurtrière et ma main est encore sûre, le « cœur bat encore assez pour vous dire adieu, par- (( donnez-moi, ma vue se trouble, mes jambes flé- « • chissent ; . . . je meurs peut-être 1
« C'est étonnant, écrit un autre qui a pris du lance danum et du chloroforme, je croyais que j'allais « souffrir et je ne souffre pas du tout, je suis étonï namment calme et je croyais que j'allais sentir une « angoisse, mais pas du tout, c'est presque du bien- « être que j'éprouve, singulier état ! . . .
Quelle sécheresse de cœur et quel désenchantement dans cette autre lettre : « Puisque l'on n'est « même pas libre de quitter la société sans encore « lui rendre des comptes, je me conforme à la règle, « je me supprime parce que je m'ennuie et que je « suis désolé de la mort de ma maîtresse. »
LES INCONNUS J'aime mieux celui qui laisse un moi pour son concierge en lui disant : « Monsieur Pierre, vous prentt drez des précautions en me retirant lïion revolver, « il reste encore quatre balles, vous pourriez vous « blesser. »
Il y a aussi ceux dont le cœur a été si profondément ulcéré que leur dernière pensée est une accusation contre les autres.
« Je veux, dit l'un, que personne ne suive mon « corps, pas même ma femme.
« Il y a trop longtemps que je souffre moralement, « écrit l'autre, la mesure est comble, que ceux qui « sont cause de ma mort réfléchissent... »
Voilà par quelques exemples les souffrances que l'on trouve dans cette cohue que poussent sans cesse vers la Morgue, tant de causes diverses, chagrins de famille, revers de fortune, amour, jalousie, débauche, ambition, maladie, crainte du châtiment, et par-dessus tout, la triste folie.
Du temps de la basse geôle, les médecins constataient le plus souvent que les gens avaient été tués dans quelque combat nocturne, de coups de pointe et de taille ; aujourd'hui ce sont les suicidés par pendaison et surtout par submersion qui fournissent le plus fort contingent. L'année dernière on en comptait trois cent quarante.
Mais en vérité les gens qui ont quelque prétention
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devraicnl bien s'arranger de façon à se donner en spectacle ailleurs qu'à la Morgue ; nous sommes un peu de l'avis de l'un des historiens de la bohème parisienne, Alfred Dclvau, lorsqu'il dit dans son livre sur les Deftsous de Paris, à propos de ce lieu qu'il appelle l'avant-dcrnierjit: « Je ne comprends pas que « ceux qui ont résolu de jeter leur guenille humaine <i au vent ne choisissent pas une autre façon, et un « autre lieu pour le faire, on vous trouvera laid sur « la dalle de la Morgue. Quand on meurt en public, « il faut savoir mourir avec grâce comme un gladiaot teur; autrement, ce n'est pas la peine. »
Cette préoccupation se rencontre en effet dans les lettres d'un grand nombre de suicidés; bien qu'ils veuillent quitter le monde, ils se préoccupent encore de ses jugements ; il y en a plus d'un qui ne se serait peut-être pas tué s'il avait su que son corpB irait à la Morgue ; dans son livre sur le suicide et la folie suicide, Brière de Boismont a fait cette juste remarque : <t Plusieurs de ces infortunés, dit-il, ne peuvent supporter l'idée que leur dépouille mortelle sera exposée aux regards; la pensée de la Morgue leur est surtout pénible ».
Et cependant c'est la Morgue qui les prend presque toujours.
On peut rattacher à deux sources les cadavres déposés à la Morgue :
I.KS llKCO.NNAISSANr.ES 22/ Les uns trouvés sur la voie publique sont envoyés par les soins du commissaire de police du quartier, non plus comme autrefois sur des brancards, mais dans des petites voitures à bras ; les autres, victimes présumées d'un crime, sont reçus en vertu des ordres soit du parquet ou des officiers de police judiciaire en cas de flagrant délit, soit du juge d'instruction, lorsqu'une information est ouverte.
Afin d'éviter l'encombrement et aussi par un sentiment de convenance très louable, la préfecture de police recommande à ses agents de n'envoyer à la Morgue les individus trouvés sur la voie publique qu'autant que leur identité n'est pas établie et qu'ils n'ont pas de domicile où on puisse les déposer.
Certains propriétaires d'hôtel avaient eu la prétention de se débarrasser des corps de voyageurs morts dans leur chambre en obtenant du commissaire de police de les envoyer k la Morgue.
Par une circulaire du 27 juillet 1876, le préfet de la Seine, M. Ferdinand Duval, rappela qu'il était convenable que les corps de toute personne, soudainement frappée, fut ramené au domicile qu'elle avait choisi, quelque passager qu'ait été son séjour, et enjoignit aux commissaires de police de prêter leur concours à la réintégration des corps.
Les cadavres apportés à la Morgue se divisent en quatre catégories :
Ceux qui restent inconnus.
Les reconnus réclamés.
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Les reconnus abandonnés.
Enfin ceux qui par ordre de justice sont déposés momentanément à fin d'autopsie.
Ces derniers sont également inscrits sur le registre commun à côté des suicidés ; il nous semble qu'il serait convenable d'éviter aux familles cette fâcheuse confusion.
La principale attribution du grefiier consiste à obtenir des reconnaissances.
Des indemnités supplémentaires sont allouées au personnel pour recherche de cette identité dans l'intérêt des familles ; autrefois on avait la fâcheuse habitude de donner 7 francs par chaque inconnu, de façon que certains employés peu scrupuleux s'empressaient (le faire disparaître ce qui pouvait renseigner.
Les actes de décès des individus reconnus sont dressés par le maire du lieu du dernier domicile, et ceux des inconnus par le maire du IV* arrondissement où se trouve la Morgue et où le décès est présumé avoir lieu, conformément aux articles 81 et 82 du Gode civil.
On ne saurait trop recommander aux commissaires de police, toutes les fois qu'un cadavre est trouvé dans leur quartier, de rechercher avec le plus grand soin son nom et de ne pas l'envoyer trop vite à la Morgue, afin d'épargner aux parents ce qu'il y a de pénible à voir l'acte mortuaire indiquer comme lieu du décès le no 2 du quai de l'Archevêché.
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L'admiaistraLioa encourage le plus qu'elle peul. les reconnaissances et rappelle par des inscriptions, qui sont le seul ornement de la salle d'exposition, que les déclarations sont absolument gratuites ; déjà le 6 décembre 1736, le lieutenant criminel de Paris avait été obligé pour détruire unpréjugé très répandu, de publier qu'il n'en avait jamais coûté et qu'il n'en coûtait rien pour reconnaître les cadavres apportés à la basse geôle du Ghâtelet.
Dans le Miroir historique, politique et critique de Paris en 1807, Prudhomme dit qu'une famille paie SO livres au bureau de police pour faire enlever le cadavre et il ajoute : « il nous semble qu'il serait t juste de ne pas faire payer les funérailles des indi- « gents, afin de ne pas les priver de donner lasépul- •I ture à celui que la misère a porté à abréger ses « jours ».
L'auteur a dû commettre une erreur, nous n'avons trouvé nulle part la moindre trace de cette sorte d'impôt; la gratuité absolue a toujours été le prin-' cipe.
Pour que la Morgue donne, au point de vue de la constatation des identités, d'utiles résultats, il ne suffît pas que le fonctionnaire chargé des écritures soit, comme aujourd'hui, un homme intelligent et zélé, il faut aussi qu'il soit investi d'un pouvoir assez étendu pour procéder aux enquêtes relatives aux cadavres inconnus ; il y a à cet e'gard, une réforme fort nécessaire à opérer.
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Lorsque le médecin a déclaré que le cadavre ne porte aucune trace de crime, la justice n'a pas à s'en occuper; chargée exclusivement de poursuivre les faits criminels ou délictueux, elle n'a aucun oflice à remplir dans les cas de mort naturelle et ne peut plus comme autrefois étendre la main sur le corps des suicidés.
C'est donc à l'administration seule qu'incombe le soin de rechercher le nom, d'établir l'état civil des inconnus, dont la mort ne peutétre attribuée à un crime.
Le greffier est ainsi chargé du service des reconnaissances, l'un des plus dilRciles et des plus importants de la préfecture de police, l'un de ceux où les erreurs, les négligences peuvent avoir les plus graves conséquences.
11 faut qu'il examine le cadavre avec le plus grand soin, qu'il interroge habilement ceux qui prétendent le reconnaître.
Dans ces sortes d'interrogatoires, qui presque toujours s'adressent à des personnes d'une éducation restreinte et trop imparfaite, il faut beaucoup de tact, de sagacité et de patience.
Le service photographique, organisé en 1874 à la préfecture de police, facilite le service des reconnaissances ; les photographies des inconnus complètent leur signalement sur le registre d'entrée. On en voit toujours à la porte de la Morgue un certain nombre reproduites sur une même feuille où elles offrent le plus hideux assemblage qui puisse se voir.