CONCLUSION
avantages ou des inconvénients de l'exposition publique.
Faut-il sur ce point rester en dehors dè ce courant d'idées sages qui tend de plus en plus à supprimer les exhibitions de nature à corrompre les imaginations populaires?
Depuis longtemps on a renversé le pilori.
Le jour est prochain, je le souhaite, où les exécutions se feront dans l'intérieur des prisons.
Le spectacle de la Morgue n'est pas meilleur, que les autres ; il habitue à la vue du sang et au mépris de la vie humaine.
Arrière au moins, ces enfants qui viennent pour satisfaire de précoces curiosités.
Arrière cette foule indiscrète, ces femmes au regard impudique, ces rôdeurs à la recherche d'une émotion ou d'un crime ; fermez les portes devant eux.
Ne les ouvrez qu'à ceux qui sont amenés par un intérêt avouable ; par cela seul la Morgue se transformera.
Nous en appelons au témoignage de ceux qui l'ont vue à l'heure où le public s'est retiré et lorsque le silence y règne ; elle prend tout à coup un air de majesté, elle devient presque un lieu sacré..
Ajoutez à cela des dispositions intérieur^ qui témoignent d'un certain respect pour la dignité de la mort et d'une sollicitude compatissante pour la douleur.
318 l'AIilS OUI SOUFFRE
Accordez à ces pauvres cadavres une hospilalité qui soil digne et sans honte.
Que les familles aient la ressource, dans certains cas, d'y déposer leurs morts jusqu'à l'heure de la séparation suprême, et qu'un corps puisse être apporté en ce lieu de désolation, sans se trouver privé pour cela des pieux hommages dont il eût été entouré au foyer domestique.
Le caractère infamant de l'ancienne basse geôle et de la Morgue moderne disparaîtrait ainsi.
Celle-ci perdrait jusqu'à son nom; elle deviendrait la Maison Mortuaire.
Le lecteur, sans avoir la patience trop méritoire de feuilleter ce livre jusqu'à la dernière page, pensera que la première chose à critiquer, c'est le sujet luimême; il traitera de bizarre, tout au moins, l'idée que j'ai eue de pénétrer dans ces dessous pleins d'une myste'rieuse horreur ; il me reprochera d'avoir dévoilé des misères, attristantes sans doute, mais qui sont la conséquence de toutes les agglomérations humaines et sur lesquelles il vaudrait mieux jeter un voile.
Ce raisonnement que je me suis fait avant de prendre la plume ne m'a pas convaincu; il n'est pas tout à fait superflu de rappeler à une ville où l'on excelle à rire, à oublier et à jouir, qu'il existe dans les coîiis cache's des souffrances qui attendent peut-