ÉTYMOLOGIE DE LA MORGUE
Après avoir rappelé ce qu'elle lut, il sera plus facile de dire ce qu'elle devrait être.
Le lieu destiné à recevoir les cadavres dans un intérêt de justice ou de police, a reçu quelquefois le nom de Morne, sans doute parce que ce mot exprime , une idée de tristesse.
« Tout un peuple suivait, morne, glacé d'horreur », dit le poète tragique.
«c C'est à l'Hô tel-Dieu, c'est à la Morne », écrivait le lieutenant de police Mercier dans ses premiers Tableaux de Paris en '1783, que l'on aperçoit les nombreuses et déplorables victimes des travaux publics et d'une trop nombreuse population.
Prudhomme, dans le Miroir de l'ancien et du nouveau Paris en 1804, dit également Morne ou basse geôle; il en est de même dans une description de Paris publiée à Londres en 1805.
Nous avons aussi retrouvé cette expression dans des documents administratifs : un procès-verbal d'un commissaire de police du 18 juillet 1791 , et un procèsverbal d'enquête au sujet des événements du 20 août 1792.
Mais le rriot Morgue est le seul qui soit resté en usage.
Dans le dictionnaire de l'Académie de 1694 et même dans les nouvelles éditions des dictionnaires de Richelet,et de Furetière en 1728, il ne figure encore que sous la seule acception de guichet de prison.
C'est en 1718 seulement, que, par une extension
de sonscns primitif, il fait son entrée au dictionnaire de l'Académie, comme désignant l'endroit où les corps sont exposés à la vue du public.
On le trouve aussi avec le même sens dans le nouveau dictionnaire de Ménage en 1750 et dans celui de Trévoux en 1771.
Voltaire l'emploie dans une lettre du 11 novembre 1777 à M. de Thibouville ; il n'apparaît toutefois dans les actes administratifs et sur les registres qu'en 1804, à l'époque où, comme nous le verrons plus loin, la basse geôle disparut avec les derniers débris du Grand-Ghâtelet.
Le mot avait eu une plus noble origine.
Il fut, paraît-il, d'après le Glossaire de la langue française de Saint-Palais, le nom d'une fée, sœur d'Arthur et élève de l'enchanteur Merlin.
Elle avait sans doute le regard fixe et hautain et le visage altier, semblable au Jupiter de Pantagruel, qui « feit une morgue tant espouvantable que le « grand Olvmpe en trembla ».
Littré, d'accord avec Grandgagnage, trouve la première origine du mot dans le languedocien morga qui veut dire museau, visage.
Cette opinion nous semble bien plus fondée que celle qui ferait dériver morgue de mort, par analogie avec le juron mordieu et par altération mordienne, morgue, morguienne, c'est-à-dire mort de Dieu.
Les écrivains du xvi' siècle employaient souvent le mot morgue pour exprimer une façon hautaine et