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dans le silence de la cellule, elle rappelle les fautes anciennes, les bonnes occasions perdues, les leçons dédaignées, les avertissements méconnus ; c'est alors qu'ils cèdent presque tous au désir de raconter leur vie, sans s'arrêter au danger de fournir des armes contre euxmêmes; ils obéissent bien moins à un sentiment d'orgueil, à un espoir de justification, qu'à un irréxstibie besoin de soulager leur cœur.^ Abadie qui, avec Gilles, avait assassiné une femme en \um portant onze coups de couteau et en l'étranglant, m'écrivait un jour : « Je vais vous donner quelque idée sur mes rêve^ affreux, par lesquels vous pourrez voir si Ton souffre après le crime commis; je me couche souffrant. Aussitôt les yeux fermés, cette pauvre femme est ià, debout devant moi ; je vois sa poitrine percée des coups mortels que nous lui avons donnés, ses vêtements pleins de sang, et à terre cette mare de sang dans laquelle elle baigne ses pieds, c[ le même sang est après ma main; mon poing est même fermé, li je crois tenir encore le terrible couteau à la lame sanglante qui a donné la mort à cette malheureuse femme ; elle me réclame la vie que je lui ai prise aussi injustement. Ce fantôme se relève enfin, mais quand je lui ai promis un repentir sincère et quand j'ai réclamé d'elle sa miséricorde. »
Sans doute il y a dans ce récit une emphase qui peut faire douter de sa sincérité, mais parler du repentir c'est savoir tout au moins qu'il existe; j'aime mieux cet autre disant:
« Je suis coupable, j'attends le coup qui doit me frapper avec résignation ; je ne suis plus un homme, la vie même m'està charge; on ne peut vivre avec un pareil crime sur la conscience ; à toute heure je vois cette femme, je m'effraie moi-même; mon pauvre père et cette femme morte sont l'objet constant de mes préoccupations; d'un côté la houte, le désespoir de faire peser sur les vieux :
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JOUIS (Je mon père uq pareil crime, d'un autre côté l'horreur de mon crime... Refusez toute permission à quiconque demanderait à me voir, je suis indigne de reparaître devant qui que ce soit. »
Cette crainte de voir ses parents, ses amis, tous ceux qui sont encore honnêtes, est un des traits par lesquels se manifeste le plus souvent la honte de la faute commise.
« Je suis fou de douleur, m'écrivait un autre, car j'ai peur que mon malheureux père ne survive pas à l'échec que je lui ai fait subir. Je prélfère que vous ne lui donniez pas de permission. «
En 1879, un tout jeune homme, Knobloch, que ses aveux ont envoyé au bagne, écrivit à sa mère pour lui confesser son crime :
« Je suis le seul assassin, — j*ai déshonoré ma famille, je ne suis plus digne de rester dans la société, j'appelle la mort de tout mon cœur ; je ne peux plus me présenter devant toi sans baisser la tête; ah! si j'avais eu quelqu'un pour me conduire depuis le jour où je suis parti de chez toi, je ne serais pas le meurtrier que je suis aujourd'hui ; si tu viens me voir et que tu me pardonnes, je serai encore heureux dans mon malheur. — Je me jette à tes pieds pour te demander pardon. »
« J'ai il me disait un assassin exécuté depuis « confiance dans la justice et dans Dieu qui nous a fait arrêter pour que nous ne recommencions pas. »
«< J'ai bien su que je faisais mal, disnit un autre, j'ai des regrets, oui, pour sûr, je sais que je mérite d'être condamné pour longtemps. »
Entendez encore Gamahut ; à la veille de mourir, il se souvient de cette trappe de Mortagne, séjour de paix et de recueillement, où étant jeune il a passé quelques semaines, il songe a ce qu'il aurait pu être si au lieu de lâcher la bride à tous ses instincts il se fut
soumis aux règles de la pénitence et il écrit au vénérable abbé, qui peut-être ne l'a pas oiiblié : « Comme la justice des hommes est inflexible, il faut espérer qu'il n'en est pas de même de celle de Dieu; je m'attends à être condamné à la peine de mort, semence finale qui fait frémir l't^tre pour qui elle est prononcée ; je crois .\ une punition de Dieu ; en me voyant arriver au point où je suis tombé, je la considérerai comme venant de lui. »
Un malheureux jeune homme tire sur son père qui refusait de consentir à son mariage, le lendemain il écrit : « J'ai un gfand repentir d'avoir agi ainsi envers un si bon père et un homme qui a été si bon pour moi ; je voudrais bien lui demander pardon et me mettre devant lui à genoux. »
Marchandon, à la suite de ses aveux, adresse au juge un mémoire dans lequel il s'exprime ainsi : « Dans le wagon, en retournaiit à Compiègne après le crime, j'étais seul. Je me mis à pleurer à plusieurs reprises en pensant à ce que j'avais fait; une fois arrivé chez nous, je faisais tout pour cacher mon émotion; la nuit je ne dormis pas ; à quatre heures on me surprit pleurant, on me demanda ce que j'avais, je ne répondis pas... Voilà le récit de mon gmnd malheur. J'en demande pardon à Dieu et à la justice des hommes, ainsi qu'à cette pauvre famille que j'ai plongé d.ins le deuil. »
« J'ai passé une triste nuit», disait un autre qui avait tiré un coup de revolver sur son rival : a je croyais à tout instant apercevoir dans le coin le plus obscur du cachot où j'étais, une tète pâle, grim.içante, ayant au front un trou rouge, cela doit s'appeler le rç-^ mords. »
Quelquefois même le remords devient si écrasant, il brûle b poitrine d'un feu si dévorant, il se traduit par un malaise physique tellement intense, cxpLuion corporelle de la faute même sur cette
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tem, il obsède Tesprit nvec tant de ténacité, il étreint dans une si douloureuse angoisse, que les plus forts succombent et, renonçant à lutter davantage, ils vont eux-mêmes, s'ils ne se tuent, se li vrer à la justice.
Lorsque fut commis, au cabaret de la Tour MalakofF, l'assassinat que je rappelais plus haut, les coupables restèrent inconnus pendant deux ans. Puis un jour un gardien de la paix est abordé dans la rue par un individu qui lui dit : « Venez avec moi, il s'agit d'un assassinat, venez de suite.» Et comme l'agent semblait incrédule, il ajoute: <e On me coupera la tête si on veut, mais je diraila vérité, vous allez voir une belle page sous vos yeux. »
Cet homme se livrait parce que le souvenir de son crime lui rendait la vie insupportable et, dans un mémoire adressé à son avocat, il analysait ainsi ses sensations: a La Providence avait lancé ses arrêts, et il était temps pour décharger ma conscience mutilée, pour expier et recevoir un pardon de mes fautes passées, que je m'en montre digne. »
C'est ainsi encore que le jeune Ducret, vainement cherché, se présentait lui-même au bout de plusieurs jours au poste de police et disait : « C'est moi l'assassin de la rue de Trévise, arrêtez-moi, je ne peux plus vivre comme cela. »
Les agents, qui ne sont pas très férus en psychologie, n'admettent pas volontiers qu'un criminel puisse avoir l'idée de se mettre lui-même dans leurs mains ; leur premier mouvement est de traiter d'ivrognes ou de farceurs les gens qui viennent ainsi décliner leur qualité d'assassin ; on commence par leur fermer la porte etce n'est qu'à force d'insistance qu'ils parviennent à se faire arrêter.
Faut-il, en présence de ces incontestables manifestations du remords, admettre que l'un des caractères constants du criminel c'est
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rinditTércnce complète en face de sa victime ; sans doute, chez les jeunes criminels surtout, un sentiment de forfanterie, lorsqu'ils sont devant leurs complices, les excite à faire les braves, à paraître n'éprouver aucune émotion, quand ailleurs, on esi obligé de les mettre en présence du cadavre; mais lorsque les inculpés ne jouent pas un rôle et se laissent aller à leur nature, ou voit combien il leur est pénible de supporter la vue de leur victime on des objets qui leur rappellent le crime ; je ne sais pas si cette émotion pénètre jusque dans leur cœur, mais elle fait au moins tressaillir leurs nerfs.
Au moment où on présente au jeune Foullois, la photographie de sa victime, il détourne la tête et dit au juge : « Je vous en prie, ne m'obligez pas à regarder cela. » Lorsque Barré voit sur la table de la Morgue les débris du cadavre qu'il a dépecé, ses jambes flageolent, des gouttes de sueur coulent le long de ses joues, son teint devient livide, il faut le soutenir et il a à peine la force de dire : « Cachez cela, je vous en prie, je ne puis voir ces choses. » Depuis que la photographie est devenue un utile auxiliaire de la justice en remplaçant les plans et les dessins, il arrive souvent que le juge, à la demande du médecin légiste, fait reproduire le cadavre en tout ou en partie, non pas pour impressionner le jury par d'horribles exhibitions, mais pour fixer d'une façon incontestable les points matériels sur lesquels le débat pourra s'engager ; il m'est arrivé plusieurs fois de me servir de ces reproductions, pour apprécier, avec plus de précision peut-être qu'au moyen des compas de l'école positiviste, le degré de sensibilité de certains criminels qui me semblaient particulièrement endurcis. Je laissais à leur portée, comme par mégarde, au milieu d'autres papiers, la photographie du cadavre, je remarquais bientôt qu'elle exerç;iii
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comme une sorte de fascination sur eux, leurs yeux la cherchnient, ils n'écoutaient plus mes questions, leur voix devenait rauque, leur visage s'altérait et ils ne reprenaient leur sang-froid que lorsque, mon expérience faite, je faisais disparaître la troublante image.
M. Ferri affirmait au congrès de Rome que Finsensibllité chez le criminel va si loin qu'elle lui permet de dormir en paix à côté de celui qu'il a tué; je ne sais pas comment les choses se passent en Italie, en France nous n'en sommes pas encore là, fai constamment observé que les assassins restaient le moins longtemps possible auprès de leur victime, souvent môme ils lui voilent la face ; je sais bien que dans une affaire récente tous les journaux ont raconté que de jeunes meurtriers s'étaient amusés à mettre des bougies sur le corps d'un homme, qu'ils venaient de tuer et à danser autour de lui, on a même publié un horrible dessin de cette scène avec une légende non moins épouvantable ; si ce récit est tombé sous les yeux de certains anthropologistes, je m'imagine qu'ils l'auront noté comme une preuve à l'appui de leurs doctrines, et que je le retrouverai un jour dans quelque livre de philosophie pénale j cependant il n'y avait là qu'une fable suggérée à des reporters par de malicieux agents,
il y a au contraire dans la nature humaine un fonds de sensibilité que le vice ne parvient jamais à combler tout à fait et d'où jallit à certaines heures, comme d'une source qui n'est pas encore complètement tarie, le sentiment du remords.
Parmi ces misérables qui, par leurs crimes ont exaspéré l'indignation pubhque, il s'en trouve beaucoup dont les instincts étaient plutôt doux et ne sont devenus féroces que le jour où leurs intérêts ont été en jeu ; souvent ils aiment la nature, s'attendrissent, laissent voir par mille traits qu'au lieu d'être des rejetons sauvages ils
ont au contraire au fond de leur cœur des sentiments affectueux, que le vice seul les a pervertis ; que de fois n'ai-je pas entendu des assassins me dire : « Ah ! monsieur, je ne comprends pas moimême comment j'ai pu me laisser aller à faire une chose semblable, car je ne suis pas un homme à faire du mal à une mouche. »
L'assassin de M"' Cornet écrivait à une fille, sa maîtresse : «t Ah oui, nous avons été heureux ensemble dans notre petite maison; mon jardin et mes pauvres bêtes que je soignais tant, tout cela n*est plus qu'un rêve, je ne les reverrai plus; » et dans une auti^ lettre : « Ecris-moi de temps en temps pour me donner un peu de courage ; je ne dors pas ; je pense à notre petite maison et à nos pauvres bêtes qui doivent être mortes ; si tu restes à CompiègnCf aie soin des petits poulets et de mes oiseaux. »
Dans la mansarde de Lebiez, quand il fut arrêté, s'étalait sur sa table une gerbe de coquelicot et de marguerites qu'il avait été cueillir dans le bois de Meudon ; au moment de l'afTaire Tropmann, on parlait beaucoup de sa sensibilité ; on s'attendrissait sur lui, on disait : «Il aime sa mère, il adore sa mère, rien n'est plus touchant que de l'entendre parler de sa mère. » Je citerai encore cet autre criminel qui a%^ait commis un ass.-is* sinat et un vol ; les témoins le représentaient comme un homme d'une extrême sensibilité ; il ne pouvait voir la couleur du sang, il se trouva mal et fut obligé de se mettre au lit un jour qu'on vaccinait son enfant.
Tous ces exemples;, que je pourrais multiplier àTinBui, ne prouvent-ils pas que ce n'est point une férocité native, un instinct sauvage, mais i'intérêt et le calcul qui, à un moment donné, jusqu'à coque le but soit atteint, font un criminel de l'homme jusque-là inoffensif.
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Les criminels sont aussi très sensibles aux articles de journaux qui se publient sur leur compte, non point, saut pour quelque*s-uns, que leur vanité soit flattée du bruit qui se fait autour de leur nom, mais ils éprouvent au contraire de la honte à la pensée que tout le monde va connaître leur action et leurs antécédents; que de fois n'ai-je pas entendu cette réflexion : a Que va devenir ma pauvre mère quand elle lira tout cela; » a Je sais bien, m*écrivait un jeune assassin qui vient d'être gracié, que la liberté de la presse existe et que vous n'y pouvez rien, mais, je vous en prie, faites venir ma mère, et dites-lui que ce qu'on a raconté n'est pas vrai. »
La Prcfecture de police, obéissant à des considérations d'un ordre particulier, ne se doute pas de l'embarras qu'elle cause aux juges d'instruction, en permettant à ses agents de donner des informations aux journaux, hors les cas où le magistrat estime que cela peut être utile à l'enquête ; les prévenus s'en plaignent souvent, j'ai vu l'un d'eux entrer dans un terrible accès de rage, qui faillit causer la mort d'un garde, parce qu'il venait de lire dans un journal qu'on lui avait fait passer, le récit très détaillé des aveux qu'il avait faits la veille.
tt On sait parexpénence, adit excellemment M. Maximedu Camp, qu'il n'est si farouche malfaiteur, qui ne garde au fond de son cœur un point vulnérable; il ne s'agit que de le découvrir, et souvent ce n'est point aisé. Ces malheureux échappés des tapis francs, et attendus par les bagnes, ressemblent aux vieilles èpinettes qu'on rencontre dans les auberges des villages allemands ; toutes les touches en sont brisées, sauf une seule qui résonne encore lorsqu'on met le doigt dessus. J'ai vu des hommes tout pétris de vices et dégouttants de crimes éclater en sanglots, lorsqu'on leur parlait dç
leur mère ou de leur village. >» Rien n'est plus vrai ; le juge en s'imaginant qu'il contraindra aux aveux, par le raisonnement, par une habile déduction des preuves, par la puissance de la logique, se trompe singulièrement; ce genre d*argumentation ne sert qu'à mettre le prévenu sur ses gardes ; l'intelligence se défend mieux que le cœur, c'est par lui seulement qu'oiL-. peut entrer dans la place; une larme sert plus utilement la justice:^ que les argumentations les plus serrées ; tel criminel, qui niait devancq l'évidence elle-même» avoue, parce que sa maîtresse le supplie, pour elle-même, de dire la vérité, ou parce qu'il est touché par la douceur de la mère de sa victime. Celui-ci, qui se montrait rebelle à tous les efforts, s'émeut à la vue d'un témoin qui lui rappelle sa jeunesse; un autre fait des aveux pour sauver un ami ; les prévenus d*une intelligence supérieure, bissent parler le juge avec une grande indifférence lorsqu'il leur expose les charges, mais se montrent inquiéta etdéfiants, dès qu'il aborde les sujets de nature à éveiller leur sensibilité; l'âme reprend ainsi ses droits, elleatteste sa vitalité, et réfute par ses élans l'erreur de ceux qui ne voient dans l'homme que des organes soumis i d'inexorables lois; le crime, autant que la vertu, proclame cette faculté de vouloir, contre les lois mêmes de sa nature, qui est l'apanage de l'homme, et la justice peut sans crainte continuer son œuvre.
Le principe de la responsabilité, qui est la base de notre système pénitentiaire actuel, rencontre ou plutôt retrouve un adversaire dans les théories exagérées de l'hypnotisme ; elles commencent déjà à s'introduire dans les débats judiciaires, et je me demande, non sans inquiétude, comment les malheureux jurés ferontpour ne pas confondre les phénomènes que la science constate chezdes malades, avec les comédies renouvelées de Mesmer et de Qigliostro.
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« Dès aujourd'hui », s'écriait un eathousiasie à la suite d'une opération pratiquée sans douleur à l'Hôtel-Dieu sur une femme hypnotisée, « la responsabilité humaine est qu;isi supprimée ; attendez qae la Faculté ait gravi le second échelon ; elle trouvera alors qu'après ia piissivité, l'hypnotisme peut créer l'aciiviié, endormir la conscience comme il endort la douleur, armer le bras comme il a fait mo ta -voir les jambes de l'opérée de l'autre jour. »
Il y aurait plus d'une réponse i faire, je me contenterai d'une
siiri pie observation, en admettant qu'on puiss^, pendant le som-
**^^il, suggérer h des sujets prédisposés Tidée de commettre des
actions criminelles, cela ne supprime pas la responsabilité, mais
'«*• déplace seulement, en la faisant passer de celui qui agit à celui
S^i ordonne ; il n'en existe pas moins, comme dans toutes les
actions humaines, une volonté dirigeante que la justice aie devoir
^e punir.
Les vérités qu'on veut obscurcir s*imposent au vrai savant, «omme au magistrat, qui chaque jour, de près, dans les prisons, interroge le criminel et parle à sa conscience ; un des analystes <Ie récole moderne raconte dans un beau roman l'histoire du disciple conduit au crime par le matérialisme de l'école ; le frère de sa victime a fait justice et l'a tué; il est étendu sur un lit, et sa mère prie près de lui ; le maître, le grand négateur, inhumain à force de logique, est là ; il contemple son œuvre ; pour la première fois il s'humilie et se trouble ; les mots de la seule oraison, qu'il se rappelât de sa lointaine enfance « Notre père qui êtes aux cieux, » lui reviennent au cœur et on le voit pleurer.
« Les admirateurs de la théorie des passions, deTanaiomiede la volonté, eussent été bien étonnés, dit l'auteur, s'ils avaient pu voir ce qui se passait dans cette chambrer; les matérialistes, les négateurs
de la conscience, de la responsabilité, seraient bien surpris, à
leur tour, s*ils savaient que plus d*une fois, dans la solitude de la
prison, le détenu, pendant que ses yeux se mouillent de larmes,
murmure la prière qu'il récitait autrefois sur les genoux de sa
mère.