CHAPITRE VI
ALIÉNÉS CRIMINELS
la folie. — Alcoolisme. — Infirmerie du Dcp6t. — Crime et folie. — Imprévoyance des lois. — Evasions et sorties prtimaturiScs. — Asiles <péci.nux. — Exemple Je l'Angleterre. — Responsabilité limitée. — La psychologie aux assises. — Acquittements funestes.
|aks la recherche des causes, qui non seulement sans interruption mais avec une progression constante, se chargent de remplir les prisons, ces hôtelleries du crime, j'ai suivi le procédé de Fécole positiviste. On prétend que ceux qui croient encore à la responsabilité eiau libre arbitre sont en retard de plusieurs siècles et que leur doctrine ne repose que sur des idées métaphysiques à écarter comme des hypothèses inutiles; sans méconnaître la valeur de ces idées, et sans approuver le moins du monde ceux qui les dédaignent, j'ai voulu procéder par la méthode expérimentale; j'ai interrogé la vie des criminels, j'ai consigné leurs réponses, je n'ai pas craint de leur laisser la parole, j'ai dégagé les faits les plus caractéristiques, et tout en suivant un chemin diflférent, je suis arrivé, avec les criminalistes de la vieille école, à cette conclusion que le crime ne s'impose à personne, qu'il est l'œuvre de la volonté humaine, et qu'il a toujours son origine dans une £iute personnelle, domestique ou sociale.
Une fois ce principe atErmé, au nom de l'expérience, je n hésite pas à aborder le clupitre des exceptions.
La théologie nous enseigne que Thomme naît avec la t.iche du péché originel; d*après les positivistes, c'est la loi de l'atavisme qui pèse sur lui pour le ramener au type bestial et cruel de ses ancêtres; ce qui distingue ces deux doctrines, c'est que Tune excite à l'effon, que l'autre condamne au découragement, que Tune fait entrevoir l'espoir du relèvement et de la rédemption, que l'autre nous oppose ce destin fatal contre lequel il est impossible de lutter; Oreste l'invoquait devant TAéropage pour se justifier d'avoir tué sa mère ; mais de quelque façon que Ton veuille expliquer l'attraction vers le mal, vers l'égoïsme, vers la jouissance qui fait le fonds de notre nature, en même temps qu'elle nous excite ^ la lutte salutaire et méritoire, U n*y a que les gens de parti pris ou que ceux dont l'hérédité froisse les sentiments sottement égalitaires, pour contester la transmission que les générations se font les unes aut autres; sur ce point la science moderne, en ce qu'elle a de plus avancé et de plus hardi, vient à l'appui des doctrines théologiques; et, h l'heure où on entend dire que Finfamie du père ne doit pas rejaillir sur les enfants, que la naissance est un accident dont on ne doit tirer ni profit ni honte, que tout principe d'hérédité doit être proscrit dans le pouvoir, dans les fonctions, dans la fortune, voici que l'anthropologie, qui n'est pas à coupsûr une doctrine arriérée, prétend démontrer que l'hérédité est la grande loi de l'humanité, et que la plupart des criminels n'ont fait qu'obéir à leurs dispositions natives.
Cela n'est pas contestable dans une certaine mesure; il y a des ressemblances morales comme il y a des ressemblances physiques ; les traits du visage se perpétuent aussi bien que les qualités dç
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Bi 4as Tcaseaièle étlà aiaàtm^cm oettlère ; le puncipcda ton ^m 'X pK peratCMK ig^ ilcuuiic son ■ncffigicnce, se roûhxi^ loaioas dans n faoB infiiifatllr, et si U loi biMMine ne «oa« sidère qae h coBiéfacBoe mmbÊatt do aime, k jostice divine n'aonh n«n de trop ÎBpbcdiJe sî elle résenraii ses plus teml4e$ chââœcnts i ceox qui par fenrs excès ont condimoé ï U dégèoires* ceoce et à la destnictioa phramis gioéniioiis d udividas.
Tome altératûn de h coasdence, de Fintel^cnce provient le plus souvent de Êraies personnelles à lliomme, les unes imputables k celai-là roénie qui en soo&^e, les autres k ses ascendants ; h forme la |dus complète de ces altérations, c'est b folie ; U y a des foQS par vice de confonnation ou lésion des organes, ccux-ljt sont des êtres imparfaits, des monstres, des malades qui échapt>cni à toute responsabilité. L'homme n'est pas fait pour la folie ; la raison est son apanage, il est aussi naturel pour lui d'av'oir Tcsprit sain qae d'avoir deux jambes ou deux bras, mais il se rend fou et il communique sa folie; demièremeut un condamné à mort disait, au moment où on entrait dans sa cellule pour lui annoncer que l'heure de l'exécution était arrivée : « C'est l'ivrognerie qui est cause de ma mort. »• L'aLooIisme , si favorisé par l,i
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liberté illimitée du cabaret, est à coup sûr l'une des grandes routes de la folie et du crime, les statistiques officielles établissent elles-mêmes l'accroissement parallèle de la consommation alcoolique, du crime, du suicide cl de la folie; et je ne saurais mieux dire qu'en citant les réflexions, hélas ! trop platoniques du dernier compte général de la justice : « Le vice de l'ivrognerie, si Ton en juge par l'augmentation des cas d'aliénation mentale dont il est la cause et par la progression incessante de la consommation des spiritueux, est une des plaies les plus vives donisouffi'e la société. »
Au point de vue et à cause de tout le mal qu'ils font, on serait tenté de traiter dans bien des cas les fous comme des coupables, mais leur folie même est déjà leur punition, on les trouve dignes de pitié, et il faut se borner à les mettre dans l'impossibilité de nuire.
Il y a des fous qui ne sont dangereux qu'au point de vue de la conduite de leurs intérêts matériels; dans une certaine mesure, ils sont inoffensifs et la loi civile donne des moyens suffisants pour remédiera leurs erreurs et en prévenir les conséquences;* il y en a d'autres dont les désordres cérébraux se manifestent par des actes violents, par des attentats contre les personnes ; s'ils se séparent des criminels par l'absence de volonté coupable, ils se confondent avec eux par le mal qu'ils occasionnent, et peu importe à celui qui succombe sous les coups d'un assassin, que la main qui le frappe ait été inconsciente ou ait obéi à une volonté libre; c'est le résultat qu'il faut voir, sinon au point de vue de la morale, au moins dans l'intérêt de la sécurité sociale. « Après tout, a dit fort justement un àes maîtres du barreau, M. Barbou, le plus sûr et le n!us utile serait peut-être de juger de l'état de l'intelligence par les actes et la volonté comme on juge de l'arbre par ses fruits; d'autant plus que
ALIÉNÉS CRIMINELS
c'est par ses actes que l'homme peut se nuire à lui-même ou nuire aux autres; dans les relations de la vie sociale, il faut se préoccuper des effets beaucoup plus que des causes; un aliénisie peut gémir sur la condamnation de Pnpavoine, je confesse humblement qu'elle me laisse entièrement froid. Il y a dans l'application des lois des choses 'qui sont justes parce qu'elles sont nécessaires,
D y a peut-être moins à redouter du malfaiteur conscient que de l'aliéné irresponsable; l'un peut être touché par le remords, se corriger sous l'action de la peine et rentrer par une heureuse exception dans la voie de l'humanité; l'autre n'est accessible à aucun des sentiments qui provoquent l'amendement, c'est une force brutale que rien ne peut maîtriser; s*il y a des récidivistes dans le crime, il y en a encore plus dans la folie arrivée a un certain degré; tout individu dont la folie se traduit par une propension au meurtre est un être malfaisant qui, à h première occasion, sous l'influence des mêmes causes, se laissera aller à de nouvelles violences; bien des vies auraient été sauvées si ces principes de simple bon sens étaient appliqués, et si trop souvent on ne sacrifiait à des intérêts secondaires et à des questions personnelles, la sécurité de tous; les portes des prisons et des asiles se referment tous les jours derrière ces êtres malfaisants, mais elles se rouvrent avec trop de faciUïé, sous toutes sortes de prétextes; notre législation, sur ce point, est absolument défectueuse, etnous expose à de perpétuels périls; on entend répéter qu'il n'y a rien déplus facile que défaire enfermer quelqu'un, et que les maisons de santé sont de nouvelles bastilles où souffrent, dans d'impénétrables cachots, les malheureuses victimes de l'arbitraire médical; lavérité est qu'il n'y en a pas assez pour contenir tous ces aliénés dont le nombre augmente sans cesse; il en est des séquestrations arbitraires dans les asiles, comme
<Jes erreurs judiciaires : elles constituent des faits exceptionnels et tellement rares, que Ton est réduit à citer toujours les mêmes.
Le mal social n'est pas de ce côté, il est bien plutôt dans les imperfections des lois, et dans la faiblesse de ceux qui, chargés de les appliquer, reculent devant les responsabilités dont les menace l'opinion publique si souvent aveugle et passionnée.
Par l'acte criminel qu'il a commis, l'aliéné commence par appartenir à la justice, mais après avoir constaté son irresponsabilité, elle le livre à l'administration qui, i la moindre apparence de guérison, le rend à la liberté, pour ne pas encombrer les asiles; c'est au Dépôt de la préfecture de police que sont amenés les aliénés que les commissaires de police des quartiers font arrêter en quelque sorte en flagrant délit d'aliénation mentale, et surtout ceux dont la folie s'est manifestée par des actes délictueux ou criminels.
Au quai de T Horloge, sur la façade de la Cour de cassation, s*ouvre une porte voûtée qui mène dans les cours du Palais de Justice; à gauche est le dispensaire, à côté duquel un vieux bonhomme, un profond philosophe qui connaît mieux que personne certains côtés de Paris, vend du fil et des aiguilles aux personnes que leurs habitudes professionnelles, comme on Ta dit, amènent régulièrement dans ces tristes parages ; de l'autre côté se trouvent Iç commissaire de police du quartier Saint-Germain-rAuxerrois et les bureaux de la permanence.
Quand on a franchi cette voûte, on se trouve dans une première Cour sur laquelle donnent, au premier étage, les salles de la Chambre criminelle; et de temps en temps, lorsque la voiture cellulaire résonne sur le pavé, on aperçoit derrière un rideau qui se soulève la toque de velours à galon d'or de quelque conseiller à la Cour suprême ; on a devant soi un petit édifice composé d'un
Tez-de-chaussée et d*un étage seulement, il s'applique comme une
^sorte de contrefort aux bâtiments non moins lourds du Dépôt, qui
la dominent de toute leur masse disgracieuse; des fenêtres étroites
pratiquées dans l'épaisseur des pierres détaille, rappellent seules que
4ies êtres vivants y sont enfermés ; au-dessus d'une petite porte,
semblable à l'entrée d'un sépulcre, on lit ce mot : Infirmerie ; en
passant le long des murs, on voit descendre de voiture un
B malheureux qui se débat, on entend des lamentations, des ru-
H gissements et parfois aussi des chants et des rires plus attristants
encore.
K La prison du Dépôt et l'infirmerie des aliénés sont ainsi côte à côte et communiquent par un couloir intérieur; la folie est la plus proche voisine du crime; elle peut quelquefois l'expliquer et le rendre excusable ; en plaçant la maison des fous au seuil même de la maison des criminels, il semble qu'on ait voulu rappeler au
I magistrat que son premier soin doit être de rechercher si ceux qu'il est chargé de Juger sont responsables, et s'ils ont agi dans la plénitude de leur liberté morale.
t Toutes les fois qu'un individu soupçonné d'avoir commis un crime, donne au moment de son arrestation des signes de folie, il est amené à Finlirmerie du Dépôt; le médecin de la préfecture procède à un examen sommaire; sur son avis, le préfet de police peut ordonner le placement d'office dans un asile; mais l'iiiforma- I tion n*en suit pas moins son cours; le juge d'instruction procède Bà des interrogatoires, commet des médecins légistes pour l'examen mental, et statue ensuite par son ordonnance sur l'état de resnonsabilhé du prévenu.
KDe chaque côté du Dépôt, on a ménagé huit petites cellules pour es hommes et autant pour les femmes; d'abord comme nombre.
elles sont insuffisantes; l'année dernière l'infirmerie a reçu 3 ijog aliénés, et souvent on est obligé d'en mettre plusieurs ensemble; ces cellules sont presque privées d'air, elles n*en reçoivent que par un petit guichet pratiqué pour la surveillance du gardien, dans la porte qui donne sur un couloir étroit, et par une ouverture garnie d'un verre dépoli, ne s'ouvraiit qu'à moitié sur la cour commune du Dépôt, de façon que le pauvre fou est incommodé par des émanations infectes et agité par le tapage assourdissant des détenus ; il est là enfermé nuit et jour, sans promenade, sans autre distraction que la visite du médecin; il va, vient dans sa cellule, appelle les gardiens, et au guichet de la porte, on voit sans cesse apparaître ses yeux hagards qui semblent supplier; parmi ces malheureux, tous ne sont pas aliénés au même degré, quelques-uns même ne le sont pas du tout ; ainsi l'année dernière, sur le chiffre que j'ai donné, 359 ont été mis en liberté.
Ce n'est pas tout : au manque d'air et d'espace, il fout ajouter une insupportable chaleur en été; comme les cachots sont obscurs, il faut tenir le gaz allumé toute la journée; des becs brûlant à pleine flamme ont été maladroitement placés au-dessus de la porte de quelques-unes de ces cellules, notamment de la cellule a** 4 réservée aux fous furieux; malgré le verre et le grillage qui les garnissent, ils projettent directement leurs rayons brûlants sur le visage du malade et font miroiter, sous ses yeux éblouis, la toile cirée d'un blanc cru avec laquelle cette sorte de boîte est capitonnée. Les aliénés ne font que passer par l'infirmerie du Dépôt; il est rare que leur séjour se prolonge au delà de trois jours, c'est déjà beaucoup trop, tellement ils y souffrent; l'administration déplore la mauvaise installation de Tinfirmerie, les médecins aussi ; mes critiques ou plutôt mes prières ne s'adressent qu'à ceux aux-
les conserve parce qu'ils ne sont pas connus, je vais dire ce qu' sonr pour contribuer à les faire disparaître.
Un éminent procureur général de la Restauration, M. Moun disait à propos de certains articles de journaux sur le mauvais é des prisons : « Que les écrivains gardent le silence, c'est aux for». Ci tionnaires publics ou aux députés de la nation h signaler les abus. De notre temps, il n'est plus guère de réforme qui puisse s'accornplir si ropinioû publique, par la voie de la presse, ne vient l'imposer.
Selon le résultat de l'examen médical, l'inculpé est dirigé sur la prison ou envoyé dans une des maisons d'aliénés du département de la Seine; mais quelquefois au cours d'une information un détenu, soit à Mazas, soit dans toute autre prison, donne des signes de dérangement d'esprit, réclamant un traitement spécial et obligeant le magistrat à le faire examiner par des aliénistes; il est tout à la fois inhumain et incommode de maintenir dans les chambres de Saint-Lazare ou dans les cellules de Mazas, hiites pour des coupables et non pour des malades, les prévenus dont les facultés mentales paraissent troublées ; c'est cependant ce qui se fait ; il est , extrêmement difficile au juge d'instruction d'obtenir que les détenus qu'il croit devoir soumettre à un examen médical soient transférés dans tes établissements administratifs spéciaux, où ils seraient mieux soignés et placés dans des conditions plus favorables à l'observation. On répond que les maisons de fous ne sont pas faites pour remplacer les prisons; cela est absolument vrai, mais d'un autre côté, en attendant que l'état de l'inculpé soit définitivement fixé, il est certain que les prisons sont des lieux absolument impropres à l'examen médical.
Lorsque le médecin légiste a déposé son rapport au juge d*inv»
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truction par lequel il a été commis, celui-ci rend une ordonnance de non-lieu ou de renvoi devant la juridiction de jugement, selon qu'il considère l'inculpé comme ayant ou non la responsabilité de ses aaes ; cette appréciation [est quelquefois très délicate, non seulement parce que l'irresponsabilité peut se cacher sous les apparences de la raison, mois aussi h cause de l'habileté de certains individus, parfaitement sains d'esprit, à jouer la comédie de la folie; que de fois ne voit-oa pas des détenus tenir en échec pendant de longs mois la sagacité des médecins les plus expérimentés et des magistrats les plus défiants ; ils se trahissent en général par les exagérations mêmes de leurs divai^ations et de leurs prétendues hallucinations; et ce qui complique souvent l'examen du médecin, c'est que le vrai et le faux peuvent se mêler, des aliénés étant très capables d'exagérer volontairement leur folie ; les simulateurs se recrutent aussi bien chez des gens parfaitement sains d'esprit que chez des individus prédisposés aux troubles de l'intelligence ou véritablement aliénès- Lorsque le médecin a conclu à la responsabihté, l'inculpé est
traduit devant le tribunal de police correctionnelle ou le jury,
suivant qu'il s*agit d'un délit ou d'un crime; si au contraire il est déclaré irresponsable, la justice demeure impuissante. Le juge rend une ordonnance de non-lieu et le parquet met l'inculpé h la disposition de l'autorité administrative à laquelle appartient désormais le soin de protéger la société contre un homme d'autant plus à redouter que par sa folie même il échappe à l'action des lois répressives.
Depuis longtemps les médecins et les magistrats signalent sur ce point les lacunes regrettables de notre Code pénal. Le législateur oe parait pas s'en émouvoir beaucoup, cependant chaque jour sou imprévoyance fait de nouvelles victimes.
i8o LES PRISONS DE PARIS
Lorsque la Préfecture de police reçoit des mains de la justice un détenu qui, à raison de son irresponsabilité, doit passer de la prison dans la maison de santé, elle est libre d'en faire ce qu'elle veut, excepté de le laisser en prison, dont l'ordonnance de non-lieu lui ouvre les portes; riea ne l'oblige à le séquestrer dans un asile; elle peut, si cela lui convient, le rendre immédiatement à la liberté la plus entière et le laisser recommencer, presque sans interruption, ses exploits homicides; si elle le place dans un asile, il ne sera pas soumis à un régime spécial, il trouvera de faciles occasions de s'évader et ik la moindre apparence de guérison, le chef de service, qui ne connaît ses antécédents que d'une manière inexacte, se hâtera de le mettre dehors.
La loi et l'administration ont ainsi sur la conscience un certain nombre de crimes que de plus sages règlements eussent évités; les exemples abondent :
Il y a quelques années, un homme se met tout à coup à décharger son revolver en pleine foule sur le boule\.M.rd des Italiens, six personnes sont atteintes; on lui demande pourquoi il a tiré sur des gens qu'il ne connaissait pas, il répond : « J'ai tiré sur mes visions, je ne connais pas les individualités, elles me sont indiffcrentes. » Et il ajoute : « J'ai déji été comme cela, j'ai tiré des coups de revolver sur mes fantômes, avec la conviction qu'ils disparaîtraient et que tout le monde en profiterait. » Et en effet, il fut reconnu que l'année précédente, cet homme s'était livré à une même fusillade dans le bois de Boulogne ; on l'avait envoyé dans une maison de santé doù il était bientôt sorti. Cette mise en liberté coûta la vie à deux personnes.
Une autre lois, c'est un ingénieur civil, qui ne réussissant pas dans ses inventions, devient jaloux de toute l'Ecole Poly-
ALIÉNÉS CRIMINELS
'technique en bloc, et, sans rime ni raison, s'en va tirer sur des élèves qu'il ne connaît même pas ; on l'arrête, la justice impuissante le passe à l'administration trop bienveillante, qui le rend à la liberté. 11 recharge son revolver quelque temps après, continuant dans son imagination maladive à rendre responsable de ses échecs tout ce qui lui est supérieur, il tue un homme du plus grand mérite, l'ingénieur Raynaud, et M' Barboux, plaidant devant la cour d'assises au nom de la veuve, avait bien raison de dire : « Si l'on veut consulter la raison, vous vous direz qu'il est impossible que dansune société réglée comme la nôtre, il y ait une classe de meurtriers privilégiés, assez sages pour n'aller jamais à Bicêtre, assez fous pour n'aller jamais en prison. »
II y a trois ans, un jeune ouvrier, très connu dans son quartier pour sa bizarrerie, son exaltation, ses prétentions poétiques, est arrêté pour tentative d'assassinat sur un individu qu'il supposait être l'amant d'une femme dont il voulait faire sa maîtresse; un médecin chargé de l'examiner constate qu'il est atteint de désordres psychiques des plus caractérisés et que sa responsabilité doit être considérée comme très atténuée ; l'affaire, qui aux assises eût abouti à un acquittement, est déférée au tribunal qui se contente de condamner ce demi-fou à huit jours de prison ; bien entendu il sort de Mazas plus malade, plus exalté que jamais ; la femme qu'il recherchait s'est mariée, il lui écrit : «< Il va se passer un grand drame, » et un jour il lui jette de l'acide sulfurique à la face et lui fouille les orbites avec les doigts pour lui crever les yeux ; voici de nouveau les médecins assemblés pour examiner : cette fois, ils concluent que c'est un véritable fou ; il doit être maintenu dans un asile d'aliénés sous la plus étroite surveillance, il convient de prendre des mesures d'internement d'autant plus rigoureuses qu'il
xSa
clierchera à s*évader et que libre il ne tarderait pas à mettre à exécution des projets de vengeance dès longtemps arrêtés; dans ces conditions la justice n'avait qu'à le remettrez l'administration, il fut envoyé dans un asile et quelques mois après il recouvrait la liberté ; il recommença aussitôt à poursuivre la malheureuse temme, à la guetter dans la rue, mais un jour qu'il allait la frapper, son mari lui envoya deux balles qui le firent rester quelque temps à l'hôpital. C'est ainsi que les particuliers sont obligés de se défendre eux-mêmes quand !es lois sont impuissantes à les protéger.
Je citerai un dernier exemple encore plus frappant : le i" février 1887, un gardien de la paix de service aux halles est assailli par plusieurs individus et reçoit un coup de revolver qui le blesse grièvement; or, parmi ces hommes, il s'en trouvait trois qui depuis peu de jours s'étaient évadés de Bicêtre ou avaient été mis en liberté; cependant les médecins légistes, qui avaient eu à les examiner dans de précédentes a6faires, les signalaient comme des aliénés récidivistes, des alcooliques chroniques, pouvant sous l'action du régime de l'asile présenter une apparente lucidité, mais redevenant dangereux dès que la liberté leur est rendue ; les procédés employés à leur égard montrent bien l'incohérence de notre législation dans ces matières ; traités tout à la fois comme des aliénés et des êtres raisonnables, ils avaient passé depuis plusieurs années de l'asile k la prison, sans être retenus nulle part ; l'un avait subi douze condamnations de deux à quatre mois en môme temps qu'il avait été interné à Bicêtre; l'autre s'était vu successivement infliger six condamnations de quinze jours à un mois et plusieurs séjours dans la maison de santé; on peut se demander si dans de pareilles conditions l'hospice ou la prison se contredisant l'un l'autre^ ne sont pas pour le moins inutiles*
ALIÉNÉS CRIMINELS i»|
Pour éviter ces dangers, qui se renouvellent tous les jours, il faut que la séquestration des aliénés criminels devienne obligatoire par aurorité de justice au Heu d'être facultative par mesure administrative ; l'ordonnance de non-lieu du juge d'instruction, aussi bien que le verdict d'acquittement, dont bénéficie en général cette catégorie de criminels, ne contiennent aucune injonction au sujet des mesures à prendre dans l'intérêt du public ; l'intervention du pouvoir judiciaire pourrait seule donner à l'administration les armes dont elle a besoin; si on considère que le droit de punir se justifie par l'intérêt social, comment contester à k société le droit d'élever des barrières infranchissables entre elle et ceux dont les actes inconscients sont pour le moins aussi dangereux que les crimes accomplis avec la plus entière réflexion ; lorsque le juge a rendu une ordonnance de non-lieu, que le tribunal ou le jury ont acquitté par la raison que le prévenu était aliéné au moment de l'action, la question de savoir si l'homme était coupable est tranchée ; mais il reste à savoir s'il n'est pas dangereux ; devant qui cette question sera-t-elle posée, qui aura le droit de retenir dans un asile celui auquel un acquittement aura ouvert la porte de la prison et quelle précaution convient-il de prendre pour que la sécurité publique soit protégée sans que la séquestration puisse avoir le caractère de représailles ou d'actes arbitraires?
D y aurait là toute une procédure à organiser ; je ne puis ici entrer dans les détails ; je me borne à poser un principe ; c'est au pouvoir judiciaire, dans une matière qui intéresse àce point la liberté individuelle, qu'il doit appartenir d'ordonner l'internement de tout individu absous pour cause d'aliénation mentale, soit pour un temps déterminé ou indéfini, et d'ordonner la sortie après enquête.
C'est ainsi que le dernier congrès international de médecine
mentale, sur la proposition du D' Motet, signalant une fois de plus le danger avec sa haute autorité, a émis le vœu qu'il soit pourvu, par la création d'un ou de plusieurs établissements spéciaux, à l'interne ment des ivrognes d'habitude, des alcoolisés ayant commis des crimes ou des délits et ayant bénéficié d'une ordonnance de non-lieu en raison de leur état mental; que la durée de l'internement soit déterminée par les tribunaux après enquête médicolégale ; que la sortie même après l'expiration du temps fixé puisse être ajournée si l'alcoolisé est reconnu légitimement suspect de rechute; que ces établissements, ayant le caractère de maisons de traitement et non de maisons de répression, soient organisés avec une discipline sévère et que le travail y soit imposé.
L'Angleterre depuis longtemps s'est préoccupée de protéger la société contre les aliénés criminels; dès le 28 juillet 1800, à la suitt d'un attentat commis au théâtre de Drury-Lane sur la personne di Roi, par le fou Hadficld, un act décidait que toutes les fois qu'il serait prouvé que la personne ét.iit aliénée au moment du crime, cour, en conséquence du verdict du jury la déclarant acquittée pouri ce motif, ordonnerait qu'elle serait retenue sous une étroite surveillance ; ces dispositions ont été successivement étendues et développées; aujourd'hui, nos voisins, plus pratiques que nous, possèdent à Broadmor un établissement considérable où les criminels reconnus aliénés pendant l'instruction, acquittés pour cause de folie ou l'étant devenus après le jugement, sont retenus les uns jusqu'à ce qu'ils soient guéris ou aient subi leur peine et les autres pour un temps inimité, sous le bon plaisir de Sa Majesté.
Le besoin de maisons spéciales tenant le milieu entre la prison et l'hôpital pour les aliénés criminels se fait d'autant plus sentir que dans notre société troublée, où rien n'est à sa place, où toutes
Que de gens qui n'étaient au fond que de fieffés coquins, d' tucieux voleurs, lies êtres envieux, méchants, sanguinaires, grâce à cette formule, qui pour les hommes de science a un se^^ précis, mais qui est pleine d'obscurité pour les jurés, ont pu échajj^^ per aux condamnations les plus méritées et les plus nécessaires. Où s'arrêtera-t-on dans cette voie? Un caissier d'une grande maison de commerce, se livre pendant plusieurs années avec une rare habileté, à l'aide de faux très compliqués, à des détournements 1 se chiffrant par deux millions. Il se défend en disant que la mort ' d'un enfant lui a fait perdre l'esprit, et on plaide que l'action de la douleur sur son système nerveux a déterminé un choc cérébral, qu^j le rend à moitié responsable. ^H
Le système de défense devenu classique, pour les femmes arrêtées chaque jour en flagrant délit de vol dans les magasins, | n'est-il pas de soutenir que devant les tentations accumulées, devant leurs yeux éblouis, fascinés, elles ont perdu l'esprit. ^H
Des doctrines commodes ont fait irruption dans le domain^^ des sciences morales, détruisant le droit, la conscience, ne laissant derrière elle que des ruines. Autrefois, dit-on, on voulait trouver des coupables partout, et il suffisait de trois lignes d'u^n homme pour le faire pendre; aujourd'hui, c'est une autre t^^^H dance : il n'y a plus de criminels, il n'y a plus que des dégénérés, des détraqués, des inconscients, des impulsifs, des monomnnes, des passionnés, des épileptiques, des hystériques, des alcooliques, des névrosés, des morphinomanes, des hypnotisés, et, ce qu'il y a de plus grave, c'est que tout cela, au grand désespoir de la vraie science, de celle qui ne s'appuie pas sur des hypothèses complaisantes, sur des expériences provoquées à volonté, ne se dit pas entre quatre murs, mais se jette en pâture à la foule ignorante.
ALIÉNÉS CRIMINELS tS;
comme un encourogemeni à se Hver impunément à tous ses instincts.
On en arrive à formuler la théorie de l'impunité absolue ; le criminel devient un psychopate, au profit duquel on crée ce nouveau privilège. Le psychopathe, s'il faut en croire le professeur Babinsky, pense avec logique, distingue le bien du mal, raisonne ses actions, mais il est dépourvu de toutes notions morales; il ne pense qu'à lui et ne s'inquiète pas des autres. Pour satisfaire ses passions, aucun obstacle, aucune considération de personne ne l'arrêtera. Tout ce qui le sert est bien, tout ce qui le contrarie est mal. Il ne voit que la minute présente, et, pour satisfaire son caprice, il est prêt à aller jusqu'à la perdition, jusqu'au crime. H est inguérissable, il ne faut pas l'enfermer dans une maison d'aliénés, c'est inutile, cela ne peut qu'aggraver son état; on ne doit pas le punir, car c'est un malade irresponsable. Mais est-il un seul criminel chez lequel on ne rencontre les traits de ce personnage, et dès lors, l'unique ressource des honnôres gens, ne sera-t-elle pas de se mettre eux-raômes en prison, pour échapper aux coups des criminels !
Dans bien des cas, les observations du médecin ne reposent que sur des faits d'ordre psychologique; il semble que la justice, heureuse de décharger sa responsabilité, se plaise à abdiquer trop facilement, le soin de juger elle-même. « Ce fut, dit Je D' Riant, dans son ouvrage sur « les Irresponsables devant c la Justice » un grand et incontestable progrès, que d'avoir introduit le médecin expert devant la justice. Ce serait aujourd'hui une dangereuse exagération que de prétendre lui donner tout à résoudre dans l'ordre philosophique comme dans Tordre matériel. » hc médecin qu'on interroge et qui ne trouve aucune lésion patho-
i88 LES PRISONS DE PARIS
logique, aucune déformation, aucune prédisposition héréditaire» n'en f;roupe pas moins tous les faits; il leur donne une importance scientifique, il les enchâsse dans des formules savantes et dans d*ingénieuses déductions; pour des juges expérimentés, en état de bien connaître les choses et de faire la part de certains entraînements, cette nnalyse de la conscience humaine est de la plus haute utilité, mais elle dépasse la portée du jury. Ces rapports sont trop lins, trop subtils pour lui; il n'en garde qu'une sorte d'invitation à l'indulgence; ce qui aurait dû rester un élément de pitié devient un motif d'absolution et les circonstances atténuantes, présentées sous une forme scientifique, se transforment ea acquittement.
Un procès qui, Tannée dernière, eut un certain retenrissement, justifie bien celte réflexion ; un des sculpteursdu monument élevé à Gambctta, professait cette opinion qu'il faut tuer ceux uni gouvernent mal ; partant de cette idée, il se rendit tout droit à la Chambre et essaya de poignarder un député fort obscur. Deux médecins, par respect sans doute pour la représentation nationale, l'examinèrent et lui posèrent les questions suivantes:
— a Etiez-vous hbre de ne pas faire l'acte que vous avez accompli, ou bien avez-vous été poussé par une force à laquelle vous n*ave2 pu résister ? »
Il eut été tacite, avec un peu d'habileté, de dire : Vous avez raison, une force m'a poussé^ sans que cela fût vrai; mais comme il était naïf et sincère, il répondit qu'il s'était déterminé à bon escient, qu'il avait voulu donner un coup de dard dans le parlementarisme et faire un acte de justice, en frappant un de ceux qui, selon lui, se servent de l'idée de patrie pour se faire une fortune politique.
Les médecins ne purent que constater une fermeté de carac-
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ou de volonté, absolument exclusive de l' irresponsabilité, en même temps qu'une parfaite symétrie du visage « mens sana n. in corpore sano » ; néanmoins, ils firent valoir Tinâuencc des causes sociales, ayant agi sur ses déterminations, le milieu dans lequel ses idées s'étaient formées, sans avoir comme contrepoids une éducation, une instruction premières suffisautes, et ils terminèrent leur rapport par cette phrase : « Nous n'avons pas le droit d'aller plus loin qu'il ne va lui-même lorsqu'il se reconnaît coupable devant la loi, mais nous avons le droit de signaler les imperfections de son développement intellectuel, et d'affirmer qu'il y a lieu d'en tenir compte dans l'appréciation de sa responsabilité au point de vue pénal. »
Le jury acquitta, sans hésiter. Ces distinctions sont trop savantes pour lui, et par la brutalité de ses verdicts, il montre le dangei de faire en sa présence de la psychologie.
Quelquefois aussi il se mêle aux considérations qui le déterminent à admettre les irresponsabilités, une certaine crainte de paraître ignorant. Lorsque ces juges qu'on a été chercher, bien moins dans les classes instruites que dans le petit commerce et la demibourgeoisie, entendent parler des stigmates d'hérédité morbide, de prédestination physique, et de bien d'autres choses encore, ils ne peuvent en avoir qu'une notion confuse, mais ils aiment mieux imposer silence à leur bon sens que d'avoir l'air de ne pas comprendre. On leur persuade facilement qu'ils ne seraient pas de leur temps, où tout est scientifique, même le crime, s'ils s'en tenaient aux vieux principes de la morale. Ils laissent cela aux siècles passés, au temps où l'homme croupissait dans l'ignorance, et pour se montrer tout âi fait modernes, ils mettent les torts du côté de la victime et le bon droit du côté de l'assassin.
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Combien d'individus, grâce à l'incompétence du jury à voir clair dans ces sortes d'affaires, à saisir les nuances délicates que la science soumet à son examen, échappent à toute répression, don* nent un libre cours à leurs passions, et se promènent la tête haute ea insultant leur victime.
On se souvient de cet homme d'aflfaires qui trouvant qu'on n'avait pas réparé suffisamment une légère erreur de compte qui s'était glissée dans un jugement, s'en alla tirer un coup de revolver sur l'avoué de son adversaire; c'était assurément ce qu'on appelle aujourd'hui un déséquilibré, un de ces hommes qui marchent sur la lisière de la folie et de la raison, dans cette sorte de zone neutre, où il semble qu'il n'existe plus de loi; on le laissa retourner tranquillement chez lui. Je crois même qu'on contribua à lui enlever le peu de raison qui lui restait encore, en le représentant comme le vengeur des abus judiciaires et un propagateur d'idées, et je me souviens qu'un journal, très populaire, disait à sa louange: « N'estce pas l'implacabilité de la machinejudiciaire telle qu'elle fonctionne encore qu'il faut accuser, ce procès est un enseignement. >> Quelque temps après il se faisait arrêter sur les boulevards, où il se promenait avec une grande afHchesurle dos annonçant qu'il se proposait de se venger par tous les moyens possibles de ses juges et de ses créanciers. On l'arrêta; mené à l'infirmerie du Dépôt, il fut mis en liberté, et les gens qu'il poursuivait de ses libelles et de ses menaces, ne retrouvèrent leur tranquillité que le jour où il fut mort. Le très digne avoué que sa balle avait frappé, s'était vu obligé de vendre sa charge, et l'année suivante, dans la même étude, à la même place, par un effet de contagion souvent observée, son successeur essuyait de nouveau le feu d'un autre plaideur, qui fut acquitté i son tour.
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Ces acquittements et la constatation d'une diminution de responsabilité importeraient peu s'il y avait des maisons pour recevoir ces demi-criminels, mais dans l'état actuel des choses, ils aboutissent le plus souvent à une complète et scandaleuse absolution. Les médecins eux-mêmes en sonteffrayés, ce n'est ni leur faute, ni celle des magistrats qui les interrogent ; il ne faut s'en prendre qu'à la loi qui n'a pas su prévoir le danger, organiser les moyens de répression et de préservation, de façon à atteindre le crime, aussi bien lorsqu'il est l'œuvre d'un esprit parfaitement sain, que lorsqu'il a été conçu par un cerveau détérioré par l'alcoolisme, aussi bien lorsqu'il est l'acte d'une volonté réfléchie, que lorsqu'il procède d'une volonté affaiblie ou détruite.
Les médecins aliénistes remplissent comme les juges une mission qui les expose aux soupçons les plus injustes. Tantôt on les accuse d'être de connivence avec des familles et de se prêtera des séquestrations abusives, tantôt on leur reproche de favoriser la défense des criminels; j'ai vu à l'œuvre ceux qui sont justement réputés pour être les maîtres de cette science, il serait injuste de leur reprocher d'affaiblir la répression, il vaudrait mieux dire qu'ils cherchent à la rendre plus intelligente et plus humaine. Ils constatent ce qu'ils voient, ils disent ce qu'ils observent, et s'ils protègent de pauvres fous contre l'application d'une peine qu'ils n'ont pas méritée, ils sont les premiers à réclamer bien haut au profit de la société le droit de se défendre contre ceux qui la troublent.
Je souhaite avec eux, que dans quelques années ceux qui parleront des prisons aient enfin un chapitre à consacrer aux maisons instimées pour recevoir et retenir sous de solides verrous, ces aliénés criminels et ces demi-responsables, ces candidats à la folie, comme on les nomme, qui aujourd'hui circulent Ubrement dans nos mes.