‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 2)Chapitre 130 sur 159 · LA MAISON DU ROY POUR LES TAPISSERIES ET MANUFACTURES · texte numérisé non relu

LA MAISON DU ROY POUR LES TAPISSERIES ET MANUFACTURES

Mais laissons cette triste veuë.

Regarde, au bout de cette rue, Cette grand'porte que tu vois, Qui s'ouvre et ferme tant de fois, Et dessus laquelle on admire Les armes du Roy nostre Sire?

C'est où loge monsieur Lebrun 2, Cet esprit qui n'est pas commun, Ce peintre illustre, ce grand homme Que toute la France renomme.

C'est dans ce lieu que les beaux-ai'ts, Triomplicnt dessous nostre Mars :

> a L'édit de Louis IIV pour rétablissement do la manufacture de la Couronne, dit M. A. L. Lacordaire dans son intéressante Notice historique sur la manufacture des Gobelins, ne parut qu'en 1667; il reproduit en partie celui de Henri IV (nov. 1607). » Mais la manufacture royale était déjà constituée en 1662, puisque Colbert acquit, au nom du roi, le 6 juin 1662, l'hôtel des Gobelins, avec toutes ses dépendances sur les bords de la Biévre.

2 L'illustre Lebrun, premier peintre du roi, nommé en 1663 directeur de la manufacture des meubles de la Couronne, habitait dès cette époque une maison attenant à l'hôtel des Gobelins, laquelle fut acquise, avec cet hôtel, au nom du roi en 16G2. Voy. la Notice historique de M. A. L. Lacordaire. L'abbé de MaroUes, dans sa description de Paris en vers, consacre ces deux quatrains à célébrer la direction de Lebrun :

L'Uostel des Gobelins, pour les nianufdctares. Est conduit par les soins de ce peintre fameux, Lebrun, dont tous les traits du pinceau sont heureux, Et qui prescrit la loy dans les belles peintures.

Pour tous ses grands talents le Roy l'afrectionno : De ce lieu merveilleux il est le conducteur, Il en est l'économe et le seul directeur, Digne d'estrc cbcri de l'auguste Couronne.

Icy les charmantes peintures, Là les magnifiques sculptures Et les cabinets ^ précieux, Dont la beauté ravit les yeux ; Les superbes tapisseries, Et cent autres galanteries Paroissent avec tant d'éclat, Que mcsmc nostre Potentat Ne passe guère de semaine.

Que toute sa cour il n'y meinc.

Enfin, Yoicy les Gobelins,

Où régnent les excellents vins

Et les bières délicieuses.

Pour les beuveurs et les bcuveuses -,

Car il est des femmes aussi,

Qui viennent s'égayer icy.

Regarde que de lieux à boire,

Et comme icy chacun fait gloire

De s'enyvrer gaillardement,

Et de se saouler noblement !

Icy sont petits corps-de-garde.

Pour y rire avec la gaillarde;

Là sont les petits lieux d'honneur.

Où va tout le Bourgeois beuveur.

Les cabarets d'où l'on ne bouge,

' On appelait cabinets les meubles à tiroirs et à compartiments que nous avons nommés secrétaires; ils étaient souvent en marqueterie, ornés/de peintures et de sculptures du plus grand prix.

2 II y avait, je crois, sous Louis XIV, dans ce quartier, des brasseries en renom et des jardins de guinguettes, d'où Ton jouissait d'une vue délicieuse. Les environs des Gobelins étaient alors, pour ainsi dire, le quartier des Percherons de la rive gauche de la Seine. (A. R.)

C'est celiiy de la Rose Rouge, Du Lion d'Or, du Mouton Blanc, Du Dauphin, où le vin est franc.

Du Juste, où Flamans et Flamandes, Allcmans avec Allemandes, Et plusieurs autres estrangers, S'embarquent sans aucuns dangers :

Icy l'on trouve toutes choses, Et tout y flaire comme roses. Les andouilles, les cervelas, Les poulets et les chapons gras.

Les grillades et les saucisses.

Dont le palais craint les épices.

Car, mettant le palais en feu.

On ne sçauroit boire pour peu.

Mais, sans raisonner davantage.

Pour terminer nostre voyage, Allons, amy, nous reposer Dans ce cabaret et causer:

Je n'en puis plus de lassitude, Et suis mesme en inquiétude De te voir aussi las que moy.

Nous avons bien marché, ma foy, Et l'on causera, dans le monde, De noslre course vagabonde.

Quand nous nous serons divertis, Quand d'icy nous serons sortis.

Tous deux nous irons, dans la couche, Fermer et les yeux et la bouche; Et si. je vois à mon réveil Qu'il fasse encore beau soleil.

Le beau temps me fera peut-estre Une seconde fois renaistre

Le (lesir de te faire voir Cent choses que tu dois sravoir.

Et puis tu vois que noslre course N'a point intéressé ta bourse :

J'ay commencé de payer tout, Et je veux aller jusqu'au bout, Car ainsi qu'un amy doit faire, Alors qu'il a le nécessaire.

Si demain nous courons le jour.

Tu pourras payer à ton tour.

(Cependant beuvons, je te prie; Ce vin me redonne la vie, Et depuis que j'en ay goûté, Je suis en meilleure santé.

Cependant, afin de mieux boire Et de mieux branler la mâchoire, Moy-mesme je m'en vais là bas Faire choix de quelques bons plais; Je sçay comme l'on s'accommode, Et quelle est d'icy la méthode :

Quand le marché d'abord est fait.

On n'a plus l'esprit inquiet.

Et l'on ne craint plus à sa honte, Que trop haut un écot se monte.

Boy donc, cependant que j'iray, Et bienlost je retourneray.

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