XX AVERTISSEMENT
l'éditeur de la Bibliothèque Bleue, Oudot, libraire-imprimeur à Troyes, n'hésita pas à le faire entrer dans cette collection avec la Ville de Paris, de Berlhod. Les deux poëmes burlesques se réimprimèrent aussi souvent et aussi incorrectement l'un que l'autre. Nous avons eu sous les yeux une édition de 1699, une autre de 1705, une autre de 1714, sans date, à. Troyes, et se vendent à Paris, chez la veuve Nicolas Oudot, rue de la Vieille- Bouderie in-12 de 4 feuilles et 87 pages, avec une approbation signée Passart), etc.
Le continuateur du poëme burlesque deBerthod, François Coiletet, n'est guère plus connu que Claude Le Petit ; les biographes nous fournissent peu de détails sur sa vie. Il a composé pourtant un grand nombre d'ouvrages en tous genres, mais ces ouvrages, dont aucun ne s'élève au-dessus du médiocre et du trivial, ne l'avait pas môme fait connaître de ses contemporains, puisque Baillet l'a confondu avec son père Guillaume, en parlant d'un seul Coiletet dans les Jugements des savants. Furetière avait fait la même confusion, dans un article de son Dictionnaire. C'est à regret que les éditeurs de Moreri ont accordé quelques lignes à François Coiletet ; et l'abbé Goujet lui a consacré une courte notice, dans tome XVI de la Bibliothèque françoise. Voici en quels termes Viollet-Lc-Duc a résumé ce qu'on sait de la vie de ce CoUetcti dans un article de sa Bibliothèque poétique : « François Coiletet, fils de Guillaume, né à Paris en 1628, fut élève de son père, mauvais poëte, mais bon littérateur, qui composa pour François plusieurs traités compris dans son Art poétique. François fit sans doute peu d'honneur à son père, mais il l'ut reconnaissant. Laissons parler Tallemant des Beaux, dans son historiette de Guillaume Coiletet : « Pour son fils, il l'a tQujours pris pour quelque chose de merveilleux, et, dans l'élégie sur la naissance de M. le Dauphin, il l'offre à ce prince ; ce iils pourtant n'e*t qu'un dadais. Un jour, je ne sais en quelle compagnie, il lui dit : Saluez ces dames. Il les salua toutes, et puis il dit: Mon père, j'ai fait, etc. » François paraît avoir été militaire, car, fait prisonnier par les Espagnols en 1651, et conduit en Espagne, il y subit trois ans de captivité. 11 vécut et mourut fort pauvre en
DE L EDJTKUR. Xïl
1672. Certes, dans la prodigieuse quantité devers composés par François Colietet, il était bien facile de trouver matière à satire, et Ton regrette que Boileau ne se soit attaché qu'à la misère de ce malheureux. )>
C'est dans sa première satire que Boileau a représenté la misère de Colietet, qui est restée proverbiale, grâce à ces deux vers :
Tandiii que Colietet, crotté jusqu'à l'échiné,
S'en va chercher son pain de cuisine eu cuisine. ■
« Il y avoit ainsi dans la première édition, dit une note de Brossette relative à ce passage ; mais depuis, à la prière de M. Ogier, ami de Colietet, on mit Pelletier pour Colietet. « Jamais personne ne fut moins parasite, dit Ricbelet ^Tm/^ « delà versification française, page 146), que le bonhomme « Du Pelletier, lorsqu'il ailoit se montrer en ville; c'étoit un « véritable reclus. » C'est pourquoi l'auteur ingénieux de la Guerre des â!M/eMr5(Guéret, avocat, qui a fait aussi le Parnasse réformé), a fait parler ainsi Du Pelletier dans un sonnet
On me traite de parasite,
Moi, qui plus reclus qu'un hermite,
Ne mangeai jamais chez autrui.
0 fatalité sans seconde !
Faut-il qu'on déchire aujourd'hui
Celui qui loue tout le monde?
« Ce n'est que dans la dernière édition des satires, que M. Despréaux remit le nom de Colietet; et c'est François Colietet, fils de Guillaume, qu'il a voulu désigner : ils ont été poètes tous les deux. Guillaume Colietet navoit laissé que des dettes à son fils, qui ne les paya jamais et qui vécut misérablement à la solde des libraires. »
11 faisait, pour gagner quelques écus, des traductions et des compilations ; son goût dominant le portait vers la poésie, mais alors, comme aujourd'hui, la poésie ne nourrissait pas le poëte le plus sobre. Il était toujours, comme Boileau l'a dépeint, « crotté jusqu'à léchine, » et il ne fréquentait guère que les cabarets, où il se trouvait en compagnie d'autres