XXII AVERTISSEMENT
poêles aus^i gueux que lui, tels que Charles de Beys, Du Pelletier, Loret, etc. Il prenait gaiement son parti contre la misère, d'après les leçons et l'exemple de son père. Voici comment il a fait le tableau de sa détresse, dans son élégie bouffonne delà Muse bernée :
Je languis, je gèle de froiil ;
En tous temps le mois de décembre
Loge avec moy dedans ma chambre;
Je suis toujours, comme tu vois,
Sans feu, sans chandelle et sans bois;
Toujours l'indigence m'accable...
Mon sort est un sort déplorable...
A tous momens je suis fantasque,
Je cours nuit et jour comme un Basque,
Je suis rêveur, pasle et défait.,
Et peut-être fol en effet...
Le pauvre Collelet s'est peint lui-même d'après natuie dans son Tracas de Paris, où nous le voyons apparaître avec toute sa candeur et toute sa bonhomie, mélangée parfois de fmesse et de malice : il connaît les bons endroits où l'on boit et où l'on mange ; il s'arrête volontiers dans quelques-uns •avec .son compagnon de voyage, qui est aus$i son compagnon de bouteille. Ce serait alors Charles Beys, dont il a fait l'épitaphe bacchique :
Passant, celuy qui gît icy
Fut un poëte sans soucy,
Qui pratiqua de bonne grâce
Le précepte du bon Horace :
t Boy, mange tout, aujourd'imy sain,
Et moque-toy du lendemain. »
François CoUetet, comme Beys, était un épicurien mcorrigible, quoique d'ailleurs bon catholique ; il s'enivrait tanl qu'il avait un écu dans sa bourse, mais il se gardait bien de faire l'esprit fort, de peur de se brouiller avec l'Église. Son poëme burlesque ne lui attira donc aucun fâcheux accident et lui rapporta plus d'argent que tous ses ouvrages à la fois
Ce poëme, quoique souvent réimprimé du vivant de Col- Ictet, ne nous a fourni aucune variante, car lauteur ne cor-