‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 9 sur 120 · DE L EDITEUR. XVII · texte numérisé non relu

DE L EDITEUR. XVII

de celte absence complète de renseignements sur ce poëte. que son nom. écrit de différentes manières 'Bertho(/\ Berthaud, Berthauld et Berlaut , n'était qu'un pseudonyme.» Nous étions même disposés à reconnaître sous ce pseudo-nyme François 'Colletef, qui n'a voulu faire que la Seconde partie de la Ville de Paris, en composnnt son Tracas de Paris dans le même style et le même goût que le pocmc burlesque de Berthod; notre supposition aurait eu d'autant plus de vraisemblance, que CoUetet avait obtenu, dès l'année 1658, un privilège du roi pour continuer l'ouvrage de Bertbod, et que ce fut lui sans doute qui donna cette annéelà une édition nouvelle de cet ouvrage, avant de publier sa continuation en 1666, puisque Bertbod est nommé Berlhaud ou Berthauld dans toutes les éditions à partir de 1658. Mais, en dépit des analogies de naïveté ou même de platitude qui existent dans la poésie triviale et prosaïque de Bertbod et de CoUetet, nous avons fini par nous persuader que ces deux noms là représentaient bien deux poètes différents, et qu'il fallait laisser à Bertbod ce que nous voulions donner à CoUetet, car Bertbod a fait acte d'individualité poétique, en aisant paraître un autre poëme que celui de la Ville de Paris ; ce poëme moins burlesque sans doute que le premier, porte pour titre . Histoire de la Passion de Jésus-Christ. L'auteur de la Passion de Jésus-Christ, en vers français, est indubitablement l'auteur de la Ville de Paris en vers burlesques : les deux poèmes, malgré la divergence du sujet et du genre, ont entre eux des points de contact et de similitude étonnants ; ils ont été, d'ailleurs, publiés à peu près à h même époque et dans h même librairie, car la première édition de l'Histoire de la Passion, format in-12, a paru en 1655, cbez J. B. Loyson, trois ans après la publication de la Ville de Paris. On peut donc établir avec certitude que ce dernier poëme a été rimé, comme le précèdent, par le père Bertbod, cordelier.

La première édition de la Ville de Paris, dont le privilège est délivré au sieur Bertbod, à la date du 5 août 1650, avait vu le jour cbez Jean-Baptiste Loyson et sa mère, veuve de Guillaume Loyson, en 1652: elle forme un -volume in-4°

XVIII AVERTISSEMEKT

de 3 feuillets et 97 pages, avec deux ligures, dont la seconde, tirée au verso du troisième feuillet, porte le monogramme de François Clniuveau. Elle fut réimprimée l'année suivante, môme format, même nombre de pages, mêmes gravures. Ce poënje burlesque, tout mal écrit qu'il soit, eut un si grand succès, que la veuve et le lils aîné de Guillaume Loyson le réimprimèrent identiquement encore en 1655, et que les Elzeviers ne dédaignèrent pas de le contrefaire, en mettant le nom de l'auteur sur le titre ainsi conçu : Description de la ville de Paris en vers burlesques (Jouxte la copie à Paris, 1654, petit in-12 de 62 pages). Cet ouvrage, dont il y eut des éditions in-12 publiées par Jean-Baptiste Loyson, en 1658, 1660, etc., trouva plus de lecteurs et d'acheteurs que Y Histoire de la- Passion de Jésus-Christ, que les Loyson réimprimèrent pourtant aussi en 1660.

On a lieu de croire que l'auteur était mort, puisque le libraire Antoine Raflé avait donné en 1665 une nouvelle édition de la Ville de Paris, augmentée de la Foire Saint- Germain, par Scarron (in-r2 de 84 pages, y compris les liminaires), etque, sur le titre de cette édition comme sur celui des suivantes, publiées par le même libraire (sans date, 1666, 1669, elc.j, le père Berthod est nommé le sieur B^rtliaud. La Bibliotlièque Bleue de Troyes s'empara de ce poëme, que nous voyons imprimé en 1699 chez la veuve Oudot, sous la rubrique de Paris. Depuis cette édition troyenne, les éditions de Troyes, avec ou sans date, se succèdent si rapidement qu'il serait bien difficile de les énumérer; car elles se ressemblent toutes par le format, le papier et les caractères, si ce n'est par les fautes d'impression, qui vont toujours s'empirant et se mullipliant.

Nous n'avons pas eu de peine à donner un texte plus correct que celui de ces nombreuses éditions de Troyes, en recourant à la première édition qui peut passer pour avoir été revue par l'auteur, ou du moins sur son manuscrit. iS'os annotations et celles de M. Bonnardot se rapportent à l'histoire physique et morale de Paris à cette époque ; car c'est là seulement ce qu'on peut aller chercher dans la poésie burlesque du père Berthod.

U E L L D 1 ï E U F. . XIX

La Foire de Saint-Germain, par Scarron, dont la première édition, dédiée à Monsieur, est anonyme (Paris, Jonas Breguigny, 1643, in-i" de 19 pages, ne pouvait pas être séparée de la Ville de Paris, de Berthod, qu'elle accompagne presque toujours dans les anciennes éditions de format in-12, et dont elle se distingue par l'esprit, la gaieté et la malice qu'on rencontre invariablement dans les vers de Scarron.

Le Tracas de Paris, par François Colletet, est une suite encore plus naturelle de la Ville de Paris., de Berthod ; car Colletet avait rimé son poëme burlesque avec l'intention préméditée de continuer l'ouvrage de son devancier, qu'il s'efforçait d'imiter et qu'il surpassa quelquefois en niaiserie et en balourdise : peu de poêles, il est vrai, surpassèrent François Colletet sous ce rapport. Son Tracas de Paris n'en est pas moins une pièce très-curieuse pour l'histoire des" mœurs de la Capitale. « Comme recherches, comme écho de mœurs, dit VioUet-Le-Duc dans sa. Bibliothèque poétique, ces sortes d'ouvrages ont un intérêt de curiosité, mais encore une fois ce n'est pas là de la poésie. » Ce n'est pas même du style français, mais c'est un précieux monument d'archéologie pittoresque, c'est un tableau de Paris au dix-septième siècle, plus na'if et aussi vrai que le Tableau de Paris, de Mercier, au dix-huilièmc.

La première édition, intitulée : Le Tracas de Paris ou la seconde partie de la Ville de Paris, parut à la suite du poëme de BerThod, dans la plupart des réimpressions de ce poëme; mais la continuation de Colletet forme toujours une partie séparée, avec litre particulier. Celle première édition du Tracas de Paris est un volume petit in-1'2 de G feuilles préliminaires et 84 pages, Paris, Antoine Rafflé, 1066. Le privilège accordé à François Colletet, en date du 10 avril 1658, pour l'impression de ses Muses illustres, nous apprend que le Tracas de Paris devait faire partie de ce recueil des Muses illustres, dont Colletet n'a fait paraître quun seul yo- \\xmQ [Paris, Louis Chamlioudry, 1658, in-12 . composé de diverses poésies par différents auteurs. Antoine Rafflé réimprima plusieurs fois le Tracas de Paris jusqu'en 1689, et le rendit tellement populaire par ses éditions successives, que

Page 1