XXIV AVERTISSEMENT DE L EDITEUR
de côté- de propos délibéré, ces éditions offrant des variantes considérables, qui caractérisent une époque antérieure de la tradition populaire.
L'édition la plus ancienne que nous aurions pu consulter est ainsi décrite dans le Manuel du lAbraire : « Les Rues et les Étjlises de Paris, avec la despense qui se fait chascun jour;le tour de l'Enclos de ladite Ville avec l'enclos du bois de Yincennes et les épitaphes de la grosse Tour dudit bois : qui la fonda, qui la parfist et acheva. Et, avec ce, la longueur, la largeur et la baulteur de la grant église de Paris, avec le bla<on de ladite Ville. Et aucuns des cris que l'on crie parmi la ville. Sans lieu ni date, in-4, gotbique, de 10 feuillets, imprimé cbez F. Auboyns vers 1520. » M. Brunet cite, en outre, une édition gothique, petit in-8 de 12 feuillets, sans date, avec le nom de Guichard Soquand, et une autre édition dans laquelle les cris de Paris, au nombre de cent sept, se trouvent en tête, Paris, Mcolas Buffet, 1549, in-8 de 10 feuillets. Ce livre a été réimprimé bien des fois depuis, et toujours avec des suppressions ou des changements, à Troyes ou à Paris.
Un pareil opuscule aurait pu donner matière à un volume de notes : nous nous sommes bornés à rédiger celles qui nous ■ ont paru les plus utiles, avec l'aide de M. A. Bonnardot. On s'étonnera peut-être de ne pas trouver, dans une collection de celte espèce, un autre livre, livre rare souvent signalé comme un des plus intéressants desiderata qu'on put offrir aux bibliophiles parisiens ; nous voulons parler d'un recueil assez volumineux, intitulé : Paris ou la description succincte de cette grande ville, par un certain nombre d'épigrammes de quatre vers, chacune sur divers sujets, par Michel de MaroUes [sans nom de lieu, 1077, in-4) ; mais ce volume ne renferme pas d'indications descriptives ou pittoresques; ce sont seulement les archives des ordres religieux, péniblement et bizarrement rimées. François Colletet lui-même est un aigle auprès du digne abbé de Marolles, qui avait cru inventer la poésie mnémotechnique, et qui n'a fait en ce genre que des tours de force de ridicule et de niaiserie.
LA
PARIS RIDICLLE
CLAUDE LE l'ETIT
LA
ou
Jadis Saint-Amant, par ca priée, Mit Rome en son plus vilain jour - ; J'en veux à Paris, à mon tour :
Muse, ne fais point la novice:
Mettons-nous dans un bon endroit ; Ouvrons les yeux à gauche, à droit "^ : Que tout passe par Tétamine!
N'épargnons ni j)laces ni lieux,
* CeUe strophe ne figure pas dans l'édition de 1668; mais, suivant le sieur de Blainville, qui a réimprimé le Paris ridic:tle en 1715, elle serait la première du poème dans le véritable nianuscril de railleur, et elle se trouve écrite à la main dans un exemplaire de l'édition de 1668, provenant du duc de la Vallière. (Bibl. de l'Arsen.) Au reste, la réimpression de 1715 ne contient que cette seule strophe qui ne soit pas dans l'édition de 1668, laquelle offre en revanche trente-trois strophes que n'a pas données l'éditeur de 1715. Cette strophe nous parait donc appartenir à Claude Le l'élit, et nous n'avons pas hésité à la réintégrer ici, quoique les derniers vers reparaissent, altérés, dans la lxxxix' strophe de notre édition.
- Allusion au poëme de Rame ridicule, Caprice du sieur de Saint- Amant, publié d abord sous le manteau, format in-4° et in-l"2, mais réimprimé ensuite dans les poésies de l'auteur.
^ Pour : à droite, en vieux lanaagc.
LA (; Il K U iN l g U t s C A Ml A L t U s t
N'épargnons palais ni cuisine, N'épargnons ni Diables* ni Dieux-.
Loin d'icy, Muse sérieuse,
Va-t'en chercher quelqu'autie eniploy !
Je n'ay ancun besoin de toy,
Tu ne "peux m'estre que fascheuse :
Va-t'en, je seray satisfait !
En deux mots, tu n'es pas mon fait.
J'en veux quelqu autre qui m'inspiie
De quoy contenter mon désir,
Et par une bonne satyre ^
Estriller Paris à plaisir.
Va, dis-je, ou le diable te grate^!
Car je ne veux pas faire un vers Sur tant de beaux sujets divers, Que pour m'épanouïr la rate :
Je ne veux faire des placards, Que pour les remplir de brocards ; Qu'on rie ou jure, il ne m'importe; Qu'on n'y veuille pas consentir, Je feray toujours de la sorte, Quand je voudray me divertir.
V^iens donc à moy, Muse berneuse, Non pas d'avoir chié sous toy,
• Les parlibans, inaUoliers et gen.> de loi. (De L>l.)
- Le roi, les ministres et autres grands seigneurs. (l»t Bl.
^ C'est-à-dire : ou bien .'juc le diable te fas>e sentir sa gritïe
U PAHlfi P. l [lieu F. E.
Car jo no \ nmli ois pas, ma foy,
Avoii- pour guide une breneuse :
Mais, toy, qui sçais Part crabbaisseï
Tous les plus fiers, et les gausser.
Par un trait de ta raillerie;
Fais que je puisse un peu ])erner
(]elle qui a Teffronterie
D'oser même les Dieux braver ^
Montrons que, si bien qu'on calcule. On ne verra point sous les cie\ix Aucun de tous les plus beaux lieux, Que nous ne rendions ridicule-.
De grâce, faisons un peu voir Jusques où va nostre pouvoir, Quand une fois on nous iirite :
Faisons enfin connoistre à tous Que rbomme du plus grand mérite .N'oseroit s'adresser a nous,
Bernons cette vieille bicoque, D'un vif et d'un picquant pinceau :
' .\(ms croyons que ces trois derniers vers, éviilommenl aUr-n'-s jinr le copiste, pourraient être rétablis ain>i :
Fais que je puisse un peu baver Sur celle dont l'effronterie Ose même les dieux braver.
- L'exemple de Claude Le Telit, qui pour son malheur imUa Saint-Amant, fut suivi par quelques autres poêles, plu> prudents que lui, car ils ne se tirent pas connaître, en compo-ant A?7i.<tlerihim ridicule, ^ous le titre de Descriplion de la ville d'Amsterdam en vers burlesques, par Pierre le Jolie (Amst., 1('.(;0, in-12); iladrid ridicule, attribué au sieur de Blainville, etc.
6 I.A r.lMlONIQUK STANDALKUSE
oyon tout ce qu'elle a de beau, Aflin qu'avec toy je m'en mocque.
N'espargnons point ce beau Paris :
Je m'en gauberge et je m'en ris, Je raille tout ce qu'il peut faire, Et, s'il ne perd de son crédit, Dy hardiment, Muse severe.
Que c'est un sot qui te l'a dit?