‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 18 sur 120 · L K PALAIS R 0 Y A I · texte numérisé non relu

L K PALAIS R 0 Y A I

Icy demeuroit Maistre Griffe '^ Dit Jean Armand de Richelieu, En son tems quasi Demi -Dieu, Demy-Prince et Demy-Pontife :

Vois-tu ce merveilleux Chapeau '*,

^ L'Iiôpital des Quinze-Vingts, qui a sul)si^té jusiju'à no> jourdans, l'endroit même où il avait été fondé en 1254, était .situé dans la rue Saint-Uonoré, au bout de h rue Saint-Nicaise et en face de la petite rue du Rempart.

- Louis IX, qui fonda les Quinze-Vingts pour trois cents p:!uvres aveugles, entreprit deux croisades, alin de délivrer le tombeau du C.iu'ist ; la première se termina par sa défaite et sa captivité ; la seconde, par sa mort devant Tunis. Ces deux voyages d'outre-mer ruinèrent la France.

"' C'est par saubriquel le cardinal de Richelieu, y'ole de ledit, de 16H8.)

* Dessus la porte du l'alais Royal sont les Armes du Cardinal de Richelieu qui le lit l>àtir, c'est-à-dire trois chevrons avec un Chapeau de Cardinal, et plus bas on voit encore une foi- ce Chapeau avec ce chifi're A. R. (Df. Rl.) — Parmi les vue> ancienne- du

(Jni nageoit sur terre et sur l'eau*.

Au frontis|)ice de Touvrage?

(l'est luy qui fit tous ces travaux.

La belle maison ! C'est dommage Qu'elle n'ait des pots à moineaux-.

l'alai> Cardinal, la plus détaillée est celle gravée par La Boissit'ro en 167'J. L'arc de la porte d'entrée (côté de la place) est en plein cintre; dans le tympan est une proue, vue de face (allégorie à h prise de la Rochelle', et au-dessus, dans la clef de voiite de l'arc, on distingue un chapeau de cardinal. 11 reï.tc encore des proues sculptées sous la galerie orientale du palais. (A. B.i

^ Au siège de la Rochelle, le Cardinal de Richelieu lit la charge d'Amiral, et, lors qu'il fallut faire lever le siège de Cazal, il se lit déclarer Lieutenant Général de là les moiils. On voit, dans les murailles de ce l'alais, des figures d'ancres et de proues de navires. 11 étoit cardinal, amiral, surintendant des Finances, premier ministre, ou, pour mieux dire, Roi : car Louis XllI ne l'étoit qu'en peinture ; aussi, dès que ce bon prince fut mort, quelque satirique lui fit celte Epitaphe :.

Ci-gît le Roi notre bon Maître, Qui fut vingt ans valet dun Prêtre.

Epitaphe bien salée par rapport à un Roi do France et à un Cardinal de Richelieu. (De Ri,.)

- brael >ilve>tre a dessiné et gravé, en 1651, la vue et perspective du Palais Cardinal, du côté du jardin, ainsi que la vue de la grande Galerie de ce palais. {Voij. le Catalogue de son œuvre, par. M. Faucheux, p. 160.) Le Palais Cardinal, qui a depuis entièrerement changé d'aspect, avait été construit par le célèbre architecte Jacques Le Mercier, sans aucun plan d'ensemble, et présentait, du côté de la rue Saint-Honorè, une façade irrégulière et mesquine, qui n'annonçait pas une résidence royale ; aussi, Louis XIV cédal-il ce palais à son frère, Philippe d'Orléans. L'abbé de Marolies, dans sa Description de Paris en quatrains, consacre huit vers au Palais Cardinal :

Le Palais de Monsieur sur une grande P.ue <Jue bastil en son temps un fameux demy-Dieu, Leminent Cardinal et Duc de ttichelieu.

Est un ouvrage exquis en beaucoup détendue.

Là plusieurs grands logis donnèrent cet espace, Pour le mettre en l'estat quon le voit mamienant, Avecque ses jardins, son Rondeau surprenant, Ses Promenoirs, ses Cours, ses Théâtres, sa Place.

BUTTE SAINT-ROCII.

Dieu VOUS garde de malencontre, Gentille Butte de Saint-RocliM Montagne de celel}re estoc -, Comme votre croule se montre?

Oiiy, vous arrivez presque aux cieux, Et tous les géants seroient Dieux, S'ils eussent mieux appris la carte, Et mis, dans leur rébellion.

Celte hutte-cy sur Montmartre, Au lieu d'Osse sur Pelioir\

Mais nous nous enfonçons trop viste Dans les sables et dans les champs ; Quoy que les chemins soient meschans.

Regagnons THistoire et le giste ; Ne nous rebutons pas si tost, Courage! Nous voilà bientost Auprès du galletas de Jule, Qui, las du nom de cardinal,

< La Biilte Sahit-Ruch ou des Deux-Moulins u'exislait plus, ou (lu moins avait été presque totalement aplanie, en 1G70. Le quartier conserve encore une pente qui indique l'étendue de sa base primitive. L'abaissement de la bulle fut oidonn, par arrêt du 15 septeml)re 1667. Elle fij^ure en élévation sur des vues générales de l'aris par Math. Mérian, ToUignon, etc., et sur tous les plans antérieurs à 1670. La plus exacte conliguralion me paraît être celle qu'en offre le plan de Gomboust (1652). (A. B. )

* Origine. Cette Butte était formée de gravois et d'immondices, ' Li Fable raconte que les Titans entassèrent des montagnes pour escalader l'Olympe, et, comme le dit Virgile (6'<?tfri/. l):

Ter sunt conriti imponere Pelio Ossa-

OUPARlSRirtlCULE. 19

A force de ferrer la mule *.

A pris ^ celuy de Maresclial.

La maison est assez jolie, Et la cage vaut bien Toiseaii ; Que le voisinage en est beau !

Il me semble estre en Italie ^ ; 11 me chagrine seulement Que derrière celle d'Armand '' Elle soit de cette manière ; Mais je m'estomaque de rien :

S'il est logé sur le derrière, N'est-il pas un Italien s?

' Pendant le» guerres de Paris, les Frondeurs et autres ennemis (lu Cai'dinal l'accusoient d'avoir envoyé en Italie plusieurs mulels chargés d'or et d'argent (De Bl.)

- Variante de la réimpression de 1713 : Porta.

•'• il y a de très-belles maisons à l'entour de ce Palais, qui est hàli à l'ilaliennc, soit pour le dehors, soit pour le dedans, étant rempli d'un très-grand nomlire de tableaux et statues d'Italie d'un très-grand prix. Le duc Mazarin, bigot furieux s'il en fut jamais, a fait gikter et mutiler quantité de ces tableuix et statues, pour en couvrir les nudités. (De Di,.) — Tout le monde sait que la Bibliothèque impériale est installée aujourd'hui dans les bâtiments du palais du cardinal Mazarin, dont la façade, sur la rue Vivionne, vient d'être restaurée, ainsi que celle qui regarde la rue des Petit- Champs. (V'o!/. l'admirable ouvrage de M. le comte l.éon de Laborde, intitulé : Le Ptilids Maz-arin.)

* C'est-à-dire : derrière le Palais Cardinal.

^ Un capitaine Suisse, se promenant dans Vincennes et voyant le tombeau du cardinal de Mazarin, y écrivit :

Ci "it un Poucrc d'Italie,

<jui mi cassi mon Conipenie. (De Bi..)

20 I.A r. III^OMQUK SCANDALEUSE

Célèbre Théâtre, où dix Garces D'intrigues, avec dix Cocus 2, Donnent autant de coups de ...

Qu'elles représentent de farces ^ :

* C'éloil aulrofois l'hôtel des anciens ducs de Dourfogno. Ils y logèrent ce qu'on appelloit anciennement des Jongleurs, et des Pèlerins revenant de visiter la Terre-Sainte, qui, par un zèle mal entendu, jouoient dévotement la Passion de Notre-Seigneur Jésusflhrist, en style moitié grave, moitié burlesque. Les Comédiens y ont ensuite représenté leurs pièces de théâtre pendant fort longtemps; et, en dernier lieu, les Italiens, qui furent chassés pour des raisons trop longues à rapporter. (De Bl.) —Le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, situé dans la rue Fiançoise, avait été ouvert sans interruption depuis 1?i47, et la Confrérie de la Passion y avait donné des représentations, en vertu de ses anciens privilèges, jusqu'au commencement du dix-septième siècle. Ce fut à la fin du règne de Louis XIII, que la troupe de l'Hôtel de Bourgogne se plaça sous la protection immédiate du roi et que les comédiens s'intitulèrent : Comédiens de Sa >Iajcsté. On a lieu de 'étonner que Claude Le Petit, en parlant de ce célèbre lliéâlre, ait passé sous silence les autres troupes alors établies à Paris, notamment celle des Comédiens de Monsieur, qui jouait à la salle du Petit-Bourbon sous la direction de Molière; celle des Comédiens du Marais, au théâtre de l'Hôtel d'Argent, rue de la Poterie ; celle des Comédiens de Mademoiselle, etc.

- A celte époque, la plupart des comédiens et des comédiennes se mariaient entre eux, sans mener pour cela une vie plus régulière. Ceuxqni composaient la troupe de l'Ilôiel de Bourgogne, en 1661, étaient Robert Guérin, dit Gros Guillaume, Floridor, Hugues Guérin, dit Gaulier Gnrguille, Pierre Le Messier, dit Bellerose, Beauchàteau, Jodelet, l.'Espy, Lenoir, etc.

'' On représentait encore des farces aussi indécentes que celles qui, dans le siècle précédent, avaient provoqué des m'esures répressives de la part du Parlement de Paris. Ces farces, très- joyeuses HlrH-récréatives, servaient d'accompagnement à la grande pièce, tragédie ou comédie; elles n'ont pas été recueillies ni même imprimées.

Vieil Jeu de paume déguisé ' , Bordel public loyalisé, Hostel, dans cette estrange terre, Si de toy seul je dis du bien, C'est à la charge qu'au parterre J'entreray désormais pour rien-.

LA haï. LE.

Nous ne sçiiurions nous en desdire.

Il faut passer par ce marché, Et, bien ou mal enharnaché, Dire en passant le mot pour rire ; Je suis dans la plus belle humeur Qu'aye jamais esté Rimeur, De berner cette Foire immonde ^ :

Mais, quand j'en dirois haut ou bas Les plus belles choses du monde.

Personne ne m'entend loit pas.

• La plupart des théâtres, à celle époque, avaient été i\e^ jeux de paume et pouvaient au besoin être rendus à leur anci n usa|;e; aussi bien, en ce temps-là, les jeux de paume étaieni construits comme des théâtres, avec deux ou trois rangs de grandes loges, où les spectateurs s'entassaient, pour suivre des yeux avec intérêt les péripéties de ce jeu que tout le monde aimait, les gens du peuple comme les gens de cour.

* Le prix d'entrée au parterre de l'ilôtel de Bourgogne était alors de quinze sols, conmie on l'apprend de ces vers de Boileau (Satire ix), composés en 1G67 :

II) clerc, pour quinze sols, sans craimlre le liola, l'eut aller au parterre attaquer Alliia.

' Variante de la réijnpression de 1713 :

Où l'on ait jamais vu rimeur, lie louer celle Foire immonde.

LA C H R O N I Q U li S C A N D A L K U S E

Fut-il jamais clameurs pareilleb ♦ ?

Si le ciel n'a pitié de inoy, Je deviendra y sourd, par ma foy, En despit de mes deux oreilles :

Chacun parle et nul ne répond, Chacun se mesle et se confond'^, Tout mirche, tout tourne, tout viie :

Après cela, Père Eternel!

(Jui ne croira, dans cet Empire, Le mouvement perpétuel ?

Tous ces petits thrones de toille Où pendent tant de panonceaux.

N'expriment pas mal sur les e;iux, La flotte d'Espagne à la voille ; Que de cercles et de pacquets !

■ Que de laques^ et de baquets!

Et que de barques à dos d'airhe ! Un Camp ne fut mieux retranché.

Et tant plus dans ce lieu je marche, Moins je le prends pour un marché !

' Vieux chapeaux à vendre! Les vendeuses de ce quartier sont assez connues sous le nom de lldiangères des Halle». (De Ul.) — Voij. ci-après, à la lin de ce volume, dans les Cris de Paris, ceux qu'on entendait aux Halles.

- Variante de la réimpression de 1713 :

L'on n'entend rien, l'on se confond.

^ 11 faut sans doute lire : bacqiies ou haches, baquets, auges, vaisseaux en bois.

ou PAIils KlDiCULE. 25

C'en est un i»ourtant, je me trompe; Je le conois bien maintenant ; Car j'y vois tromper le manant Avec magnificence et pompe ; Je vois vendre, à Tentour de moy, Sans police et sans bonne foy, A faux poids et fausse mesure ; Je vois maquignoner chacun ; Je suis à my jambe en Tordure ; Je n'en doute plus, c'en est un * !

A la bonne heure pour la France, A hi bonne heure aussi pour nous ; Pourveu que Messieurs les Filous Ne nous lanternent point la gance -.

(]a, rions-en tout nostre soûl...

Mais non, ne faisons point le fou.

Retirons-nous, et, sans satire.

Faisons place à qui veut rester : On ne vient pas ici pour rire, On n'y vient que pour achettcr.

LE PILLOnV.

Descliarucons icv nostre ilegme

^ Celte strophe et la piérédcnto ne ^e liouvciil pas dans la léinipre^sion du ,1710.

- Ce quartier étoit autrefois lortfré-iuenté par les Filoux, qui y coupoient bien des bourses. (De Bl.)

24 LA CHKU.MQLE SCANDALtUbE

Dessus ce chilindre pourry* :

Ce Gibet, nommé Pillory, Mérite bien un apophtegme :

Quoy qu il soit en estât piteux, Il fait voir a ce Siècle honteux, Ou on faisoit autrefois justice ; Et conclue! enfm contre luy, L'ayant privé de son office, Qu'on ne la fait plus aujourd"huy -.

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