DE L EDITEUR. VII
tout avec un e>pril de charité dans l'espérance de pouvoir être assez heureux pour réussir au dessein de sa conversion.
« A quelques mois de là, et notre commerce continuant toujours, mais sur un meilleur pied, il me vint rendre visite pour me demander avis sur certain iraité qu'il étoit sur le point de conclure avec un libraire pour l'impression de son Paris ridicule, que j avois déjà vu auparavant et en même temps condamné : « Vous voilà donc, lui dis-je, retombé dans le bourbier, contre ce que vous m'aviez promis? — Nullement, me répondit-ii; vous savez bien que celte pièce est du temps de mes anciennes folies ; mon nom d'ailleurs ne paroîtra point là. Et puis, que voulez-vous que je fasse? Je n'ai pas un sou, et voilà cent écus qui me sautent au collet. Qu'est-ce que mon cœur a à démêler avec ma bourse qui est plus plate qu'une punaise, et mes dents longues comme un jour sans pain, et sous lesquelles je n'ai pas à -mettre une croûte * ? — îs'impocte, lui dis-je, cherchez votre soulagement par des moyens plus honnêtes et plus sûrs, autrement vous êtes un homme perdu, si vous allez plus loin. En un mot, rompez votre marché. — Mais cela est impossible, me dit-il, car j'en ai d'avance touché vingt écus et qui même sont déjà fricassés. — Eh bien, mon pauvre ami, lui dis-je encore une fois, vous êtes un homme perdu, et j'ai grand'peur que vous n'ayez anticipé votre propre peinture, lorsque vous composâtes, il y a quelques mois, le sonnet de l'infâme Chausson. »
« Voici, pour lé dire en passant, et sans aller plus loin, quel étoit ce sonnet, et ce qui y donna lieu. Chausson étoit un malheureux sodomile qui fut brûlé en Grève peu de mois avant que Le Petit, pour d'autres sujets, y subît le même sort. Ce dernier avoit assisté à ce supplice, et, trouvant et admirant comme une grandeur d'àme dans l'espèce d'intrépidité que témoigna ce malheureux, ce qui n'étoit qu'un effet de stupi-
* La vcrilé est, en effet, que le pauvre Petit ue vivoil que de livrets et d'éloges d'auleui's, à la douzaine, propres à èlre mis en forme de sonnet ou d'épigramme et madrigal, à la tête de leurs ouvrages tant bons que mauvais. (.Note de Jean Rou. "