LE PONT AU CHAKGE
Sortons d'icy, je t'en conjure, Car quelque meschante avanture, Nous pourroit peut-estre arriver.
Passons, quand nous devrions crever; Gaignons tout droit le Pont au Change.
Pousse-moy ce marchand d'orange ?
Allons donc, saute vistement ; Mordy ! tu vas trop lentement?
C'est s'amuser à la moutarde.
Vertu-bleu ! tu ne prens pas garde Que tu te laisses embarasser, Et tu ne pourras plus passer ; Puis, après, ce sera le diable ; Tu seras pillé comme sable.
Et peut-estre tu ne pourras Te tirer de cet embaras.
Tien, pousse cette chambrière ;
* « L'hobtel de la Coquille, proche Saint-Landry, qui estoit aaciennement l'IIostel de Ville.). Fr. CoUetet, la Ville de Paris.
Gagne droit à cette fruitière,
Et de là saute hardiment
Chez ce vendeur de passement*.
Sauve-toy, le long des boutiques,
Chez ce marchand qui vend des piques,
Et demeure la de pie quoy,
Jusqu'à ce que je sois h toy.
3Ioy, je passe dans l'autre rue,
Car j'entends qu'on dit : Tue, tué!
Je vov là bas grande rumeur...
Je me sauve, peur du malheur.
Adieu ! va-t-en, ou que je meure,
Je suis à toy dans un quarUl'heure.
Hé bien, me voilà de retour!
Par ma foy, j'ay fait un beau tour!
Bien m'a valu de sçavoir courre !
On m'a voulu frotter la bourre.
Un petit gentilhommereau.
Me prenoit pour un maquereau.
Et disoit, me nommant infâme,
Que j'avois suborné sa femme.
Il crioit comme un enragé,
Et faisoit si fort l'outragé,
Qu'en chantant un si beau ramage
Il sousleva le voisinasie.