‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 3)Chapitre 50 sur 120 · LES BOURGEOIS EN RUMEUR · texte numérisé non relu

LES BOURGEOIS EN RUMEUR

Au mesme temps, j'ay veu sortir Des gens qui vouloient m'investir; Les uns formoient un corps de garde Avec chacun une hallebarde ;

* Passementerie. On a.\)^é\9.\[. passement la dentelle, la caunetille, le galon, la broderie d'or ou d'argent, dont la mode chargeait les habits des hommes et des femmes.

Les autres avoient un cspieu;

Quelques-uns, des armes à feu:

Celuy-cy tenoit une broche;

Cet autre, une meschante pioche;

D'autres, des bastons à deux bouts,

Et hurloient tous comme des foux.

Chacun crioit à pleine teste :

« Arresle, arreste, arreste, arreste 1

Prenez, Messieurs, prenez, prenez,

Ce coquin, et le retenez!

Il faut que nous comptions la chance

A ce maquereau d'importance. »

Cependant j'ay drille * tousjours, J^ans m'amuser à leurs discours, Et, dans quatre sauts, sur mon ame, J'ay gaigné le Pont iN'ostre-Dame, Et pour mieux esviter Taffront, J'ay bien tost traverse le Pont :

Sautant viste comme une chèvre, J'ay passé sur le Quay de Gevre, Et j'ay couru jusques icy.

Où vous me voyez, Dieu mercy I

Après cet accident estrange.

Sortons, passons le Pont au Change ; ]\ous irons vers Saint-Innocent-.

Je te feray voir, en passant, Dequoy passer une heure entière, Sous les Charniers du Cymetiere.

Mais cache bien ton pistolet ?

Faut passer sous le Chastelet ^,

' Couru, bauté,

- L'église et le cimetià-e Saint-Innocent. (Voy. ci-dessUS Paris ridicule, n"* xxsiv à xxsviii.

= « 11 restait, avant la Révolution, quelques vieilles tours de

TARIS BURLESQUE. I2'i

Et ce diable d'eiulroit founiiille D'Officiers de rilostel de Ville, Qui sont des Archers, des Sergens, Et de cette sorte de gens.

C'est une race très-meschante, De qui la vie est insolente.

Et qui, sans rime ny raison, Vous fourent un homme en prison.

Sous une simple conjecture.

Pour dire qu'ils ont fait capture.

Cache donc bien ton pistolet, Qu'on ne te saisisse au collet?

Despeschons, une heure est sonnée :

Faut employer raprès-disnée, Car il nous reste encore à voir Plusieurs choses, avant ce soir.

Voicy donc ce grand Cymetiere, Qui nous fournira de matière A faire pour le moins cent vers, En parlant des sujets divers, Et de cinq cens badineries, Que l'on voit sous ces galleries.

Passons icy premièrement.

Car j'y trouvay dernièrement Un drôle qui me fist bien rire, Quand je le regardois escrire :

Peut-estre le trouverons-nous, Si nous passons icy dessous.

l'ancien édifice, sous lequel était encore le passage étroit, obscur et humide qu'on était obligé de franchir en allant du Pont-au- Change à la rue Saint-Denis.» Hist. de Par s, par Dulaure, 2' éd., t. 111, p.l2G. Voy. ci-dessus, Paris rid., n» Lxvni. '

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