‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 4)Chapitre 10 sur 161 · XIV AVERTISSEMENT · texte numérisé non relu

XIV AVERTISSEMENT

voir les traces d'un grand nombre d'excellents personnages, ont souvent esté les tesmoins de quelques pieux entretiens que nous y avons eus ensemble : c'est là qu'il m'a fait connoistre que parmi les emportemens et la licence d'une jeunesse mal conduite, il se trouve certains momens où la Grâce combat avec le libertinage dans le cœur inquiet du pécheur, et qu'elle n'est pas toujours victorieuse. Ces vers, qu'il m'avoit confiés et que je vous donne, parleront mieux que moi de cette vérité; ils vous diront que ses pensées n'ont pas toujours été criminelles. Au reste, monsieur, ce trépas funeste dont je ne puis parler sans quelque atteinte de douleur, et sans laisser choir des larmes sur le papier, nous doit tenir lieu de leçon salutaire, en nous avertissant de ce que dit le grand saint Augustin, que nostre conscience ne doit pas estre sans crainte et nostre joye sans inquiétude, puisque l'avenir nous est inconnu... Je vois bien qu'il faut plustost chercher du feu dans le sanctuaire pour nous enflammer de l'amour divin, que des lumières pour l'esprit dans l'école de Platon ou dans le superbe lycée des philosophes. Le feu qui brusle dans la teste ne descend pas jusqu'au cœur, » etc..

Ces révélations , faites par un ami de Claude Le Petit, ne prouvent pas cependant que ce poôte fougueux et téméraire eût en lui l'étofTe d'un père de l'Eglise : nous croyons plutôt que l'incorrigible auteur de Paris ridicule, tout imbu qu'il était de la philosophie de Platon et d'Épicure, ne balançait pas à mettre sa plume à la solde d'un libraire ou de tout autre patron qui voulait payer sa prose et ses vers : le récit de Jean Rou ne laisse pas de doute à cet égard.

Ls Paris ridicule, comme l'auteur le disait luimême, était a une pièce du temps de ses anciennes folies ; » on peut donc supposer avec certitude qu'elle •avait été écrite vers l'année 1655 ou 1656 ; on y remarque plusieurs particularités qui équivalent à des

de l'éditeur. tv

dates certaines. Ce poëme satirique, plein de traits audacieux qui n'épargnaient ni le gouvernement, ni la religion, ni le roi, ni ses ministres , ni Dieu, ni diable, selon l'expression du poëte, présentait un caractère dangereux de rébellion contre tout ce qui devait être respecté à l'époque où il fut composé : on comprend que l'autorité civile et religieuse se soit émue de la publication d'un pareil pamphlet, qu'on avait laissé courir manuscrit, sans essayer de l'arrêter. Mais aujourd'hui le Paris ridicule n'est plus pour nous qu'une pièce historique, très-précieuse et très-originale, qui reproduit avec beaucoup de vérité (en faisant la part de l'hyperbole) la physionomie physique et morale de Paris avant 1660. Il y a dans ce poëme, entaché de négligences et d'incorrections, une verve, une énergie, une couleur, qu'on ne trouve que chez les poètes de l'école de Saint-Amant. C'est Saint-Amant que Claude Le Petit a voulu imiter , en opposant son Paris ridicuTe^lT la RoflUBrrt&tcute de son maître: même ton semi-sérieux et semi-comique, mémerhythme dans le? strophes de huit vers chacune, même style ferme et pittoresque, mêmes intentions hostiles à l'égard de tous les dépositaires du pouvoir civil ou jecclésiastique. Mais Claude Le Petit est allé bien plus loin que Saint-Amant , et l'on doit même supposer que les passages les plus hardis de son ouvrage furent supprimés ou adoucis dans les impressions qui ont été faites depuis sa mort.

Ce poëme, vraiment remarquable et célèbre à tant de titres, fut imprimé pour la première fois en 1668, à Amsterdam, par Daniel Elzevier, qui était en relation journalière de correspondance littéraire avec les écrivains français. Cette édition, dont les exemplaires sont fort rares, a pour titre : la Chronique scandaleuse, ou Paris ridicule, de C. Le Petit. Cologne, P. de la Place, 1668, petit in-12 de 47 pages. On doit présumer que bien peu d'exemplaires de ce petit livre pénétrèrent

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