‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 4)Chapitre 122 sur 161 · POUR PASSER LA NUIT AVEC ELLE · texte numérisé non relu

POUR PASSER LA NUIT AVEC ELLE

Icy Ton ne trouve personne.

Yoilà déjà minuit qui sonne.

Nous n'avons plus rien à chercher, Car le monde s'en va coucher.

Toutefois, par ce clair de lune, Il faut encore busquer 1 fortune, Tout s'accorde à nostre désir ; Tu t'en vas avoir du plaisir.

Prenons un -peu de patience ; Que pas un de nous deux n'avance !

Ecoute ce coup de sifflet !

Cet homme sçait bien ce qu'il fait :

Déjà je voy d'icy paroistre Une maistresse à la fenestre, Qui crache, tousse avec éclat, Jette son pot plein de pissat, Pour voir si nul ne la regarde, D'autant qu'à tous deux il leur tardé

1 Chercher. Scarron, daûs le Virgile traveili ;

JSneas, vous êtes un sot,

Il fdut aller busquer fortune.

Qu'ils ne soient ensemble tous deux, Pour jouer leurs beaux petits jeux.

As-tu veu de la mesme porte Sortir un grand homme, qui porte, Une lanterne dans sa main ?

Je ne juge jamais en vain :

Je le croy mary de la femme Que cet autre inquiet reclame, Et qui luy donne le signal Pour faire avec elle du mal. .

Ce pauvre espoux, qui n'aime 'qu'elle, Croit son espouse bien fidelle ; Et comme il est officier (Quoiqu'il soit un peu grossier) De quelque grand'maison voisine, Il s'en retourne à sa lésine *, Après avoir, dans sa maison, Porté quelque provision.

Cependant la jeune folâtre, De ce beau galant idolâtre, En l'absence de son espoux Luy donne quelque rendez- vous.

Vois-tu comme il passe et repasse ?

Les plaisants tours de passe passe !

Si tost qu'il aperçoit quelqu'un Pour son dessein trop importun, Toujours tremblant, il se retire, Et n'ose ny tousser ny rire ; Pour l'autre, impatiente aussi, Tantost la voilà, la voicy ;

1 C'est-à-dire : à l'office; à l'endroit oh il ramasse son butin»

Elle se retire, ou s'avance Suivant la crainte ou l'espérance, Et youdroit, pour faire un péché, Que tout le monde fust couché ; Dès qu'elle voit une chandelle, Je pense qu'elle est tout hors d'elle, Dans la crainte que son mary Ne coupe l'herbe 1 au favory.

Enfin, Ton n'entend plus personne ; Le galant revient sur ses pas : - Ils se parlent tous deux tout bas, Elle descend, la porte s'ouvre, Et, dans son manteau qui le couvre, 11 entre, sans faire du bruit, Pour y passer toute la nuit.

Oh ! si, par un coup d'avanture, Le mary de la créature, De chez son maistre revenoit, Et qu'allant chez luy de sang froid, Il decouvrist ce beau ménage, Que deviendroit ce personnage ?

Ils croyent qu'ils ne sont pas yeus, Et nous les avons apperceus :

Regarde l'adresse des femmes, Quand elles veulent estre infâmes ?

Est-il finesse que Dieu fit, Qu'elles ne mettent à profit?

Profitons de toutes ces choses !

1 On dit encore proverbialement : Couper l'herbe sous le pied à quelqu'un, dans le sens de : contrarier, empêcher, déranger le projet de quelqu'un.

Page 1