‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 4)Chapitre 123 sur 161 · LE FEU QUI PREND DE NUIT A UNE MAISON · texte numérisé non relu

LE FEU QUI PREND DE NUIT A UNE MAISON

Mais ce ne sont là que des roses ; Il est bon nombre d'autres tours, Qu'à Paris on voit tous les jours ; Et ce n'est pas fait qui commence.

Voicy quelque nouvelle danse ; C'est commencer de bon matin.

J'entens qu'on sonne le tocsin, On crie au feu dans l'autre rue, Et vous diriez que Ton s'y tuë.

Promenons-nous de bout en bout ?

Déjà la flame sort partout.

Ah Dieu ! quel horrible spectacle !

Se peut-on sauver sans miracle? Certes, je plains ces pauvres gens, Qui sont enfermez là-dedans.

Considère un peu quel tumulte, Comme chacun se culebute ?

L'un courre chercher quelque sceau, L'autre apporte déjà de l'eau, Celuy-cy prette son eschelle ; Cet autre traisne une escabeJle ; L'un, comme fol et sans raison, Sort égaré de sa maison.

Voilà vingt femmes en chemise, Qui seroient bien de bonne prise, , Et les hommes et les garçons, Ne sont qu'avec leurs caleçons, Celuy-cy va, cet autre courre, Cet autre dans le feu se foure ; Mais, parmy ce triste embarras,

Il est des gens qui ne vont pas Pour jetter de l'eau sur la flame.

L'an ne songe dedans son ame, Qu'à s'introduire, et qu'à piper Tout ce qui se peut attraper, Sous prétexte d'un bon office, Ou de rendre quelque service; Car, pour sauver si peu qu'on a, On jette tout, par-cy, par-là, Par les portes, par les fenestres.

Il n'est point ny valets ny maistres; Les amis et les ennemis, Dans ce rencontre, sont amis; On met sous les pieds toute haine, On ne songe plus qu'à sa peine, Et, de peur de n'avoir plus rien, On sauve, comme on peut, son bien.

Mais surtout, ce qui m'est sensible, C'est de voir qu'il est impossible De tirer de petits enfans Que Ton oit crier là-dedans, Qui. dans le feu s'ensevelissent, Et peut-estre tout vifs rôtissent.

J'entens dire à plusieurs voisins, Que ce grand malheur que je plains, Et qui produit tant de fumée, Vient d'une chandelle allumée, Qu'une fille, auprès de son lit, À laissé bfusler cette nuit, Et qu'elle a payé de sa vie Cette négligente folie, Puisque, la première en ce lieu, Elle a rendu son ame à Dieu.

Voilà ce que la négligence De cette misérable engeance De serrantes et de valets, Qui sèchent trop tard leurs colets, Et laissent fondre leur chandelle, Cause, par la moindre étincelle ; L'une aura le cerveau si dur, Qu'elle la mettra contre un mur, Sans prévoir, que, tombant à terre, La flame luy fera la guerre; L'autre, sujette à s'endormir, A baailler, s'estendre et gémir, A tomber le nez sur la table, Renversera, la misérable, La chandelle et le chandelier, Peut-estre sur un tablier, Sur un carreau, sur une chaise, Où le feu prendra tout à l'aise, Et s'attachera vivement Aux solives du bastiment ; De l'un, la flame passe à l'autre, Et, fust-on le meilleur apo3tre, On craint toujours d'estre haslé, Et plus encor d'estre bruslé.

Tout un quartier est en déroute :

On ne sçait choisir quelle route ; Et tel pense esquiver le feu, Qui se va jetter au milieu ; Celuy-cy craint pour son ménage; Cet autre, pour son parentage; L'un songe à sauver son argent, De peur qu'il ne soit indigent :

Enfin, l'on craint que tel esclandre

Ne réduise un quartier en cendre, Ainsi qu'on a veu quelquefois, Sans qu'à ce feu Ton mit du bois; On sçait que des Tilles entières N'ont esté que des cimetières, Par ces horribles accidens, Qui guérissent du mal de dents, Et c'est pourquoy l'on appréhende, Et c'est pourquoy chacun demande :

« D'où vient le feu? Chez quel voisin? >r Pour courir et Pesteindre, enfin, Pour rompre maisons et fenestres, Toits de plomb et chevrons de hestres, Tuilles, ardoises et plastras, Pour que le feu n'avance pas.

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