CRIEURS D'EAU-DE-VIE
Mais escoute un peu, je te prie :
J'entens les crieurs d'eau-de-vie 1 , Et je croy, raillerie à part, Cher amy, qu'il est déjà tard :
Voilà les cloches qui résonnent, Et voilà trois heures qui sonnent ; On va commencer, en tout lieu, Le service de nostre Dieu.
Cependant, au coin de ces rues, Mesme à toutes les avenues De ces grands quartiers si peuplez,
1 C'est encore à trois ou quatre heures du matin que s'ouvrent les débits de consolation; c'est par le petit verre d'eaude-vie que les gens du peuple commencent leur travail.
Les rangs de gens y sont triplez :
Vois-tu comme chacun s'y presse.
Et la jeunesse et la vieillesse,
Afin de boire de cette eau
Qui brusle estomach et cerveau?
Ris, de voir ces tasses rangées,
Et ces fioles de dragées,
Ces bouteilles et ces flacons,
Et ces verres à petits fonds,
Ces tables propres et couvertes
Que l'on orne de branches vertes,
De tapis et de linges blancs,
Afin d'attirer les passans;
Tous ces vendeurs ont leur méthode,
Et chacun invite à sa mode :
« Çà, chalans, dira celuy-cy ;
Approchez, venez boire icy?
Voilà de si bonne eau-de-vie,
Pour noyer la mélancolie,
Mesme pour réjouir le cœur,
Qu'il ne se peut rien de meilleur! »
L'autre, qui court de rue en rue,
Avec sa lanterne menue,
Portant sa boutique à son col
Pendue avecque son licol,
S'en va frappant de porte en porte,
Suivy de son chien pour escorte,
Et reveille les artisans
Avecque ses discours plaisans
(Que Ton croit des mots de grimoire) :
« Vi, vi, vi, vi, à boire, à boire !
Excellent petit cabaret,
Remply de blanc et de clairet,
De Rossolis, de Malvoisie, Pour qui n'aime point l'eau-de-vie ! »
Tels à peu près sont les discours Que ces gens tiennent tous les jours, Qui, nous entrant dans les oreilles, Changent nostre sommeil en veilles.
LES PATICIERS.
Le bruit que font les Paticiers, J'eatens ces petits officiers Qui portent pastez à douzaine, Et qui vont criant à voix pleine :
Petits pastez chauds et bouillans !
Réveille bien des sommeillans.