‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècle (volume 4)Chapitre 72 sur 161 · LE JET DU GRAND BASSIN · texte numérisé non relu

LE JET DU GRAND BASSIN

Morbleu ! qui n'aurait pas envie De rire à ce grotesque object?

Non, je n'ay jamais veu de Jet Plus extravagant en ma vie.

Que ce vilain poisson d'airain, Dans les bras du monstre marin 3 ,

1 Marie de Médicis étoit fille de François, grand-duc de Toscane, née en 1574. Elle épousa en 1600 le roi Henri IV. Après la mort de ce prince, elle gouverna le Royaume pendant la minorité de son fils Louis XIII. Mais, ce jeune roi ayant voulu régner lui-môme et sa mère voyant toute l'autorité entre les mains du cardinal de Richelieu, elle sortit de France, passa en Flandres, ensuite en Angleterre, et de là se retira à Cologne, où elle mourut dans un état fort pitoyable. La crainte qu'on eut du cardinal, qui étoit son ennemi mortel, fit que personne n'osa l'assister, pas môme le roi son fils. (De Bl.)

2 Le grand jet d'eau du Luxembourg figure sur plusieurs estampes gravées par Israël Silvestre, J. Marot, Pérelle, etc. Le bassin est de forme octogone ; au milieu, on distingue un Triton qui tient un Dauphin. (A. B.)

3 Le Jet dont il est parlé ici est dans un des Jardins du Luxembourg. C'est un Triton qui tient entre ses bras un Dauphin, qu'il regarde, le visage tourné vers le ciel, de

Fait le fantasque et le farouche !

Mais Dieu! qu'ils sont tous deux mal nets !

Ce que l'un pisse par la bouche, L'autre Tavalle par le nez.

l'abbaye de saint-germain 1 .

Dix vers, de grâce, à l'Abbaye, En faveur de l'Abbé Pansu ;

Cet illustre b est issu 2

D'une royalle 3 .

Ces trois Pyramides à jour 4 , Que je voy là tout à l'entour,

sorte que, selon que le vent souffle, l'eau qui tombe de la gueule du Dauphin tombe souvent sur le nez du Triton. (Db Bl.)

1 II y a une petite vue de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés lez-Paris, dessinée par Israël Silvestre vers 1655. Voy. la savante Histoire de cette abbaye, par dom BouiUard, dans laquelle on trouve des plans et des estampes qui représentent l'état du monastère au commencement du dix-huitième siècle.

3 L'abbé de S. Germain de ce tems-là étoit de la maison de Verneuil, qui tire son origine de Henri IY et d'une de ses maltresses, Henriette Balzac d'Entragues. (Db Bl.) — Henri de Bourbon, que le poète appelle Y abbé Pansu, à cause de son gros ventre, était fils naturel de Henri IY. Il fut évoque de Metz, après avoir été abbé de S. Germain-des-Prés. Il mourut en 1682.

* Variante de la réimpression de a 71 3 :

Ce brave prélat est issu De royalle galanterie.

4 Ces trois Pyramides sont les trois clochers pointus qui sont sur l'Eglise. (De Bl.) — Deux de ces clochers, qui s'élevaient de chaque côté de la nef, ont été démolis en 1820, parce qu'ils menaçaient ruine; on n'a conservé que le gros clocher du grand portail.

Me causent bien de la surprise ; An nom de Dieu pourquoy met-on Trois clochers dessus une Eglise?

Un Cabaret n'a qu'un bouchon.

Enfin donc, puisque sans réserve Dessus tout nous satirisons, Allons aux Petites Maisons 1 .

Faire un dernier effort de verve :

Par complaisance ou par pitié, Nous luy devons cette amitié, Dedans nostre mélancolie ; Car, après tout, où pourrions-nous Mieux achever nostre Folie, Que dedans la Maison des Fous ?

Maison ordinaire et commune Des Gens privez du sens commun, Fameux Hospital où chacun Recognoist pour Soleil la Lune :

1 L'Hôpital des Fous, au bout du Fauxbourg Saint-Germain. On l'appelle ainsi à cause des petites loges où l'on renferme ceux qui ont perdu le sens. Rien de plus commun à Paris que de dire d'une personne qui fait quelque folie, qu'il faut l'envoyer aux Petites Maisons. (De Bl.) — Ce vaste enclos est aujourd'hui l'Hospice des Ménages, rue de Sèvres. Voici comment l'abbé de Marolles a caractérisé cet Hôpital, dans sa Description de Paris en quatrains :

Les Petites-Maisons sont une belle chose :

Elles font leur paroisse, et les lieux sont si grands, Pour des foux infinis et pour de vieilles gens, Qu'on ne voit rien ailleurs de mieux que je propose.

Célèbres Petites Maisons, C'est avec de bonnes raisons, Que ma Muse te rend hommage ; Mon mestier veut cela de moy, Car il n'est Poëte si sage 4 , Qui ne tremble en parlant de toy !

Ponr couronner nostre Satire En homme d'honneur et de bien, Disons que nous n'ayons dit rien Au prix de ce que Ton peut dire :

Satisfaisons-nous toutesfois, Et sans parler du mal François 2 , Sonnons tout de bon la retraite; Quand il s'agiroit de pécher, Prudence veut que Ton permette Ce qu'on ne sçauroit empescher.

Adieu donc, Ville de Village, Seigneur Paris en Badaudois 3 1

1 L'auteur veut dire que, pour être bon poëte, il faut être un peu fou. Nos vieux Gaulois appelloient autrefois les poëtes : Fatistes, d'où est venu le mot de Fat. J'ai vu autrefois à Paris un fou aux Petites-Maisons, qui faisoit de trèsjolis vers, dont il régaloit ceux qui venoient voir cet Hôpital. (De Bl.)

* L'auteur parle, en italien, du mal de Naples.

» On appelle les Parisiens : Badauts, et la campagne de Paris : le Badaudois, aussi bien que le langage qu'on y parle. Ce saubriquet leur a été donné, parce que le peuple de Paris

J'en diray moins une autre fois, Ou bien j'en diray davantage :

Sans boire, c'est assez chanté; J'arrive au terme limité *, Trois vers finissant ce Poëme ; Qui de trois paye un, reste deux :

Adieu, voici le pénultième ; Fais le dernier, si tu le peux?

s'attroupe facilement et s'amuse à regarder tout ce qui lui semble tant soit peu extraordinaire; ce qu'on appeUe : a faire le Badaut. » U y a de l'apparence que ce mot est dérivé des Bagaudes, qui étoient des paysans rebelles des environs de Paris, lesquels s'attroupèrent et firent beaucoup de ravage ; mais ils furent défaits et exterminés. On croit qu'ils étoient campés dans l'endroit oh est S. Maur des Fossés, qu'on appellent autrefois Castrum Bagaudarum. (De Bl.)

J'arrive au terme limité :

J'ai fait ce que j'ai projeté.

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