A MES AMIS DE LA CAMPAGNE
Vous me demandez si souvent des nouvelles de Paris, et des particularités de ce qui s'y passe, que je veux, pour vous satisfaire, vous en donner qui vous feront peut-estre rire quelque quart-d'heure, si vous prenez la peine de les lire. Tout le monde envoyé dans les Provinces des Relations de ce qui se passe de beau dans cette grande et célèbre ViUe y et chacun s'estudie à bien débiter les magnificences que Von void à la suite du Roy, dans les Palais des Princes et dans les Cérémonies publiques ; moymesme je m'y suis escrimé comme les autres. Mais c'est une matière trop sérieuse : je veux, dans celles que je vous envoyé, txms parler de quelque chose qui ne soit pas si fort eslevé. Si vous n'entendiez discourir que des beautez de Paris, elles ne vous paroistroient pas si rares, et vous n'en feriez pas V estime que vous devez. Le grand nombre des belles choses en amoindrit le prix, et une confusion de merveilles empesche de les bien considérer. C'est pour cela (mes chers Amis) que fay voulu vous divertir, par la lecture des Vers que je vous présente, où vous apprendrez ce que j'ay fait voir à un nouveau venu dans cette Ville. Je Vay mené
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d'abord dans les endroits où Von voit la confusion et le désordre, afin qu'après il eust plus de plaisir à voir le Palais Royal, le Cours , la Comédie, et toutes les autres choses de cette nature. Je Vay promené sur le Pont Neuf, où je luy ay fait remarquer cent drolleries qui s'y font. Je Vay mené dans la Gallerie du Palais, où les Marchands disent cent choses à la fois. Je Vay fait considérer la diversité des Plaideurs, et des gens deprocez, dans la grand'- Salle % Je Vay mené boire à la Buvette, où j'ay fait causer la Maistresse. Je Vay engagé dans un embarras devant le Palais, où il s'est trouvé parmy des Chariots et des Carrosses accrochez, des Tumbereaux pleins de boues renversez, des boutiques de Merciers par terre, entre des Laquais, des porteurs de chaises, des boiieurs, des Charetiers et des Savetiers qui se gourment. Je luy ay fait voir une rue en alarme, et tout un voisinage soulevé, qui court avec des brochés et des hallebardes, après un homme qu'on prend pour un autre. Je Vay mené aux Charniers de S. Innocent, où je luy ay montré les illustres Secrétaires de ce pays-là. Je luy ay fait entendre la lecture d'une lettre de haut stile de ces Messieurs. Je luy ay fait considérer une Servante, qui fait reformer un mémoire pour ferrer la mulle ; les marmousets de papier, et des vendeurs d'Images. Je luy ay montré tous les guenillons de la Fripperie. Je luy ay fait entendre les injures des Harangeres de la Halle, et une infinité d'autres choses semblables que vous verrez dans ces Vers que je vous donne, puisque vous mêles avez demandez et que je ne puis vous les refuser, parce que je suis vostre amy et vostre serviteur.