UNE POPULACE QUI CRIE : MEUSNIER
a l'anneau! et ce qui en arrive1.
Ce sont Meusniers, sans dire gare, A cheval dessus leurs mulets, Qui viennent dessus vingt colets, Canons, manteaux, chemises, bottes.
De faire rejaillir des crottes ; Ils enragent dedans leur peau, Que l'on dist: Meusnier, à Vanneau
. J'ai remarqué je ne sais plus en quelle collection du Cabinet des Estampes et vu passer dans une vente publique u ' stampe du dix-septième siècle, représentant 1 ane du Meunier à l'anneau: la scène se passe sur la bel miai de la Grève. (A. B.) .
î Malgré l'origine que CoUetet attribue, sur la foi de la tradition, à ce cri que les meuniers '• comme une
gra e inure, il est probable qu'on doit y voir plutôt une Slusion au châtiment que les meuniers de Pans encoura.ent
Car, malgré toutes leurs poursuites Et leurs procédures escrites, Mesme un arrest du Parlement Qui defendoit expressément Qu'on les appelast de la sorte, D'une voix encore plus forte Qu'on ne faisoit auparavant, On les appelle bien souvent.
11 faut en apprendre l'histoire, Qui seroit difficile à croire, Si tout le monde de Paris, Comme moy, ne l'avoit appris, Et n'en avoit veu la figure, Dont la mémoire encore dure, Et le souvenir durera Autant que le Monde vivra.
Un jour, un Meusnier d'importance
(Je passe son nom sous silence,
Car à l'histoire il ne fait rien)
S'avisa de Loire si bien,
Et de faire si bonne chère,
Qu'on ne pouvoit pas la mieux faire.
Accompagné d'autres meusuiers,
Et de quelques gagne-deniers,
Qu'on voit tous les jours dans la Grève
Se promener sans nulle trêve,
Animez des vapeurs du viu :
quand il à leur profit une certaine quantité
de farine sur le blé qu'i : unait à moudre; car ils
étaient alors du pilori; or le patient
qu'on piloriait se voyait exposé, en public, la tête et les mains enfermées dans une espèce d'anneau ou de carcan mobile.
Dedans la chaleur du festin, Regardant un anneau tout proche De ces anneaux où l'on accroche Toutes les cordes des batteaux, Pour les asseurer sur les eaux De peur que le flot de la Seine Ne les brise, ou ne les entraisne ; Les deux mains dessus ses roignons.
Gagea contre ses compagnons, Et se donnant peut-estre au diantre, Que, sans se crever par le ventre, En un mot, que, sans s'estouffer, Il passeroit l'anneau de fer.
Regarde un peu quelle gageure Pour un homme à grosse fresseure1?
Nul ne crut qu'il dist tout de bon : « Gage que si? — Gage que non '.' Il ne s'en tient pas aux paroles :
Il met bas quatre ou cinq pistoles, Et ses compagnons sans soucy Contre luy les mettent aussi.
Le gros sac-à-vin se dépouille, Encore une fois il se mouille De Bacchus le dedans du corps.
Et sort en cet estât dehors.
C'estoit au temps que la Nature
Souffloit dans ses doigts de froidure ; Toutefois, on ne laissa pas.
Au récit d'un si nouveau cas, Devenir par cent et par mille,
1 Bedaine, panse.
He tous les endroits de la ville.
Dans les places on entend crier:
« Venez, venez voir un Meusnier, Dessus un des quais de la Grève, Qui, tout nu, dans un anneau crevé !
C'estoit plaisir de voir ce corps Faire d'inutiles efforts Pour passer dans cette ceinture, ' Qu'il commençoit à trouver dure.
11 entra véritablement, Mais à demy corps seulement ; Il s'y mit de telle manière, Qu'il ne peut avant ny arrière, Encor qu'il s'écorchast la peau, Se mouvoir dans ce dur cerceau.
Cependant les costes raflées Tout à coup deviennent enflées :
11 crevé, et, ne pouvant sortir, Il n'est pas à s'en repentir.
Celuy-cy rit, l'autre soupire.
L'autre ne sait ce qu'il doit «lire.
Car on voit un homme mourir, Que l'on ne sçauroit secourir. Iiéjà le cercle dans l'enflure A peine se voit, je te jure :
On fait venir un chirurgien, Qui visite et qui ne peut rien, Car, pour sauver sa peau rayée, Il ne s'agit pas de saignée.
Que faire en cette extrémité?
Tous les gageurs, de leur coslé, Qui voyent périr leur confrère, No sçavent que dire et que faire.