‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècleChapitre 121 sur 256 · POUR PASSER LA NUIT AVEC ELLE · texte numérisé non relu

POUR PASSER LA NUIT AVEC ELLE

Icy l'on ne trouve personne.

Voilà déjà minuit qui sonne.

Nous n'avons plus rien à chercher, Car le monde s'en va coucher.

Toutefois, par ce clair de lune, Il faut encore busquer 1 fortune, Tout s'accorde à nostre désir ; Tu t'en vas avoir du plaisir. Prenons un peu de patience ; Oue pas un de nous deux n'avance !

Ecoute ce coup de sifflet !

Cet homme sçait bien ce qu'il fait :

Déjà je voy d'icy paroistre Une maistresse à la fenestre, Qui crache, tousse avec éclat, Jette son pot plein de pissat, Pour voir si nul ne la regarde, D'autant qu'à tous deux il leur tarde

1 Chercher. Scarron, dans le Virgile travesti .

Lu eas, vous ûtes un sot, 11 i'uut aller busquer fortune.

Qu'ils ne soient ensemble tous deux.

Pour jouer leurs beaux petits jeux.

As-tu veu de la mesme porte Sortir un grand bomme, qui porte, Une lanterne dans sa main ?

Je ne juge jamais en vain :

Je le croy mary de la femme Que cet autre inquiet reclame, Et qui luy donne le signal Pour faire avec elle du mal.

Ce pauvre espoux, qui n'aime qu'elle.

Croit son espouse bien fidelle ; Et comme il est officier (Quoiqu'il soit un peu grossier) De quelque grand'maison voisine, Il s'en retourne à sa lésine l, Après avoir, dans sa maison, Porté quelque provision.

Cependant la jeune folâtre, De ce beau galant idolâtre, En l'absence de son espoux Luy donne quelque rendez-vous.

Yois-tu comme il passe et repasse ?

Les plaisants tours de passe passe !

Si tost qu'il aperçoit quelqu'un Pour son dessein trop importun, Toujours tremblant, il se retire, Et n'ose ny tousser ny rire ; Pour l'autre, impatiente aussi, Tantost la voilà, la voicy ;

1 C'est-à-dire : à l'office; à l'endroit où il ramasse son butin.

Elle se retire, ou s'avance Suivant la crainte ou l'espérance, Et voudroit, pour faire un péché, Que tout le monde fust couché ; Dès qu'elle voit une chandelle, Je pense qu'elle est tout hors d'elle, Dans la crainte que son mary Ne coupe l'herbe * au favory.

Enfin, l'on n'entend plus personne ; Le galant revient sur ses pas :

Us se parlent tous deux tout bas, Elle descend, la porte s'ouvre, Et, dans son manteau qui le couvre, Il entre, sans faire du bruit, Pour y passer toute la nuit.

Oh ! si, par un coup d'avanture, Le mary de la créature, De chez son maistre revenoit, Et qu'allant chez luy de sang froid, Il decouvrist ce beau ménage, Que deviendroit ce personnage ?

Ils croyent qu'ils ne sont pas veus, Et nous les avons apperceus :

Regarde l'adresse des femmes, Quand elles veulent estre infâmes ?

Est-il finesse que Dieu fit, Qu'elles ne mettent à profit?

Profitons de toutes ces choses !

i On dit encore proverbialement : Couper l'herbe sous le pied à quelqu'un, dans le sens de : contrarier, empêcher, déranger le projet de quelqu'un.

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