‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècleChapitre 122 sur 256 · LE FEU QUI PREND DE NUIT A UNE MAISON · texte numérisé non relu

LE FEU QUI PREND DE NUIT A UNE MAISON

Mais ce ne sont là que des roses ; Il est bon nombre d'autres tours, Qu'à Paris on voit tous les jours ; Et ce n'est pas fait qui commence.

Voicy quelque nouvelle danse ; C'est commencer de bon matin.

J'entens qu'on sonne le tocsin, On crie au feu dans l'autre rue, Et vous diriez que l'on s'y tue.

Promenons-nous de bout en bout ?

Déjà la flame sort partout.

Ah Dieu ! quel horrible spectacle !

Se peut-on sauver sans miracle?

Certes, je plains ces pauvres gens, Qui sont enfermez là-dedans.

Considère un peu quel tumulte, Comme chacun se culebute ?

L'un courre chercher quelque sceau, L'autre apporte déjà de l'eau, Celuy-cy prette son eschelle ; Cet autre traisne une escabelle ; L'un, comme fol et sans raison, Sort égaré de sa maison.

Voilà vingt femmes en chemise, Qui seroient bien de bonne prise, Et les hommes et les garçons, Ne sont qu'avec leurs caleçons, Celuy-cy va, cet autre courre, Cet autre dans le feu se foure ; Mais, parmy ce triste embarras,

Il est des gens qui ne vont pas Pour jetter de l'eau sur la ilame.

L'un ne songe dedans son ame, Qu'à s'introduire, et qu'à piper Tout ce qui se peut attraper, Sous prétexte d'un bon oflice, Ou de rendre quelque service; Car, pour sauver si peu qu'on a, On jette tout, par-cy, par-là, Par les portes, par les fenestres.

Il n'est point ny valets ny maistres; Les amis et les ennemis, Dans ce rencontre, sont amis; On met sous les pieds toute haine, On ne songe plus qu'à sa peine, Et, de peur de n'avoir plus rien, On sauve, comme on peut, son bien.

Mais surtout, ce qui m'est sensible, C'est de voir qu'il est impossible De tirer de petits enfans Que l'on oit crier là-dedans, Qui dans le feu s'ensevelissent, Et peut-estre tout vifs rôtissent.

J'entens dire à plusieurs voisins, Que ce grand malheur que je plains, Et qui produit tant de fumée, Vient d'une chandelle allumée, Qu'une fille, auprès de son lit, A laissé brusler cette nuit, Et qu'elle a payé de sa vie Cette négligente folie, Puisque, la première en ce lieu, Elle a rendu son ame à Dieu.

LE 'TRACAS DE PARIS. 3 1 r>

Voilà ce que la négligence De cette misérable engeance De servantes et de valets, Oui sèchent trop tard leurs colets.

Et laissent fondre leur chandelle, Cause, par la moindre étincelle ; L'une aura le cerveau si dur, Qu'elle la mettra contre un mur, Sans prévoir, que, tombant h terre, La tlame luy fera la guerre; L'autre, sujette à s'endormir, A baailler, s'estendre et gémir, A tomber le nez sur la table, Renversera, la misérable, La chandelle et le chandelier, Peut-estre sur un tablier, Sur un carreau, sur une chaise, Où le feu prendra tout à l'aise, Et s'attachera vivement Aux solives du bastiment ; De l'un, la flame passe à l'autre, Et, fust-on le meilleur apostre, On craint toujours d'estre haslé, Et plus encor d'estre bruslé.

Tout un quartier est en déroute :

On ne seait choisir quelle route ; Et tel pense esquiver le feu, Qui se va jetter au milieu ; Geluy-cy craint pour son ménage; Cet autre, pour son parentage; L'un songe à sauver son argent, De peur qu'il ne soit indigent :

Enfin, l'on craint que tel esclandre

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Ne réduise un quartier en cendre, Ainsi qu'on a veu quelquefois, Sans qu'à ce feu Ton mit du bois; On sçait que des villes entières N'ont esté que des cimetières, Tar ces horribles accidens, Oui guérissent du mal de dents, Et c'est pourquoy l'on appréhende, Et c'est pourquoy chacun demande :

« D'où vient le feu? Chez quel voisin? » Pour courir et Testeindre, enfin, Tour rompre maisons et fenestres, Toits de plomb et chevrons de hestres, Tailles, ardoises et plastras, Pour que le feu n'avance pas.

ClilEURS DEAU-DE-VIE.

Mais escoute un peu, je te prie :

J'entens les crieurs d'eau-de-vie1, Et je croy, raillerie à part, Cher amy, qu'il est déjà tard :

Voilà les cloches qui résonnent, Et voilà trois heures qui sonnent ; On va commencer, en tout lieu, Le service de nostre Dieu.

Cependant, au coin de ces rues, Mesme à toutes les avenues De ces grands quartiers si peuplez,

' C'est encore à trois ou quatre heures du matin que s'ouvrent les débits de consolation; c'est par le petit verre d'eaude-vie que les gens du peuple commencent leur travail.

Les rangs de gens y sont triplez :

Yois-tu comme chacun s'y presse,

Et la jeunesse et la vieillesse,

Afin de boire de cette eau

Qui brusle estomach et cerveau?

Ris, de voir ces tasses rangées,

Et ces fioles de dragées,

Ces bouteilles et ces flacons,

Et ces verres à petits fonds,

Ces tables propres et couvertes

Que l'on orne de branches vertes,

De tapis et de linges blancs,

Afin d'attirer les passans;

Tous ces vendeurs ont leur méthode,

Et chacun invite à sa mode :

« Çà, chalans, dira celuy-cy;

Approchez, venez boire icy?

Voilà de si bonne eau-de-vie,

Pour noyer la mélancolie,

Mesme pour réjouir le cœur,

Qu'il ne se peut rien de meilleur! »

L'autre, qui court de rue en rue,

Avec sa lanterne menue,

Portant sa boutique à son col

Pendue avecque son licol,

S'en va frappant de porte en porte,

Suivy de son chien pour escorte,

Et reveille les artisans

Avecque ses discours plaisans

(Que l'on croit des mots de grimoire) :

« Vi, vi, vi, vi, à boire, à boire!

Excellent petit cabaret,

Remply de blanc et de clairet.

fie Rossolis, de Malvoisie, Pour qui n'aime point l'eau-de-vie ! » Tels à peu près sont les discours One ces gens tiennent tous les jours, Qui, nous entrant dans les oreilles, Changent nostre sommeil en veilles.

LES PATICIERS.

Le bruit que font les Paticiers, J'entens ces petits officiers Qui portent pastez à douzaine, Et qui vont criant à voix pleine :

Petits pastez chauds et boiïillans !

Réveille bien des sommeillans.

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