XII AVERTISSEMENT
Barbu comme un sauvage et jusqu'au eu crotté, D'un haut-de-chausse noir sans ceinture et sans patte, Et de quelques lambeaux d'une vieille buratte En tous temps constamment couvrir sa nudité ;
Envisager chacun d'un œil hagard et louche,
Et mâchant dans les dents quelque tenue farouche,
Se ronger jusqu'au sang la corne de ses doigts ;
Quand, dis-je, avec ces traits vous trouverez un homme,
Dites assurément : C'est un poëte françois !
Si quelqu'un vous dément, je Tirai dire à Kome • . n
Ce passage des Mémoires de Jean Rou vient suppléer au silence de l'histoire littéraire sur le compte de Claude Le Petit; il nous apprend quels furent les fâcheux antécédents du poëte, qui semblait avoir le pressentiment de sa destinée. Jean Rou ne nous dit rien de l'anecdote du Singe, mais ce qu'il dit du procès de Claude Le Petit, dénoncé par son libraire (Loyson ou Pepingué), ne dément pas cette anecdote, puisqu'il attribue la terrible condamnation de cet athée libertin à des poésies obscènes et impies trouvées dans ses papiers. On a prétendu qu'au nombre de ces poésies était un poëme intitulé le Bord., des Muses2, lequel fut réimprimé au siècle dernier dans le fameux recueil de pièces libres que le duc d'Aiguillon flt tirer à douze exemplaires sous le litre du Cosmopolite ,• il s'agirait plutôt du Bord., céleste, suivant une autre opinion; mais ce poëme, dont les manuscrits furent assez répandus à cette époque, avait pour auteur l'abbé d Estelan , et non Claude Le Petit, d'après le témoignage de Tallemanl des Réaux.
11 serait plus probable, comme le dit Lefebvre de
1 Nous ne croyons pas nécessaire de rapporter le second sonnet que Le Petit avait composé en l'honneur de l'auteur anonyme d'un poëme sur la ville de Pont-1'Evêque, d'autant plus que le poëme ne paraît pas avoir été imprime.
2 Voyez la notice sur Théophile, dans l'édition que M. Alleaume a donnée des œuvres de ce poëte. (Paris, Jannet, 185G, in-12.)