‹ Paris ridicule et burlesque au dix-septième siècleChapitre 87 sur 256 · L F. V F. M) F. U II F) I M A (, F. S · texte numérisé non relu

L F. V F. M) F. U II F) I M A (, F. S

Allons, quittons cette diablesse ; Passons deçà, voyons plus bas, Avance un peu, doublons le pas; Allons voir ce Marchand d'Image.

C'est un illustre Fersonnage :

" Diea vous gard, Monsieur Guerineau1

^-vous rien icy de beau?

\vi z-vous des pièces nouvelles?

— Oùy, Messieurs, j'en ay des plus belles* J'ay de beaux crayons- à la main,

Qui sont faits sur du parchemin.

J'ai de bellissimes Estampes, Que j'ay eu d'uu Peintre d'Estampes3.

Si vous en voulez acheter, Vous les pourrez tous feuilleter :

Ils sont auprès Saincte-Opportune, A l'Enseigne de la Fortune?

Je reviendras- dans un moment.

— Allez donc, courez vistement! -

Uuand tu verras sa marchandise.

Tu verras bien de la sotise.

' 11 s'agit ici probablement de René Guerineau ou Guerigneau, graveur d'ornements et, en même temps, éditeur

une lui attribue la scène théâtrale du Procès comique - 1630. Or. lit, au ba- de

cette pièce rare : Guéri v B,

--in< au crayon.

^ C'est-à-dhe : ne à Étampes. Le poëte équivoque sur le nom de cette ville, sans vouloir désigner aucun peintre eu particulier.

I7i PARIS BURLESQUE.

Il nous montrera des grimaux1,

Qu'il nous fera passer pour beaux,

Des tailles-douces enfumées,

Mal -faites et mal-imprimées,

De mescliants petits charbonis2,

De vieux morceaux de griffonis,

Desquels il fait autant d'estime

Que d'une chose rarissime.

Bon, bon, le voicy qui revient ;

Il nous va montrer ce qu'il tient :

Nous verrons des badineries

Et de plaisantes urosieries.

« Cà, Monsieur Guerineau, voyons,

Montrez-nous un peu ces crayons ?

Sans doute ils sont de conséquence.

— Où y, Messieurs, ils sont d'importance.

Je m'en vais vous les montrer tous;

Vous verrez qu'ils sont touchez doux.

J'en ay de beaux de Caravage,

Du Titian et du Carage3;

J'ay des pièces du Tintoret,

Du Parmaisan, d'Albert Duret 4 ;

J'ay la Danaé de Farnese5,

Deux grands desseins da Veronese,

V Architecture d'Ondius 6,

1 Pochades, croquis ; on dit encore, dans le même sens : des bu us li uni mes.

2 Dessins àl'estampe, aucharbon, au fusain.

3 Annibal Carrache ou l'un de ses frères.

A Pour : Durer.

5 C'est le célèbre tableau ôe Danaé, qui fut commandé au Titien par Octave Farnèso une de Panne et de Plaisance.

6 Les Cinq Rangs île l'A rchitecture, toscane, dorique, ionique, corinthienne, etc., composé par Henry Hondius. Amst., 1617. in-fol., Cg •

Les nuditez de Goltius1,

Quatre crayons faits par Belange'-, Et trois autres par Michel -Ange, Un beau dessein de Raphaël :

Jamais homme n'en vit un tel; C'est une pièce à la sanguine.

J'ay, de plus, une Proserpine, Faite par un certain Flamand, Qui tient cruel que chose du grand.

J'ay des esquisses de La Belle3, Les paysages de Perrelle 'l, J'ay du Guide quatre desseins D'un grand tableau de la Toussains ; J'ay deux, testes de Véronique.

Qui sont faites d'après l'antique ; Trois figures à demy corps, Faites par un certain Du Cors 5 :

C'estoit un brodeur d'importance.

Après, j'ay, des peintres de France, Tout ce qu'ils ont fait de nouveau,

1 Henri Goltzius, dont le burin excellait à rendre le nu, mettait volontiers des nudités dans toutes ses compositions.

3 Jacques Belange, né à Nancy le 13 novembre 1394, élève de Henriet, mort en 1638; mauvais peintre et mauvais graveur. L'abbé de Marolles, dans son Livre dts Peintres, après avoir fait l'éloge de Callot et de La Belle, dit :

Bellange est au-dessous de ces mains si parfaites.

3 Stephano délia Bella, célèbre graveur florentin, qui travailla longtemps à Paris, né çn 1600, mort en 1664.

4 Gabriel Perelle, né à Veroon-sur-Seine, mort en 1675, gravait alors de- vues de Paris d'après ses propres dessins et d'après les d l Silvestre.

bbé de Marolles n'a pas fait mention de cet artiste dans le Liorn des Peintres, ni dans la Description succincte de Paris en vers, où il nomme les principaux brodeurs de son temps.

7G PA r, IS BURLESQUE.

Mais c'est quelque chose de beau ; Ce sont des desseins à la plume, En grand et en petit volume :

J'en ay de Yoiiet1, de Poussin'2, De Stella3, La llire '', Baugin5, De Perrier6, du Brun7, de Fouquiere8 (De celuy-cy, je n'en ay guère); J'ay bien encore du Sueur9 Le griflonnement du Sauveur.

Enfin, j'ay quantité de pièces.

J'ay tous les Dieux et les Déesses, Faites par un certain Final 10,

1 Simon Vouët était mort en 1649.

2 Nicolas Poussin, qui habitait Rome, était, à cette époque. dans tout l'éclat de sa réputation. Il mourut en 1663.

:1 Jacques Stella, mort en 1657, et son frère François, en 1047. Antoine Broussonet Stella, neveu des précédents, né à Lyon en 1630, mourut en 1682.

4 Laurent de La Hyre, élève de Vouët, mort en 1636.

'• Lubin Baugin, peintre et graveur au burin, vivait encore vers 1660. Il est cité dans le Livre des Peintres.

6 François Perrier, né à Mâcon en 1390, mort en 1660, peintre et graveur, dont l'abbé de Marolles a dit, dans s<m Livre des Peintres .-

François Perrier, grand peintre et graveur de Bourgogne.

1 C'est Charles Lebrun, qui était déjà célèbre, pour avoir décoré de ses peintures l'hôtel Lambert et plusieurs autres hôtels .i Paris.

"Jacques Fouquières, ne à Anvers en 1580, mort en 1650. peintre et graveur a l'eau-forte. L'abbé de Marolles lui consacre cette strophe entière dans le Livre des Peintres :

Qu'on n« s'attende pas que je laisse Fouquiere Dans uni' multitude où jay nommé Pelais; Ce desbauché mérite une entrée au Palais

Et pour le païsage on prise sa manière.

9 Eustache Lesueur, mort en 1633. On voit ici que ses moindres esquisses étaient alors fort recherchées.

i" L'abbé de Manilles, dans son Livre îles Peintres, le nomme Pinac, en disant qu'on peut le louer.

Qui peint auPalais Cardinal ;

J'ay cinq ou six crayons de Lasne l,

Entr'autres une pièce profane,

J'en ay trois autres du Meslan -;

Sur tout, vous verrez un Milan,

Qui porte en l'air une figure,

La plus belle de la nature.

J'en ay bien aussi de Daret 3,

D'autres de la main de lluret 4;

J'ay la grande Thèse du Carme,

Où Mars paroist comme un gendarme :

Elle est du Père Suarez.

Ensuite vous verrez après

Quatre ou cinq pièces merveilleuses.

Très-rares et très-curieuses :

On n'a rien veu de plus mignon,

C'est de Bosse 5 ou de Calignon 6 ;

J'ay quelque chose d'admirable;

Jamais on n'a rien veu semblable :

Un crayon qui n'a point de pair,

Dessigné par Monsieur Linclair ',

1 Michel Lasne, dessinateur et graveur au burin, né à Caen en 1596, était encore dans toute la vigueur de son talent.

-'Claude Mellan, né à Abbeville en 1598, mort en 1688. Yoy. l'excellent Catalogue raisonné de son œuvre, par M. de Montaiglon [AbbecUle, 1856, in-8).

3 Pierre Daret, graveur, auteur d'un grand nombre de portraits, né à Pontoise en 1610, mort en 1675.

4 Grégoire Huret, graveur, né à Lyon en 1610, mort en 1670. 1 Abraham Bosse, célèbre graveur, né à Tours en 1611.

mort en 1678.

6 C'est François Colignon, et non Calignon, né à Nancy. graveur habile dans le genre de Perelie ; il devint marchand d'estampes à Rome. Il a gravé à la pointe des vues topographiques de France, Paris, Tours, Saint-Cloud, etc.

" L'abbé de Marollesa dit de lui, dans le Livre des Peintres .•

Je n> méprise point ni LinPler, ni Beaufrere.

Dont Silvestrc1 a fait une planche; Mais je ne l'auray que Dimanche; C'est un grand profil de Paris -, Mais il n'est pas de petit prix.

Enfin, j'ay quantité de choses.

J'ay toutes les Métamorphoses3 : Si vous voulez, nous verrons tout '.'... Mais vous estes là tout debout :

J'ay grand peur qu'il ne vous ennuyé, Et puis voicy venir la pluye; Peut-estre vous vous mouilleriez,

Puis après vous vous fascheriez.

Vaut mieux remettre la partie.

A demain donc, je vous en prie.

— C'est bien dit, vous avez raison ;

J'iray dedans vostre maison.

Adieu donc jusqu'à la reveuë ! »

Ce drôle icy nous prend pour grue ?

C'est un meschant double camard, Un illustrissime bavard.

\s-tu remarqué sa manie,

1 Israël Silvestrc, dessinateur et graveur, né à Nancy en 1621, mort en -1691. (Voy. le Catalogue raisonné de son œuvre, par M. Faucheux.)

2 II s'agit de la grande Vue de Paris, prise du Pont-Rouge ou Barbier, et datée de -1650, époque ou l'ouvrage de Berthod fut imprimé pour la première lois. Le dessin de Linclair est peut-être la copie d'un des tableaux de Le Sueur qui ornaient lo petit cloître des Chartreux. Ce tableau est identique, dans tous ses détails, à la gravure de Silvestre. (A. B.)

3 Les Métamorphoses d'Ovide ont été mises en estampes par beaucoup d'artistes, entre autres par Virgile Solis ; mais nous croyons que le marchand veut parler ici de la suite gravée à l'eau-forte par \Y. Baur, en 1641.

Et la plaisante litanie

Qu'il a faite de tous ces gens?

Allons, passons icy dedans.

11 faut, ma foy, que je t'y meiue :

Cet endroit en vaut bien la peine.

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