LE CADRE
LETTRE VIII
Comment les trois noms -. Paris, Rome, Jérusalem, servent de cadre au sujet de ces lettres et président à ses principales divisions.
Dans ma trilogie, et pour ce qui concerne les événements du XIX* siècle, Paris me conduit de l'an 1789 à l'an 1815; c'est la révolution : Rome, de l'an 1815 à 1840; c'est l'esprit de réaction. J'ouvre ma dernière partie, Jérusalem, ■ ou l'œuvre de réédification générale en cette année 1840. J'y ai été déterminé par le nouveau mouvement de l'Europe vers l'Asie qui fut alors proclamé dans la langue officielle, sous le titre ù' Affaire d'Orient. Cette question d'Orient, dont vous verrez que l'immense intérêt était déjà entré pour une grande part dans mes premiers travaux, acquit soudain le plus de popularité par l'effet d'un traité où la France trouva l'occasion de se replier sur elle-même. Toute assoupie qu'elle semble en ce moment, la destinée de cette question d'Orient, qui n'a pas moins agité le monde avant qu'après Jésus-Christ, est de préparer à l'avenir toute sorte de péripéties politiques, commerciales, religieuses. Aussi, pour peu que les circonstances redeviennent favorables, je n'aurai garde de précipiter la conclusion de ma correspondance avec vous; car si je réussis à gagner encore quelques années sur la
marche de notre siècle, je ne doute pas d'en retirer de nouvelles preuves, de nouvelles justifications à l'appui de mes recherches et des idées que je vous propose.
Mais, indépendamment du cadre fourni aux événe ments contemporains, le nom des trois cités m'est d'un secours encore plus essentiel. Je range, je concentre, sous leurs auspices, toute la partie théorique de mon sujet. Elles se prêtent à embrasser les développements les plus divers relatifs à la question religieuse, aux causes actuelles et morales de confusion qui procèdent de ses origines, et aux conséquences pratiques à en déduire. Paris et la révolution me servent à expliquer comment et pourquoi il existe des rapports perpétuels "entre les deux points sur lesquels roulent les choses humaines, entre les affaires politiques et les affaires religieuses. Dans le sein de Paris, depuis 1789 jusqu'en 1815, tantôt c'est l'esprit de rupture absolue avec le passé qui se manifeste en religion comme en politique, tantôt c'est l'esprit de suite ; un jour, c'est la révolution, un autre jour là réaction, ou bien, comme terme médiateur, c'est l'esprit de transaction secondaire, d'accommodement à la surface, d'expédient.
Rome permet de réunir de près et de loin les véritables éléments du système que je poursuis. En ce sens, elle forme la partie la plus étendue de mon exposé, celle qui renferme le principal nœud de la question. C'est pourquoi je renvoie au début de cette deuxième partie de remplir l'obligation que vous m'avez faite, de vous dire dans quelles conditions d'origine et sous .quelles influences j'ai entrepris la longue tâche que je m'occupe à vous résumer. Quoiqu'elle me fut dictée