‹ Paris, Rome, Jérusalem; ou, La question religieuse au 19e siècleChapitre 14 sur 80 · LES DEUX RÈGLES · texte numérisé non relu

LES DEUX RÈGLES

théorique et pratique, se succéderont dans ma première partie.

D'où vient que les rapports de la religion avec la politique sont si étroits, si positifs, qu'on peut dire de la religion, et sans rien exagérer, qu'elle est une politique conçue en grand, et de la politique, qu'elle est une religion renfermée dans des limites restreintes?

D'après quelle loi les révolutions de l'une, la politique, et les transformations de l'autre, la religion, sont-elles toujours à s'appeler ou à se suivre?

Quels sont les premiers noms assignés à la religion de l'Écriture, et, dans l'intérêt d'une réédification universelle, quelle est pour l'esprit la première et immense liberté de droit divin?

En quoi consiste l'essence première de la religion des Écritures? En quoi consiste sa différence la plus générale avec la philosophie?

Enfin, quels sont ses rapports avec l'art, et d'après quelle raison logique n'a-t-on plus à s'attendre, aujourd'hui, à des religions absolument nouvelles?

Dès que ces divers points auront été exposés, nous ferons un premier essai de nos deux instruments aux révolutions anglaise et française comparées. Nous nous demanderons pourquoi celle-ci, la révolution française, quoique plus universelle et plus profonde que sa devancière, n'a pas obtenu sa transformation religieuse, tandis que celle-là, au contraire, la révolution d'Angleterre, a commencé par cet ordre de changement : elle a mis d'accord, pour un temps plus ou moins long, le nouveau principe, le nouveau fait, le nouvel

homme, ou sa nouvelle forme de religion, son nouvel état politique et ses nouvelles mœurs.

Après cela, et sans exiger de votre attention qu'elle reste trop longtemps arrêtée sur la signification du mot dogme, sur l'immuabilité des dogmes, leur classification, enfin sur la maxime relative à la séparation absolue du spirituel et du temporel, nous nous verrons en mesure, je crois, de satisfaire au titre de cette première partie. Replacés au milieu de Paris et de la première révolution, nous poursuivrons l'application de nos deux règles aux événements qui relèvent de mon sujet dans les fastes de l'Assemblée constituante, de la Convention nationale, du Directoire, du Consulat et de l'Empire.

Ainsi, le premier développement de mon exposé aura déjà ce résultat, de nous faire connaître une des grandes causes pour lesquelles notre xix^ siècle cède sans cesse à deux courants opposés, pleins d'écueils et de tempêtes.

Le caractère commun de ces deux courants est que chacun, dans son impulsion, facilite et ne tarde pas à provoquer le retour de l'autre.

D'une part, c'est la vanité flagrante des efforts qu'on a tentés dès l'origine de la révolution française jusqu'à cette présente année 1848, et qui, probablement, se renouvelleront encore plus d'une fois. On croit pouvoir mettre d'accord autrement qu'à la surface, 1^ on veut remarier ensemble et officiellement l'esprit politique et social des nouveaux jours et la forme religieuse de l'ordre politique et social ancien, le temporel d'ère nouvelle et le spirituel de l'ère moyenne.

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