‹ Paris, Rome, Jérusalem; ou, La question religieuse au 19e siècleChapitre 15 sur 80 · LES DEUX RÈGLES · texte numérisé non relu

LES DEUX RÈGLES

11 en dérive toute sorte de compromis, de traités, de concordats qui ne sont, en définitive, que des moyens de sursis et qui, malgré les meilleures intentions, n'affermissent rien, comme nous en avons assez la preuve sous nos yeux, qui ne concilient rien, ni dans les idées, ni entre les hommes, ni dans les choses.

Sous l'influence de l'autre courant, on se jette à la poursuite de nouveaux symboles, on aspire à proclamer une nouvelle religion et, dans ce dessein, on va frapper successivement à toutes les portes du domaine de l'esprit, hormis à la source originelle et créatrice de la religion elle-même.

11 s'ensuit de rapides avortements, et l'on n'a pas à s'en étonner, car en matière religieuse comme en tout autre sujet, les épreuves confuses, les tâtonnements, les déceptions sont les conditions éternelles de notre nature. Quelle raison, quel exemple plus imposant pourrais-je vous en offrir ! Lorsque le monde a été produit, chacun sait ce qui est dit : Dieu, le principe de toute sagesse, la puissance infinie, a commencé par traduire sa pensée sous la forme d'un chaos épouvantable.

Une autre cause explique aussi pourquoi la réalisation des plans primitifs de la religion et les transformations de son principe restent assujetties, comme tout autre travail, à des essais, à des initiations préalables, à des tentatives malheureuses destinées à servir de signes. Au fond, l'esprit qui se diversifie à l'infini dans telle ou telle science, tel art, telle profession, et celui qui agite et développe le monde, restent identiques. Nous y reviendrons plus tard; mais, sauf le

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degré de réchelle et la grandeur des proportions, c'est de la même source et presque sous l'empire des mêmes éblouissemenls qu'émanent tous les actes qui sont distingués par les noms de révélation, d'inspiration, de création, d'invention, d'aperçu, de découverte.

Bien plus, on ne peut s'empêcher d'en convenir : à toutes les époques et dans tous les climats, l'erreur et l'illusion ont eu ce miérite éclatant, de rendre des services à la vérité, qui souvent l'emportent, par leurs effets, sur les propres services que la vérité rend ellemême. Les anciens avaient représenté cette femme divine, la Vérité, simple, modeste et se cachant au fond d'un puits. Que de temps ne serait-elle pas restée dans son asile, si l'erreur, au caractère prompt, téméraire, ardent, ne lui eût fait la nécessité d'en sortir, et n'eût contracté plus d'une association avec elle?

LETTRE II

A guci point de vue la religion positive est une politique, et la politique, en gênerai, une religion.

Le nom de religion implique le potivoir de relier entre elles les natures les plu? différentes et, par suite, de les délier : toutefois, ce nom n'a pas été employé dès l'origine. Les anciennes Écritures en attribuent

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