‹ Paris, Rome, Jérusalem; ou, La question religieuse au 19e siècleChapitre 17 sur 80 · EFFET ET CAUSE · texte numérisé non relu

EFFET ET CAUSE

LETTRE III

D'où vient que les grands changements politiques et les changements religieux sont les uns, par rapport aux autres, un effet et une cause.

Mous venons de nous assurer que la politique et la religion ont des points de contact qui tiennent à leur nature; elles travaillent, chacune à leur manière, à imprimer un mouvement d'ensemble aux intérêts, aux pensées et aux volontés des homiTies. La conséquence est rigoureuse : il devient à peu près impossible de supposer que les grands changements, réformations ou révolutions accomplis dans Tune, ne finissent pas par entraîner chez l'autre des changements analogues.

Ai-je besoin de vous rappeler la loi peipétuelle d'action et de réaction qui fait marcher le monde moral comme le monde physique, qui apparaît dans toute histoire, comme dans toute science? A chaque instant ne sommes-nous pas conduits à observer l'influence de ce qui est général sur le particulier et de ce qui est particulier sur le général; l'influence alternative de l'intérêt commun, bien ou mal entendu, sur l'intérêt personnel et de l'intérêt personnel sur l'intérêt commun, de la cause sur l'effet et de l'effet sur la cause? Tantôt -ce sont les volontés du ciel qui dominent les intérêts de la terre, tantôt les intérêts de la terre qui

prennent la prééminence sur les interprétations données aux volontés du ciel ; ici, c'est la connaissance de la règle qui permet de se .retrouver au milieu de l'incohérence apparente des événements; là, c'est l'observation prolongée des événements qui ouvre la connaissance de la règle; enfin, un jour c'est l'esprit de la masse qui assure la force ou l'autorité de l'individu, un autre jour, au contraire, c'est à l'esprit de l'individu qu'il est réservé de dompter, de gouverner, de pétrir, en quelque sorte, la masse.

Quand donc le principe essentiel d'une politique et la forme essentielle d'une religion, ou bien quand la forme d'une politique et le principe d'une religion ne marchent plus de concert, qu'arrive-t-il? On commence à soutenir qu'il faut tout simplement les séparer. Mais cet effet, cette séparation entre le temporel et le spirituel, que j'examinerai bientôt de plus près, n'a rien de définitif : il devient une cause et sert de préliminaire à un nouvel ordre de rapprochement, aux conditions d'une nouvelle alliance.

Dans les événements auxquels nous assistons, voyez par anticipation ce qui advient à la politique tant que son influence comme nouvelle cause n'a pas été toute développée, tant qu'elle n'a pas acquis un nouvel appui en matière de religion. A s'en tenir à la magnificence ou à la finesse de ses discours, on pourrait croire que les combinaisons successives qu'elle met en jeu vont se montrer pleines de grandeur, de force, de durée ; mais, à l'épreuve, le moindre choc suffit pour les renverser.

Bien plus, écoutez ce que l'on reconnaît, ce que

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