‹ Paris, Rome, Jérusalem; ou, La question religieuse au 19e siècleChapitre 20 sur 80 · LIBERTÉ DE L'ESPRIT · texte numérisé non relu

LIBERTÉ DE L'ESPRIT

ractéristique aujourd'hui, découvre donc des rapports sensibles de fraternité avec les noms primitifs de la religion : « Conservez les principes, les statuts, les droits que je vous ai enseignés, s'écriait le promulgateur de l'ancienne loi, de la grande charte originelle et sacrée ; ils seront, aux yeux des nations, votre sagesse, votre intelligence. »

Or, dans cette sagesse, cette religion, j'ai à constater un des effets immédiats de la pensée qui y préside, une de ses premières conditions de droit divin dont la nature, pourtant, ne doit vous être définie qu'après en avoir marqué avec soin l'application. Sous l'inspiration directe du vrai principe, de l'élre par excellence, à la face de l'homme, du peuple et de la Ugnée entière d'Adam ou de toute l'humanité, cette sagesse primitive, vous ai-je dit, a créé, pour la conscience et pour l'esprit, la 'plus étendue de toutes les libertés. Elle admet un libre arbitre, au sujet duquel on peut multiplier à son gré les jugements, les opinions, les commentaires, m^is qu'il n'est donné à personne de dénier.

Et ici, remarquez bien que je ne tiens nullement à vous rendre la réalité de ce droit dans un pur intérêt de négation; au contraire. Si je m'y attache, c'est à cause des ressources infinies qu'il prépare à l'œuvre de réédification générale ; c'est par la raison qu'il permet d'élargir considérablement le manteau sacré, et de l'étendre au loin sur celui qui se croit en mesure de tout affirmer, sur celui qui doute et même sur celui qui nie. Son influence communique soudain aux doctrines les plus diverses d'Orient

et d'Occident l'autorisation légitime de se relier entre elles et de rouler, en commun, dans une même et nouvelle unité, tout en conservant une partie de leurs traditions et de leur caractère. En même temps, le simple énoncé de ce droit fait saisir un aperçu qui exigera, dans la suite, quelques développements; savoir, qu'en proportion des siècles où la loi ancienne se manifestait, plus les principes constitutifs de cette loi ancienne étaient larges au fond, plus ils avaient besoin d'être soutenus, défendus, préservés par l'exactitude et la rigueur des formes extérieures.

De tous côtés on répète aujourd'hui que, aux époques de confusion, rien n'est aussi 'prudent que de remonter aux sources. Or, le principe de la religion des Écritures, une des causes de sa virilité native, cette condition première de droit divin dont je vous ai fait attendre à dessein l'expression est celle-ci ; nulle croyance exclusive, aucun dogme absolu relativement à la manière d'entendre les destinées d'outretombe ou la vie future, relativement aux péripéties de l'autre monde, n'est imposé ni à l'homme, ni au peuple. Entre l'idée de l'Être ou du vrai Dieu et le sentiment de l'homme qui est son image et ressemblance, aucune opinion, aucune figure divine ou humaine, n'est autorisée à se poser comme intermédiaire, que sous la réserve d'une pleine et entière liberté. En ce sens, la religion primitive, la sagesse méditée et révélée assure le plus d'extension, le plus d'élasticité à la maxime suivante qui a pour auteur un des premiers Pères latins de l'Église : « //i necessariis unilas, in dubiis Ubertas, in

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omnibus chantas. » Elle permet de dire : dans les principes rigoureusement nécessaires pour fonder une loi générale d'alliance, unité; dans les opinions, les croyances, les dogmes douteux, liberté, et dans toute chose, la bienveillance mutuelle, la tolérance mutuelle, qui est la meilleure et la plus efficace de toutes les formes de l'antique charité.

Comme il s'agit d'un fait éclatant, je n'ai pas à m'y étendre. J'ai rapporté ailleurs et je n'ai qu'à vous reproduire en quels termes Bossuet a rendu cette liberté religieusement accordée dès l'origine au peuple de Dieu. La déclaration de l'illustre prélat dont je me plairai à invoquer plus d'une fois les paroles, m'offre ici une nouvelle utilité : elle vous laissera déjà .apercevoir comment les dogmes en général naissent et se constituent, après n'avoir été que des opinions flottantes. « Encore donc que les Juifs eussent dans leurs Écritures quelques promesses de félicités éternelles , dit j Bossuet , et que vers les temps du Messie, où elles devaient être déclarées, ils en parlassent encore davantage, cette vérité faisait si peu un dogme formel et universel de l'ancien peuple, que les Sadducéens, sans/ le reconnaître, étaient élevés au sacerdoce. »

Ce n'est pas tout : après Bossuet et après une foule d'autres témoignages aussi graves, deux maîtres de la philosophie du xviir siècle ont exprimé le même fait. Mais la susceptibilité qu'ils apportent dans leur manière d'apprécier cette liberté universelle d'esprit et de conscience établie par le droit divin primitif, est si curieuse, si originale, que je me ferais un véritable scrupule de négliger leur aveu : « Les Juifs, cette canaille

bote et féroce, dit la correspondance des deux philosophes (d'Alembert et Voltaire), n'attendaient que des récompenses temporelles, les seules qui leur fussent promises. Il ne leur était défendu ni de croire, ni d'attaquer l'immortalité de l'âme dont leur charmante loi ne leur parlait pas. C'était, chez eux, une simple opinion d'école sur laquelle leurs docteurs étaient libres de se partager. »

LETTRE V

Conditions fondamentales ou essence de la religion des écritures; nouvelle observation au sujet de Paris et de Rome.

Dès que la religion ou plutôt la sagesse sacrée, prise à sa source, ne repose pas sur la manière d'entendre les péripéties de la vie future, dès qu'elle laisse, sur ce point, la liberté de conscience la plus complète, on est amené à se faire ces questions : en quoi consistent les bases qui la constituent , les vues qui la distinguent, les desseins que la révélation lui a dictés; quelle en est l'essence? Après cela une autre question se présente : En faveur d'une transformation générale appropriée à l'ère nouvelle du monde, y a-t-il ou non

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