‹ Paris, Rome, Jérusalem; ou, La question religieuse au 19e siècleChapitre 21 sur 80 · CONDITIONS FONDAMENTALES · texte numérisé non relu

CONDITIONS FONDAMENTALES

dans ces bases primitives des éléments imprescriptibles à reprendre en sous-œuvre, un champ encore fécond à moissonner?

De premier jet, la majesté de l'Écriture s'est créé les conditions suivantes, qui concourent toutes à une même fin, Tunité.

Elle émancipe la terre, en enseignant à ses habitants leur indépendance morale de l'influence des astres à laquelle les religions astrologiques les avaient le plus rigoureusement assujettis.

Elle établit un principe de conformité idéale ou de ressemblance entre celui qui est et celui qui passe, entre l'Éternel et le temporel, entre Dieu et l'homme.

Elle proclame une cause indestructible d'union et' de solidarité pour toutes les races et populations de la terre; et elle fait ressortir de cette cause une promesse d'alliance universelle qui, dans aucun cas, ne pouvait obtenir un prompt accomplissement. Bien plus, dès les premiers jours de la société humaine cette sagesse ou religion de l'Écriture tresse avec prévoyance un fil continu; elle forme et consacre un lien traditionnel qui, d'une part et à jamais, doit rattacher en esprit les générations vivantes, le présent, aux générations des aïeux ou au corps de l'antiquité, qui, d'autre part, doit les rattacher aux générations futures, ou au corps de la postérité.

En d'autres termes, culte de l'Être infini, de l'Éternel, de l'Universel, ou recherche perpétuelle de ses lois, et attente de ses inspirations et révélations successives; culte de l'homme, ou manifestations fécondes de ses droits et de ses devoirs dans son double état de

personne privée, d'individu et de personnification publique ou d'unité collective; culte actif du présent, culte intelligent du passé, culte prophétique de l'avenir, tels sont, au positif, les éléments caractéristiques de Ma sève religieuse originelle. C'est au moyen de cette charpente immense que le génie des anciennes Écritures a embrassé du même regard, et sans coup férir, toute la société, toute l'humanité née et à naître, le temps et l'espace; c'est par la nature de son plan, de sa suprême inspiration que ce génie primitif reste luimême et conserve sa propre originalité, abstraction faite des plus heureux accroissements, .comme aussi des nombreuses entraves qui lui ont été apportées par les diverses branches religieuses émanées de son sein f / et aujourd'hui existantes.

Mais quelque intérêt qu'entraînent les développements de ces diverses conditions, je me suis gardé de les faire entrer dans le cours de ma première partie. Dès que mes lettres prochaines vous auront exposé la ditîerence de la sagesse religieuse avec la philosophie et la conséquence à tirer de ses rapports avec l'art, dès qu'elles auront comparé en général, les révolutions anglaise et française, vous savez que plusieurs observations doivent encore vous être soumises, sur le dogme et les dogmes, sur le spirituel et le temporel. Et pourtant je tiens à réserver à chaque personnage de ma trilogie le caractère qui lui revient. Or, Paris ne veut })as qu'on tarde trop longtemps à s'occuper de lui-même, à le placer en regard de sa propre histoire, sauf à déduire tous les enseignements, tous les contrastes que cette histoire est susceptible de fournir. Avec mon

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