‹ Paris, Rome, Jérusalem; ou, La question religieuse au 19e siècleChapitre 26 sur 80 · CLASSIFICATION · texte numérisé non relu

CLASSIFICATION

A son tour, l'autre système , celui du christianisme primitif et de l'Église, l'immortalité formelle de la chair ou du corps, entraîne un résultat politique opposé. D'après ce système, puisque le corps ressuscité et l'âme restent étroitement associés dans l'état final et parfait de l'autre vie, il s'ensuit naturellement aussi que, dans le monde présent, le spirituel et le temporel ne veulent pas être séparés.

Pour combattre l'Église qui professait ce dernier sentiment et qui en avait tiré la raison de chercher sa force bien moins dans la liberté de l'esprit que dans l'intervention matérielle du bras séculier, je sais bien qu'on a invoqué la parole de Jésus-Christ, qui dit que son royaume n'est pas de ce monde. Mais de même que beaucoup d'autres, cette parole tourne précisément contre l'usage qu'on en fait. Dans les Évangiles, Jésus- Christ certifie sa victoire sur le monde présent mis en opposition avec le monde futur, avec le royaume de l'autre vie; Jésus- Christ réduit les affections de ce monde à néant, Jésus-Christ ne veut pas qu'on serve deux maîtres ou deux mondes à la fois. En conséquence, d'après sa parole primitive, le temporel devait se livrer, se sacrifier au spirituel, ce qui certainement est contraire au dessein politique et pratique de leur entière séparation.

Aussi l'histoire générale de l'Église confirme-t-elle, sans réserve, les effets de ces différences. Ce n'est ni la révolution française, ni la philosophie du xviir siècle, ni même la réforme qui ont porté le coup le plus vif à la foi ardente de l'ère vulgaire ou moyenne; c'est la succession, le changement tacite des dogmes; c'est

la substitution générale, dans les esprits, de la pure immortalité de l'âme à l'immortalité des corps.

On doit se l'avouer, la grande majorité des hommes est faiblement sensible aux idées abstraites, aux plaisirs abstraits, et par suite aux peines d'abstraction. On ne redoute guères que ce qui atteint de quelque manière nos os, notre chair. La pure immortalité de l'ame n'assurait plus à l'autre vie que des peines et récompenses idéales, tandis cj:ue le système de l'immortalité du corps avait imprimé une forme autrement populaire aux félicités et aux douleurs sans fin. Sous son influence, les foudres de l'Église avaient obtenu un effet aussi direct que les tortures employées dans les anciennes législations, ou que la force du glaive. Mais du jour oia la pure immortalité de l'âme a obtenu la suprématie, du jour où l'on n'a plus guère admis que pour mémoire l'immortalité de la chair, les foudres de l'Église, qui étaient particulièrement redoutables pour l'avenir de cette chair, ont fini par se changer en un vain bruit; et alors la foi générale des fidèles a reçu elle-même le coup de foudre.

Toutefois, les deux systèmes précédents et différents, relatifs à la vie future, ne sont pas les seuls dont l'application s'étende à la politique. Il y a deux autres classes de dogmes encore plus tranchées, et dont la substitution de l'une à l'autre est appelée à fournir des bases à une transformation religieuse, ou à y servir de signe. D'un côté s'élèvent les dogmes actuels qui ont pour caractère distinctif et immuable d'immobiliser, d'iiiféoder la vie future; ils proclament la persistance éternelle des mômes récompenses et des mômes peines

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