CLASSIFICATION
sur les mêmes individus, corps ou âmes. D'un autre côté, au contraire, apparaissent les dogmes dont le sens est de mobiliser cette vie future, qui admettent, comme disaient les anciens Juifs, et comme la dernière partie de mes lettres vous le montrera, le roulement perpétuel des esprits, qui font monter et descendre sans cesse ces existences sur les degrés infinis d'une échelle symbolique dont le sommet se perd dans les profondeurs des cieux.
Mais en attendant d'examiner les changements légitimes dont ces diverses classes de dogmes peuvent être la source, et leur influence, je juge à propos de soumettre à vos lumières le scrupule, étrange peutêtre, qui m'a poursuivi toutes les fois que je me suis occupé à comparer les uns aux autres. C'est au sujet de l'immortalité même de l'âme, ou, pour être plus exact, de l'immortahté des âmes, entendue non sous des formes vagues, mais d'après la définition universellement admise et officielle. Le croirez-vous, ce dogme qui offre une suite assez naturelle de l'ancienne théorie grecque, touchant les dieux immortels, et qui a pour principal compétiteur la croyance orientale désignée sous le titre de préexistence des âmes, ce dogme a toujours suscité en moi l'idée qu'il était présenté de manière à fournir un argument ou une occasion de doute contre la durée de Dieu lui-même, contre l'éternité de r Éternel.
Prêtez-vous d'abord à mes raisons; vous en déciderez ensuite.
En effet, avant aucune réflexion sur la substance uniciuc de l'âme et sur les modifications qui y sont
nécessaires pour produire la différence des âmes, je me suis demandé ce que je devais entendre par l'immortalité.
Il m'a semblé et il me semble encore que c'était comme une moitié d'éternité, autrement dit une éternité en avant sans éternité en arrière.
Saisissez donc, je vous prie, le point que je vous soumets et qui m'a causé le plus d^embarras. Si vous admettez une éternité en avant ou une moitié d'éternité; si vous affirmez qu'une existence à qui l'on reconnaît un commencement, une date, un jour de naissance, peut ne plus finir, je me vois parfaitement libre de marcher sur vos traces. La contre-partie de votre opinion est également admissible, ou tout au moins soutenable.
On est autorisé à concevoir, à supposer l'autre moitié d'éternité, c'est-à-dire une éternité en arrière sans éternité en avant. Rien n'empêche plus de croire qu'un être à qui l'on ne reconnaît aucun commencement, aucune date ou jour de naissance, est cependant de nature à rencontrer une fin. Or, Dieu rentrerait précisément dans ce cas. Quand nous lui attribuons de n'avoir pas de fin, c'est pour compléter l'idée qu'il n'a pas de commencement; de sorte qu'en suivant la route où votre opinion m'a jeté, la durée de Dieu, remarquez bien la difficulté, la durée de Dieu, l'éternité en avant de l'Éternel se trouve jusqu'à un certain point livrée au doute, incertaine, compromise.