‹ Paris, Rome, Jérusalem; ou, La question religieuse au 19e siècleChapitre 3 sur 80 · IV AVIS · texte numérisé non relu

IV AVIS

de nos armes. Fasse pourtant le Ciel que désormais l'indcpendance des peuples et la véritable liberté obtiemient largement ce qui leur est dû sans recourir à des procédés aussi violents, aussi sanguinaires !

Malo-ré le progrès des lumières, malgré la confiance absolue qu'on avait mise dans le pouvoir de la pensée, de la parole, de l'écriture, généralisées par l'imprimerie, le XIX® siècle , ou plutôt le premier siècle d'une ère nouvelle, retombe sans cesse dans les mêmes errements que sa philosophie avait si vivement reprochés à l'histoire des siècles antérieurs.

Le problème reste donc tout entier : faudra-t-il le croire insoluble'? A quelles nouvelles conditions le règne depuis si longtemps promis à la paix réussira-t-il à relever les intelligences, les caractères et à prévenir les affaissements qui semblent la conséquence presque fatale d'une sécurité trop longue, trop complète? Dans quelles nouvelles conditions sera-t-il donné à la paix de se substituer avec succès et grandeur aux fortes émotions, aux intérêts et surtout aux dévouements souvent si admirables de la guerre?

Quoiqu'il en soit, les difficultés qui résultent de la guerre comme de la paix sont de nature à justifier de jour en jour l'opportunité de mon sujet. Si je n'étais pas arrivé au terme obligé de mon travail, j'aurais beaucoup à gagner, je crois, à suivre encore quelque temps le mouvement compliqué des esprits et des affaires.

Paris, ce 24 octobre 1859.

ou LA

LETTRE PREMIERE

Le sujet traite dans ces lettres, et l'homme à qui elles sont

adressées.

20 juillet 1848.

Monsieur,

Vous êtes initié à Thistoii^e générale et aux mœurs des nations, à tous les intérêts et tous les ressorts de la politique. Votre esprit, versé dans les questions de la philosophie, aime à remonter aux principes et à démêler l'enchaînement naturel des effets et des causes.

Sans céder à l'obligation de partager ou de sanction-

ner les croyances admises, vous professez un respect sincère pour tout ce qui a exercé et ce qui exerce encore une notable influence sur le cœur de vos semblables. De plus, vos opinions, assez arrêtées en toute chose, ne vous ont jamais empêché d'ouvrir l'oreille avec complaisance aux idées qui peuvent ébranler ces opinions à rimproviste, ou les modifier dans quelques-uns de leurs termes les plus essentiels. Seulement, comme à vos yeux les nécessités de la pratique sont inséparables des spéculations de la théorie, vous tenez à connaître l'application plus ou moins prochaine, ou le à quoi bon final de ce qui vous est présenté.

Tels sont les motifs qui, fortifiés de votre entière approbation, m'ont déterminé à vous adresser le résultat des recherches que je poursuis depuis si longtemps, relativement aux influences actuelles, aux origines et à l'avenir de la question religieuse.

Dans une série de lettres, dont ce préambule doit préparer le plan, je développerai le système auquel je suis arrivé, la nature des faits, des sentiments, des idées qui m'y ont conduit. Vous aurez à apprécier les nouvelles raisons ou le nouveau sens que cette manière de voir est susceptible de fournir, pour expliquer la singularité des événements et la confusion croissante des esprits, en notre xix"' siècle.

Sous votre couvert et à l'abri d'une heureuse familiarité, je m'assure aussitôt plusieurs avantages. Je resterai libre de choisir alternativement la route qui répondra le mieux à mes convenances et aux vôtres, ne serait-elle pas toujours la plus courte, ni surtout la plus fréquentée. J'emprunterai aux traditions sa-

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