LE SUJET
crées, dont le résumé analytique est une conséquence de mes travaux précédents, quelques-unes des expressions, des images, qui, pour être inusitées aujourd'hui, conservent cependant une certaine autorité. Enfin, à la faveur de ces trois noms : Paris, Rome, Jérusalem, la combinaison que j'ain-ai à vous soumettre imprimera, j'espère, à mon sujet, plus de mouvement et de vie.' Elle amènera les principaux faits religieux et politiques transmis par l'histoire du passé à s'entre-croiser et s'en^ chaîner, sous de nouveaux aspects, avec les principaux faits politiques et religieux auxquels nos générations concourent. Par ce moyen, je serai sûr de ne jamais vous détourner de l'objet incessant de vos préoccupations, Paris, lors même qu'à l'occasion de Rome et de Jérusalem j'aurais à demander à votre mémoire et à votre jugement de se reporter vers de vieux récits, sur les premières et les plus fortes conceptions de la pensée. A toutes les époques de transition telles que l'époque où nous sommes, chaque fois que la société humaine passe d'une ère.à une autre ère, d'une conduite à une autre conduite, d'un état à un autre état, elle rencontre des difficultés sans nombre, plus d'un nœud à délier ou à trancher. Des signes et avertissements se succèdent qui méritent d'être recueillis avec soin et médités. En religion comme en politique, ces époques de transition imposent de traverser une foule d'épreuves avant d'atteindre à un sommet d'où l'on puisse rallier les oppositions les plus flagrantes. Il faut plus encore : afin d'en voir naître une solution durable, la formation d'une nouvelle unité, il faut satisfaire à deux conditions qui sont contradictoires en apparence. On est
tenu, d'une part, d'être la suite, l'accomplissement de quelque grande tradition du passé; on est tenu, d'autre part, d'opérer une rupture éclatante avec ce passé lui-même.
Considérez ce qui existe, ce qui s'est déjà produit. Par la révolution française, et pour employer quelques-unes des belles paroles que j'ai adoptées comme épigraphe de mes lettres, par la révolution française, une impulsion nouvelle, une suite manifeste a été providentiellement imprimée à l'un des deux points sur lesquels roulent les choses humaines, à 'a politique prise dans son acception la plus générale, dans son esprit d'organisation le plus élevé. Loin de se restreindre à un état isolé ou à une partie du monde, l'Europe , cette impulsion , cette suite s'est étendue et se communique chaque jour aux climats les plus divers. Si ce premier fait est avéré ; et, dans cet ordre de changements, si une rupture complète a été opérée entre le présent et le passé, quelle répugnance votre âme ressentirait-elle à me prêter son attention ? Après m'être placé sous l'invocation spéciale du génie français qui doit à sa précision, à sa clarté, le pouvoir presque universel dont il jouit, trouverez-vous trop extraordinaire de m' entendre soutenir qu'une impulsion correspondante est réservée tôt ou tard à l'autre point sur lequel roulent les choses humaines ; trouverez-vous trop extraordinaire qu'il entre dans les destinées positives de la religion , de faire jaillir des profondeurs de son passé, de ses racines, de ses entrailles, un nouvel esprit, une nouvelle transformation, une suite main'feste de son principe ?