LA PAROLE
extérieurs qu'elle présente ne sont pas moins tranchés que le nom qu'elle reçoit chez les uns et chez les autres.
Dans la Judée la parole s'appelle le Dabar ; elle est de nature sentencieuse, en même temps figurée, animée, vivante; mais sa forme est irréguhère , souvent rude et plus d'une fois barbarco
Dans la langue des Grecs la parole est le Logos, le discours amplifié, régulier, fleuri, mais toujours quelque peu théâtral ou conforme au trait de caractère que Juvénal a ainsi rendu : Grœcus comœcla.
Dans la langue des Latins, des Romains, la parole s'appelle le Verbum, le Verbe impérieux, le mot d'autorité, en même temps l'expression fréquente de la force despotique et tyrannique.
Mais ce qui nous intéresse le plus ici ce ne sont pas ces distinctions ; c'est de voir comment la révélation originelle a eu pour conséquence de consacrer à jamais le droit public le plus étendu relativement à la pensée et à l'usage de la parole.
Certes, si le grand maître de la religion de l'Écriture s'était exprimé en ces termes : « Moi, je suis inspiré de l'Éternel et personne ne le sera plus, ni après moi, ni comme moi; » ou bien s'il avait limité l'inspiration à tels ou tels temps, à telles situations, à telle ou telle classe du peuple, ou bien encore s'il avait refusé l'exercice de l'esprit, le droit d'entendre directement la voix du principe, la parole de l'Éternel, à tout homme dont le sang n'aurait pas appartenu à sa race; si l'organe de la révélation écrite et primitive eût imposé en tout ou en partie ces restrictions, alors
je n'eusse pas hésité non plus d'en convenir. 11 n'y aurait pas eu sujet de reconnaître que la révélation originelle était aussi naturelle dans sa conséquence que dans son principe et dans les premières conditions de sa forme. Je n'eusse pressenti aucun moyen de relier la nouveauté indépendante des temps présents à la majestueuse antiquité d'une œuvre de premier jet, à une longue prévision fortement conçue et fortement écrite.
Mais le principal fondateur de la religion de l'Écriture n'a jamais témoigné de telles intentions ; jamais i ne s'est proposé de limiter le libre droit d'entendre directement l'Éternel, de voir et de parler en sor nom. Bien loin de là, il proclame ce droit; il en fai un devoir, il l'établit, il le constitue. C'est précisément ce qui donne un des secrets de sa force, ce qu assure à sa parole et à la simplicité de son principe l< faculté inépuisable de se rajeunir. « Quand un hommi de l'intelligence, de la parole, de l'Écriture, quand ui prophète, semblable à moi , s'écrie-t-il , sera suscit du milieu de vous et que sa bouche parlera au non de l'Éternel, vous l' écouterez. »
Une seule restriction était imposée, celle qui pren dra une si grande part aux événements accompli pendant le cours de l'épopée judéo-romaine, et qi avait pour but de préserver le principe même sou l'invocation duquel le droit public de la libre paroi s'était révélé et avait été légitimé. Il n'était perm; dans aucun intérêt ni dans aucune circonstance d'as socier le principe des principes, l'idée du vrai Diei à un autre nom que son nom.