APERÇUS GÉNÉRAUX
1 Des raisons sensibles et un tableau de mœurs primi- :ives expliquent pourquoi, dans la pratique, la foi et ia bonne foi se montrent fréquemment à l'état d'oppojtion et même d'antagonisme.
I Une application nouvelle de la vieille règle « deux légations valent une affirmation » aura pour effet d'ac- •roître en votre pensée la probabilité selon laquelle lien ne doit être considéré comme fini dans l'ordre ■égitime des rénovations ou transformations religieuses. ■ Après cela, et sur ce fondement que la vérité n'est )as une, vous serez conduit à pressentir que, dans les aspects variés, chacune des branches religieuses existantes peut avoir à la fois raison et tort à l'égard le toutes les autres.
j Enfin, comme chaque conception de l'esprit et chaîne institution emporte certaines conditions qui en font e caractère et qui deviennent en quelque sorte ses imites naturelles, nous serons entraînés à conclure que, orsque ces limites se trouvent franchies ou qu'une orce providentielle oblige à les franchir, il n'y a plus ile terme moyen : on se renie ou Ton se transforme. Deux grands exemples viendront à l'appui, l'un em- Drunté à l'époque ancienne de transition, l'autre à 'époque présente.
Aussitôt que ces premiers aperçus auront été épuisés, le tableau comparatif des trois grands chefs de a religion des Écritures, Moïse, Jésus, Mahomet, nous iéra entrer dans l'ordre des éclaircissements plus précis m des données intérieures.
LETTRE X
Du rappiocbenient des distances, ou obsenation g(!^nérale sur les origines et le temps qui nous en sépare.
Nous ne devons pas trop nous effrayer de la distance qui nous sépare des origines assignées à chacuiK des branches religieuses actuelles, ni des nombreuse; stations auxquelles Thistorique de leur dégagemen nous obligera, pour revenir de ces origines à Tan 181Î et au traité de la Sainte -Alliance.
Une foule de gens se figurent ne pouvoir rien cite d'aussi vieux que les événements arrivés aux jour du roi Hérode ; mais une observation toute matériell change cette opinion populaire et fait voir les chose différemment. Rien n'est plus ordinaire qu'un homm de cinquante ans obtienne un fils. Or, prenez en ima gination une suite de trente-sept personnes, seule ment trente-sept, qui soient issues les unes des autre dans cette condition d'âge. Par l'intermédiaire de ce trente-sept- individus formant entre eux une chaîne et du sein de Paris, vous assistez aux péripéties d débat de Jérusalem avec Piome, d'où nous verron bientôt les deux branches judaïque et chrétienn sortir simultanément; par leur intermédiaire, vou parlez, pour ainsi dire, au roi Hérode et à ses contem
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porains les plus connus, à Caïphe ou à Pilate, h saint Paul ou à saint Pierre.
Mais si l'on attribue quelquefois trop d'antiquité à ies événements qui sont en définitive assez rapprochés le nous, je vous ai déjà donné des preuves qu'on faisait "etentir en façon de nouveauté des paroles, des formules, qui, de temps immémorial, ont servi d'arme à 'esprit dans ses luttes les plus diverses. C'est une preuve de ce genre que j'ai encore à vous offrir. ! Chacun se plaît à répéter comme mie expression :3xclusive de nos jours, comme un trait de critique railleuse tout familier, cette parole, ce dicton qui, depuis l'an 1815 , a acquis une popularité universelle : a C'est la faute de Voltaire, c'est la faute de Rousseau. » Point du tout : si vous changez ces noms, selon la recommandation classique mutato nomine, et que vous les rechangiez successivement, voici !ce qui adviendra : vous obtiendrez soudain un fil traditionnel, un fil continu ; vous résumerez en peu de mots l'histoire religieuse et politique d'un des cris sacramentels qui ont été proférés avec le plus de isuccès depuis l'origine du christianisme jusqu'à notre lépoque.
I Ainsi, dans l'ancienne Jérusalem, lorsque le dessein ;de réaliser une réforme religieuse et morale fut devenu lie signal d'une vraie révolution, comment se résumait ;ie langage des novateurs? « La loi de Moise et les prophètes, s'écriait-on, sont hors de cause. Nul n'oserait lies rendre responsables de la décadence et des ténèbres loù l'on est tombé. Il ne faut s'en prendre non plus à aucune difficulté de situation, à aucune cause exlé-
iQO ROME ET LA KÉACflOiN.
rieure. Tout le mal vient d'ailleurs ; c'est la faute exclusive des pharisiens, la faute exclusive des sadducéens; c'est le résultat de l'ignorance des scribes, de l'ambition et de l'hypocrisie des princes des prêtres.
» Ah! si les pharisiens eussent été justes, si les sadducéens ne se fussent pas corrompus, si les docteurs de la loi n'eussent pas aimé à être salués sur les places publiques et à prendre le premier rang dans les festins, si les pensées de leurs cœurs s'étaient mises d'accord avec les beaux enseignements sortis de leurs lèvres, que de maux auraient été évités! Le messia^ nisme ou christianisme de Jésus se serait constitué sans secousse, sans combat; il n'y aurait plus eu d'autres sentiments dans le monde qu'une charité mutuelle et une joie sans bornes. »
Â. l'origine du mahométisme et dans le cours de ses conquêtes, les noms changent encore, mais la formule, le cri, reste le même. Quand la croyance dont Mahomet se proclamait le prophète rencontrait des obstacles, quand elle se voyait entraînée à renverser des villes, à briser toute sorte de puissance, les propagateurs de l'islamisme ne cessaient de glorifier Moïse et Jésus, la loi et les Évangiles, les prophètes et les apôtres. Le mal venait d'ailleurs. Lidépendamment des idolâtres, c'était, disait-on, la faute spéciale des chrétiens, dont l'aveuglement ou la mauvaise foi détournait le sens des anciennes et sublimes Écritures; c'était la faute spéciale des juifs opiniâtres, des juifs cupides et si rudement flagellés par Dieu. « Ah ! si les chrétiens eussent été fidèles à la viaie liimièn;; ahl si les juifs eussent surmonté la