LES RAPPROCHEMENTS
dureté de leur cœur, quelle paix, quelle douce paix ne se serait pas établie sous l'étoile généreuse de l'islam, et à quel point les félicités infinies du monde présent auraient donné l'avant-goût des délices réservées au séjour de la vie future ! »
Aux jours de Luther à peine devrais-je parler des changements de noms, tant chacun sait à quel point la doctrine de Jésus-Christ et l'institution des apôtres y restent complètement hors de cause. Dans cette autre période, la gravité du mal, l'éternelle faute réside sans réserve dans les excès de la nouvelle Babylone, de la grande prostituée, dans l'esprit superstitieux et corrompu des agents de la papauté, dans l'ambition insatiable et prévaricatrice attribuée au catholicisme de Rome.
Au sein de la philosophie du xviir siècle, la même formule, le même cri ne faiblit pas; mais les noms et les apparences changent. « Qui oserait en douter? tout est bien en sortant des mains de l'Auteur des choses, » s'écrie la chaleureuse voix à laquelle on doit le livre d'Emile et le Contrai sociaL Si tout dégénère, c'est en passant par la main des hommes. Tout s'avilit hors du théâtre de la nature, tout se corrompt au souffle des sociétés.
Enfin, pour arriver d'un seul trait de la philosophie à la politique et aux affaires présentes; si des révolutions terribles se sont produites; si des gouvernements sans nombre se sont précipités ou se précipitent les uns sur les autres, c'est toujours la faute de tels ou tels hommes, de tels partis, de leur ambition, leur corruption, leur perfidie.
Mais quelque large part que nous devions faire auK
j infirmités de notre espèce, le cri renouvelé sous des
noms si différents est loin de comporter un sens aussi
étendu. Une grande part revient en pleine justice à la
propre nature des institutions et à la nature invariable
des choses. Tout ce qui a une origine sensible, une
origine susceptible d'être définie, de recevoir une
date , tout ce qui a un jour de naissance assigné
, renferme en soi son péché originel, un principe d'im-
' perfection, de faiblesse, devant lequel il n'est pas de
baptême de sang, d'eau ou de feu, qui ne finisse par
se trouver en flagrant délit d'impuissance.
Bien plus, soit que nous arrêtions nos regards sur la terre, soit que nous nous transportions par la pensée aussi loin de la terre qu'il est permis à l'intelligence humaine d'y réussir, notre faculté de jugement et notre intuition s'y rencontrent d'accord. Elles nous font concevoir que partout et pour tous, les conséquences de ce côté faible, les formes de ce péché originel sont infinies. Le Dieu unique et suprême, l'Éternel, en est seul exempt, et cela par le grand motif que nulle date ne peut lui être assignée, qu'il n'a aucune origine.
Quand une institution se crée et reçoit la marque de son apparition, le bien physique et moral qui en résulte pour le monde devient la source de ses progrès et de sa véritable grandeur. L'éclat do ce bien arrête pour un temps, mais seulement pour un temps plus ou moins long, le germe de faiblesse, le défaut natif qui en est inséparable.
Après vous avoir ramené rapidement de l'éi^oque