LES RAPPROCHEMENTS
des origines à aujourd'hui, le même chemin nous fait retourner avec une égale rapidité à cette ancienne époque de transition, là oii nous serons retenus assez longtemps afin d'en retirer les causes actuelles et morales de fausse situation les plus importantes. En effet, si la faute des hommes a été pour beaucoup dans les légitimes reproches que la révolution française doit encourir, le péché d'origine de cette œuvre de révolution y tient aussi une grande place. Si Voltaire et Rousseau ont pris une part considérable à la chute du régime politique et religieux des jours passés, le péché originel ou constitutif de ce régime n'y a pas exercé une moindre influence. Ainsi, en remontant de proche en proche dans l'ordre chronologique des événements et dans le dégagement des diverses branches religieuses, j'ai été forcé de me l'avouer : pour expliquer les résistances réciproques et les déviations, il existe des raisons tout autres encore que l'ambition ou la corruption des prêtres de Rome, que la fausse science ou la perfidie reprochée aux disciples de Luther; on y découvre autre chose que le fanatisme attribué aux enfants de Mahomet, que l'endurcissement des juifs, que l'hypocrisie des pharisiens et des sadducéens, et l'ignorance des scribes.
Or, ces raisons, cette autre chose, sont précisément ce qui doit devenir comme le point culminant dans cette seconde partie de mes lettres.
29i HOME ET LA. RÉACTION,
LETTRE XI
D'où provient dans la pratique l'antagonisme fréquent entre la foi
et la bonne foi.
Quoique originairement sœurs, la foi et la bonne foi, dans leurs applications, se montrent à l'état fréquent de dissidence et même d'antagonisme. Un tableau de mœurs primitives, tracé par une main compétente, vous en apportera la preuve; mais auparavant tâchons d'en démêler le pourquoi.
On a beau faire, dans sa manière de procéder, l'esprit humain va toujotirs de doctrine en doctrine, de théorie en théorie, de système en système. A. une époque donnée, ce qu'on est convenu d'appeler la saine pratique, l'expression du vrai bon sens, ne représente pour l'ordinaire que l'application d'une théorie antérieurement conçue et qui, pendant un certain laps de temps, a été réputée pour inexécutable, insensée. Sans contredit, une foule d'intelligences tiennent à honneur de s'élever au-dessus de tout système, de toute théorie; mais il m'a toujours semblé que cette prétention était illusoire. Seulement on croit rester étranger à toute idée théorique ou systématique lorsqu'on ne s'impose pas l'obligation d'être conséquent, et qu'on passe, sans y songer, d'un système à un