‹ Paris, Rome, Jérusalem; ou, La question religieuse au 19e siècleChapitre 52 sur 80 · LES NÉGATIONS · texte numérisé non relu

LES NÉGATIONS

LETTRK XII

D'une application nouvelle de la vieille règle : deux négations équivalent à une aiïirmation.

Le tableau précédent relatif aux dissidences entre la foi et la bonne foi nous conduit à un autre aperçu général, à une nouvelle et curieuse application de la 'règle d'après laquelle deux négations valent une affirjmation. Si l'on réunit les jugements que les Églises catholique et protestante expriment avec solennité l'une à regard de l'autre; si l'on compare ensuite ces deux témoignages négatifs au témoignage affîrmatif émis par l'Église juive, le désaccord entre celle-ci et celles-là ne semble plus aussi profond.

Revenons à la prétention de la plus ancienne et la moins favorisée des trois Églises, sans nous préoccuper encore de savoir si elle repose en tout ou en partie sur un bon fondement. Dans son sens le plus élevé, l'Église juive aurait survécu pour conserver, en faveur du monde, un élément moral, un dépôt sacré, dont l'absence rendrait tout essai de réédification générale à peu près impraticable. Cet élément, qu'il n'est donné à aucun temps, à aucune force, aucim génie, de créer h volonté, comprend le germe, le droit même de rénovation religieuse, arrivant, au milieu de nous, avec pré-

vision jiianilestée, avec autorité iégitime, avec filiation, épreuve.

Pendant tout le cours de l'ère vulgaire et moyenne,f la pensée intime de cette Église se résumait comme il suit : « J'attends, et là résident mon esprit, mon devoir, ma vigueur. Le christianisme ou messianisme actuel n'est qu'un développement de préparation, un état provisoire; le christianisme ou la puissance qui s'est approprié exclusivement ce nom, ne peut être considéré comme la fin. Jamais il ne fermera de luimême le cercle des agitations et des bouleversements auxquels la race d'Adam est condamnée ; jamais il n'accomplira, en entier, la promesse immense qui a été faite directement à nos pères. Soit que des milliers de voix affirment le contraire, soit que la durée providentielle assignée à nos épreuves embrasse des milliers d'années, peu importe. Le monde aura à inaugurer un temps nouveau, une nouvelle année de la bienveillance de l'Éternel. En l'honneur de ce principe, de ce Dieu, le monde sera forcé de se reconstituer, de recevoir un nouveau nom, de se rebâtir un nouveau temple; enfin, suivant les termes consacrés , toutes les populations de la terre entreront à leur insu ou avec plénitude de jugement dans les voies d'un autre Christ, sous k règne universel d'un autre messianisme. »

Bien ou mal fondée, telle est l'affirmation. Sans noui préoccuper non plus de savoir ce qu'ils renferment d( l'éel ou d'exagéré, de spécieux ou d'insoutenable, voie les deux jugements réciproques et négatifs qui serven en partie d'équivalent à cette même affirmation, ou qu du moins y attachent une certaine force.

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