LES OBJECTIONS
vient de réserver une sérieuse attention aux moindres aberrations qui se propagent sur l'origine, toute reculée qu'elle soit, de certaines idées et de certains événements qui ont concouru et qui concourent encore aux révolutions les plus notables. Ces aberrations ressemblent à une erreur première et insignifiante , en apparence , dans un immense calcul. A mesure qu'on s'éloigne du point de départ, l'erreur grandit de plus en plus, jusqu'au jour et au moment oii il devient indispensable qu'on la régularise. »
Enfin, vous vous rappelez l'objection d'après laquelle il vous paraissait que mes recherches ne conduisaient pas à une conclusion assez nettement exprimée. Mais, avant de conclure, je faisais valoir de mon côté l'obligation de consulter une œuvre, un livre que personne n'était en mesure de me procurer; car cette œuvre, ce livre, n'était autre que la marche prochaine des événements et leur signification expérimentale. Je ne doutais pas d'y puiser quelque jour le meilleur argument contre vos objections, contre votre manière d'apprécier d'anciennes traditions et une certaine partie de l'histoire. C'est pourquoi j'eus encore en vue de vous répondre lorsque la question d'Orient, officiellement manifestée en l'an 1840, m'eut incité à consacrer un tableau spécial à l'épopée judéo-romaine, à cette domination de l'ancienne Rome en Judée, qui renferme encore le véritable secret de l'antagonisme natif entre les deux branches judaïque et chrétienne. « Il y a déjà quelques années, vous disnis-je dans le préambule de ce nouvel essai, je m'étais cru autorisé à annoncer un travail de conclusion; mais tandis que
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j'étais appliqué à mon œuvre, Taltention générale a été frappée par des événements d'ordre politique et d'ordre religieux qui m'ont déterminé à suspendre ce que j'avais entrepris. J'ai voulu laisser aux faits nouveaux le temps d'acquérir quelques développements; j'ai voulu savoir s'ils n'étaient que des incidents passagers, ou des symptômes précurseurs, ou le commencement réel du grand débat d'esprit en matière de religion, que le xix" siècle, arrivé à la maturité de son âge, se verra dans l'obligation absolue de résoudre. »
Or, en ce présent mois de mars de l'an 1850, comparez, je vous prie, à vos anciennes objections, la disposition générale qui exerce tant d'influence sur le mouvement politico-religieux indiqué dans ma dernière lettre ; considérez le fait moral qui prédomine, et dont je vous ai entendu reconnaître vous-même et constater la nature. Dans toutes les professions et tous les ministères de l'esprit, dans toutes les fonctions de l'État, dans tous les partis, tous les rangs, les cœurs les plus élevés, les intelligences les plus expérimentées, n'hésitent pas à déclarer que leur sagesse ne rencontre plus aucun point fixe pour s'orienter. Pardonnez-moi cette image ; mais, de leur propre aveu, sur les mers orageuses où nous courons, leurs instruments habituels d'observation, tous leurs calculs ne permettent plus ni de prévoir, ni d'expliquer le flux et le reflux des eaux, les variations les plus redoutables de la boussole.
Il faut pourtant y réfléchir, car nous ne devons pas moins tenir à l'honneur de notre siècle qu'à l'honneur de notre pays, qu'à notre honneur privé. Ce siècle où nous vivons est au moment de franchir le midi de sa