LES DEUX BRANCHES
des Écritures. Les trois lois sont : d'abord la loi de Moïse, la loi première ou ancienne, le foyer des quatre principes, le tronc commun; ensuite, ce sont deux branches, deux lois secondes, deux lois nouvelles, égailement préparées, écrites et officiellement promulguées par des circoncis, par des juifs; ce sont deux lois qui doivent se peindre en la pensée comme la division trèsinégale, sans doute, mais comme la division, la bifurcation vivante et parlante du tronc primitif ou de la loi première. D'un côté et comme branche, c'est l'Eglise chrétienne, à laquelle il a appartenu d'obtenir la plus I brillante extension , qui s'est appropriée le mieux à l'état contemporain des croyances, aux besoins alors les plus généralement ressentis par la masse des esprits et parles populations. D'un autre côté, c'est l'Église judaïque, à laquelle il devait suffire d'être assez noueuse, assez vivace, pour protéger un simple bourgeon, pour ne laisser jamais péricliter le droit réservé à une rénovation générale de l'avenir. D'un côté, comme écriture, comme loi, c'est le livre de la branche chrétienne qui a emprunté, comme vous savez, aux anciennes Ecritures, le nom juif de Mébassora, bonne nouvelle, que la langue grecque a traduit par celui d'Évangile. D'un autre côté, c'est la nouvelle loi, le nouveau livre, qui, pendant toute l'ère vulgaire ou moyenne, a fait la force de la branche judaïque ou du judaïsme proprement dit, et qui a choisi précisément pour titre le nom de Mischna, c'est-à-dire loi répétée, loi seconde.
Afin de mieux attester à quel point chacune de ces deux lois secondes, la mébassorique ou chrétienne et la niischnique ou judaïque était regardée comme un
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développement nécessaire de la loi première ou du tronc commun , les maîtres et promulgateurs de l'une et de l'autre eurent recours au même moyen. Ils diversifièrent une expression, une forme, dont le principal intérêt ici est de dévoiler le sens allégorique du fameux miracle des noces de Cana. En effet, une comparaison était depuis longtemps en faveur chez les hommes de Jérusalem , qui s'appliquaient à mettre par écrit et à concilier les traditions jusqu'alors orales, d'oi^i est provenue cette loi judaïque, cette Mischna, dont les commentaires ultérieurs ont formé le Talmucl , autrement dit l'enseignement, le système protecteur de la Judée, brisée pour la seconde fois et captive. D'après ces docteurs de Jérusalem , la loi première , la loi de Moïse, était de l'eau; la loi seconde, judaïque ou mischnique et ses développements étaient du lait et du vin ; de sorte que la transmutation de la première en seconde loi coïncidait par allégorie avec le changement d'une de ces substances en l'autre.
Vous jugez, d'après cela, s'il importe de se replacer au point historique précis où le tronc religieux originel s'est bifurqué , s'il importe de définir les conditions réelles de la veille^ comme on dirait aujourd'hui, au lieu de s'en tenir aux apologies toujours si ardentes du lendemain; vous jugez s'il importe de mettre en regard les motifs qui, par avance, imposaient à la branche judaïque l'esprit de résistance religieuse, l'énergie passive, la vie d'attente et de cohésion, et qui imj)osaient, au contraire, à la branche chrétienne, la force de mouvement, la vie d'expansion , de propagande , de conquête. Enfin , et pour tout réduire en un mot, vous