LOI MATHÉMATIQUE
cher à droite ou à gauche, en proportion du nombre et de l'énergie des puissances dont il subit l'impulsion. Dans l'ordre moral, le même effet se produit lorsque des volontés opposées, des opinions et des croyances, des intérêts divergents agissent avec intensité sur une masse d'esprits, sur toute une époque. Alors et à travers le conflit de ces intérêts, de ces opinions et passions, une direction moyenne, un symbole médiateur finit par se *déclarer et par résumer ou concilier, pour un certain temps , les tendances les plus contraires.
La même loi a une conséquence qui fait également concevoir comment on arrive , tôt ou tard et de toute nécessité , à de nouveaux changements. Chaque génération apporte avec elle des forces, des idées et des volontés nouvelles, tandis qu'une partie des forces et des volontés qui avaient été précédemment les plus actives faiblissent ou s'effacent. Par suite, la direction générale, le symbole qui, à une époque donnée, avaient eu le caractère médiateur, perdent avec le temps de leur intérêt et de leur puissance. Ils finissent même par n'être plus à une autre époque qu'une des tendances extrêmes, qu'une des forces différentes qui concourent à provoquer une nouvelle voie médiatrice, un nouveau symbole, une nouvelle direction.
LETTRE XXVII
L'épopée judéo-romaine et ses diverses phases ; dans quel temps et quelles circonstances le dégagement des deux branches judaïque et chrétienne s'est opéré. ,
Il est des jours, des heures qui, pour les individus, résument une vie entière; il est des années qui, pour les Etats, résument un ou plusieurs siècles. On cite également des temps, des lieux, des événements qui, sous une apparence restreinte, résument l'histoire générale de l'humanité. La plus grande et la plus vraie des épopées connues, l'épopée judéo - romaine , est de ce nombre. Elle forme le champ, la scène où s'accomplit la transition d'un âge du monde h un autre nge, de l'ère ancienne ou première de la religion des Ecritures à l'ère seconde, vulgaire ou moyenne. Dans les diverses phases qui en dépendent, tous les principes et tous les intérêts, toutes les croyances et les superstitions, toutes les passions légitimes et les passions aveugles semblent s'y être donné rendez-vous. On dirait de la Jérusalem de cette époque qu'elle était une fournaise ardente dont les parois n'avaient pas assez de force et devaient se briser, afin de laisser lui libre cours au résultat d'une fermentation si tumultueuse.
A cause de l'impossibilité où l'on était de reculer l'origine chronologique, la date première de l'Eglise
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chrétienne, et de la rejeter, selon l'usage, dans la nuit des temps, on y avait suppléé par d'autres moyens. On prétendait qu'un voile épais, qu'un impénétrable mystère, enveloppait à jamais cette origine ; on ajoutait que les documents qui nous restent ne permettent d'établir aucun rapport sensible, aucune proportion naturelle entre les causes agissantes et connues de ces temps- là et les effets résumés dans la croyance évangélique, la forme et la rapidité de sa propagation
Cette supposition n'est pas exacte ou, tout au moins, elle implique une extrême exagération. Sans doute une foule de documents précieux ont été engloutis dans les tempêtes successives des premiers siècles; d'autres documents ont été détruits à dessein. Il est même présumable que, sous l'influence de la maxime d'après laquelle « la lettre tue et l'esprit vivifie, » le propre texte, la lettre des anciennes Écritures aurait subi le plus triste sort, si l'esprit n'avait rencontré en cela un obstacle au-dessus de sa puissance. Jusqu'à la découverte de l'imprimerie, jusqu'aux jours de Guttemberg, que nous reconnaîtrons comme bien plus coupable de la réforme que Luther lui-môme, la branche judaïque, le judaïsme de l'ère moyenne, l'opposition officielle et légitime en matière de religion, avait en quelque sorte concentré toute son intelligence et son opiniâtreté sur un point. Elle ne cessait de réunir, en faveur des textes originaux, les précautions les plus minutieuses, toutes les ressources les plus capables d'en défendre l'intégrité.
Néanmoins, malgré des pertes qui sont le plus à regretter, aujourd'hui encore les documents ne font dé-
faut qu'à ceux qui ont intérêt ou volonté de n'y point lire. Si leur nombre n'est pas considérable, leur nature est aussi expressive, aussi probante que les moyens auxquels on peut recourir soit pour éclairer, soit pour expliquer aucun des grands siècles ou des grands événements de notre histoire.
Ainsi, dans la Judée de l'époque romaine et hors de la Judée, il existe un bon nombre de documents relatifs aux religions, à la politique, aux mœurs. 11 en existe qui regardent l'abondance des mystères, la langue des symboles, tous les genres de subtilités philosophiques, mythologiques , théologiques alors en usage. 11 en existe pour nous apprendre de quelles régions tels ou tels dogmes sont originairement provenus, les échanges d'idées opérés à leur occasion , et les conséquences immédiates déterminées par ces échanges. Bien plus, nous possédons encore une foule de documents qui attestent les falsifications pieuses , les suppositions d'actes mensongers auxquels on avait recours avec pleine connaissance dans les camps les plus divers, et qu'on propageait sans le moindre scrupule.
C'est à l'aide de ces documents qu'on établit les diverses phases de l'épopée judéo-romaine, la situation respective du mosaïsme et du polythéisme , qui étaient alors les points extrêmes ou les deux pôles en matière religieuse; c'est à l'aide des mêmes documents qu'on poursuit quelques-unes des conséquences de l'antagonisme primitif entre Jérusalem et Rome, que les branches dominantes de la religion et la philosophie de l'histoire avaient jugé à propos de ne pas mettre en lumière, de retenir sous le boisseau.
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Toujours est-il que trois événements mémorables marquent le commencement, le milieu et la fin de l'épopée dans laquelle les Juifs, les Romains et les Chrétiens apparaissent comme trois grands champions.
Soixante ans avant la naissance du maître des Évangiles et plus de quatre-vingt-dix ans avant ses prédications, la lutte s'ouvre par un premier renversement de Jérusalem. La cité juive résiste, avec son énergie habituelle , à la double invasion romaine et païenne, qui marche, arrive et triomphe sous le commandement
de Pompée.
Et ici, représentez-vous de nouveau, je vous prie, la singularité perpétuelle des destinées humaines et des jugements humains. Cent ans environ avant ses premiers débats avec Rome, Jérusalem avait résisté absolument de la même manière à l'invasion de l'empire gréco-syrien et à l'invasion du même paganisme. Mais s'il y avait eu similitude dans l'intention, la dilïérence était grande sous le rapport des résultats. La première fois, les Juifs avaient donné cette haute preuve de sagesse, de rester vainqueurs. Aussi les apologistes religieux, politiques et moraux, n'ont point fait défaut à cette époque. On a presque déifié les hommes qui y furent des instruments de victoire. La seconde fois, au contraire, ces mêmes Juifs et cette même Jérusalem commirent la faute la plus grave de toutes, la plus dangereuse, la plus impardonnable, ils furent vaincus -, et votre expérience des choses vous a déjà assez appris la promptitude avec laquelle, en ces occasions, les apologistes les plus ardents s'évanouissent comme par magie ou changent de rôle.
Le milieu du drame judéo- romain se développe cent trente ans après l'invasion de Pompée ei quarante ans environ après la mort de Jésus-Christ. Il en résulte la grande guerre d'indépendance des Juifs, qui fut commencée sous le règne de Néron et terminée par le siège de Jérusalem, le plus renommé de tous, le siège de Titus.
Quant à la fin de l'épopée, elle tombe soixante ans ,„ plus tard, cent ans après la mort de Jésus-Christ. Elle " comprend la guerre générale en Orient et en Occident, où les Juifs essayèrent et réussirent en partie â entraîner la race arabe; la guerre qui, sous ce rapport, fut comme le prélude des succès obtenus dans la suite par Mahomet, et qui, après vingt années de péripéties et de sang versé à grands flots, détermina la ruine complète de l'antique nationalité des Juifs et la nouvelle dispersion et captivité de leur Église.
En résumé, la lutte complexe d'oi^i nous avons à retirer de nombreux renseignements comprend deux siècles, et se poursuit entre trois personnages principaux, Juifs, Romains et Chrétiens. Pendant la première moitié de la lutte, qui renferme la partie la plus importante peutêtre de ces renseignements et qui va jusqu'aux prédications de Jésus-Christ, les Juifs se débattent avec les Romains seuls et avec leurs auxiliaires. Jérusalem voit se développer les diverses impulsions qui finissent par amener le dégagement de la branche judaïque et de la branche chrétienne. Dans la seconde moitié de la lutte, pendant un siècle tout entier, Jérusalem oppose une double résistance aux Romains et aux Chrétiens. Le résultat final est d'un côté la défaite des Juifs en