SI LA LOI A CESSÉ
volution qui s'est opérée dans la religion des Écritures pendant l'époque de transition de l'ère ancienne à l'ère moyenne, cette révolution aurait tout accompli, tout consommé, tant dans l'ordre des choses que dansl'ordre des idées, tant sur la terre que dans le ciel.
Or, sans préjudice des idées relatives à l'ordre du ciel, ne regardons encore qu'à la terre et ne craignons pas de revenir sur quelques définitions.
A quelles conséquences ne serons-nous pas amenés, si les conditions suivantes se justifient? S'il arrive que, loin d'avoir tout consommé, tout accompli, l'ère vulgaire et moyenne, au contraire, ait laissé à l'ère nouvelle presque tout à reconstituer, à refaire; si, loin de rester sous la souveraineté absolue de la foi, cette ère nouvelle a proclamé manifestement un nouvel ordre de choses, une nouvelle conduite; si elle a travaillé et si elle travaille à un changement entier du monde sous l'influence de l'ancien principe, sous l'autorité et la protection générale de la loi ; enfin, si loin de se déclarer d'une façon brusque, ce changement a été le résultat d'une suite d'événements dans lesquels la loi ancienne, qu'on avait dite finie et morte, a rempli un rôle suprême?
Dans ce premier cas et par des causes provenant de ses origines, la branche chrétienne ne se trouverat-elle pas placée, au moral, dans une situation factice, fausse, soit par rapport h la pensée fondamentale de la religion des Écritures, soit à l'égard de la branche judaïque, sa collatérale, soit par rapport au nouvel état, à la nouvelle ère du monde.
D'ailleurs, puisqu'on reconnaît que le ])ieu des Écritures a adopté deux conduites successives, une
conduite oncienne, première, ou juive, et une conduite nouvelle, seconde, ou chrétienne, je vous redemande pourquoi ce même Dieu se priverait de manifester une autre conduite dont le monde et toutes les Églises n'ont jamais eu plus besoin ; pourquoi il ne provoquerait pas un troisième ordre mieux approprié que les deux précédents à l'âge évidemment nouveau de la famille sociale d'Adam, de l'humanité entière.
Certes, vous n'êtes pas de ceux qui confondent la Loi avec les statuts ou les lois. Entre le Législateur et le faiseur de lois, il y a tout simplement un abîme. La loi est un principe en soi, indépendant de telles ou telles lois, de tels ou tels statuts, de même que la foi est un principe en soi, indépendant de tels dogmes, de telles croyances, de môme que le peuple est un principe indépendant de la manière d'agir des générations, des classes, des familles.
De ce que l'Évangile a dit que toute la loi se résumait en ces mots : « Aimer Dieu de tout son cœur et le prochain comme soi-même'; » on a conclu que, du moment où ces grands préceptes avaient été retirés de leur source et appropriés à la souveraineté nouvelle ou au nouveau régime de la foi, il n'y avait plus qu'à abroger la loi, qu'à l'abolir. Mais quelque vraie et belle que soit la définition relative à Dieu et au prochain, la loi ancienne, la loi principe emporte d'autres caractères qui, appréciés toujours en proportion des temps et des lieux, témoignent que, malgré sa prétendue abrogation et consommation, il a appartenu à cette loi de reprendre, par ses propres forces dans la société, le mouvement et la vie.