SI LA LUI A CESSE
dogme, l'opinion, le sentiment, le jugement qui nous convient?
A moins de s'en tenir aux apparences, il est donc permis de, le dire : « Non, la loi n'a pas cessé. » Par origine et par nature sacrée, la loi est un principe médiateur et protecteur. Le règne de la loi est aujourd'hui plus que jamais l'objet déclaré des vœux de toutes les populations, de leur agitation, de leur attente. Et pourtant rien n'est plus certain: pour le meilleur perfectionnement de la race humaine, et dans l'intérêt à venir de la loi elle-même et de son renouvellement complet, la branche chrétienne avait fait cesser la loi; elle s'était mise au-dessus de son autorité; elle l'avait abolie, tuée, ensevelie. Bien plus cette abolition de la loi avait entraîné beaucoup d'autres cessations et abolitions de haute importance. A l'égalité, à la fraternité, à la liberté temporelle ou de loi, on avait substitué une égalité, mie fraternité, une liberté spirituelle ou de foi, qui se distinguait des précédentes assez clairement et qui s'en inquiétait assez peu, si l'on en juge d'après les révolutions nombreuses et profondes qui se sont accomplies ou s'accomplissent.
Après cela, contemplez ce qui advient aux grandes époques de transition, à quel prix douloureux s'accomplit le passage d'une ère du monde h une autre ère, d'un ordre de la religion des Écritures à un autre ordre; et comment les mômes impulsions se reproduisent dans un sens quelquefois tout opposé !
Jadis, à l'époque du passage de l'ère ancienne à l'ère vulgaire ou moyenne, au sein de Jérusalem, au milieu des jugements de Dieu les plus terribles, à la clarté du
temple de la loi incendié, sur les ruines d'un peuple et d'un pontificat qui duraient depuis dix-huit siècles, la foi ne se montre pas hésitante. Dans un intérêt alors providentiel, afin de s'assurer à elle-même une domination, un règne absolu, la foi dépasse le but. Elle provoque chez ses défenseurs un cri sacramentel , des déclarations irrévocables : « Ce temple incendié, ce peuple ruiné , ce pontificat anéanti , tout cela était prévu, tout cela atteste une expiation ; tout cela était juste, nécessaire, pour nous faire dire avec triomphe : Désormais la foi est tout, l'Église est tout et la loi cesse. »
Mais résumez, en peu de mots, l'ordre et la suite réelle des événements.
La loi principe et le principe loi abattus à Jérusalem, de concert avec le peuple principe et le principe peuple, se relèvent et pointent après quelques siècles de barbarie. D'illustres rois de France y prêtent les mains, et commencent à dégager ce principe loi d'avec le principe foi, qui, en vertu de la parole de Jésus-Christ : « Mon royaume n'est pas de ce monde, » avait été naturellement conduit à s'assujettir son prédécesseur, à l'absorber.
La renaissance de la loi éclate surtout au moment où l'imprimerie rend de la vie et de l'autorité à la lettre ancienne jusqu'alors opprimée, étoun"ée, et lui permet de lutter comme corps à corps avec les abus de l'esprit. Râppelez-vous, en particulier, ces hommes de jugement, toutes ces grandes figures de magistrats français qui s'élèvent si au-dessus de la condition des magistrats ordinaires. Ils préparent en quelque sorte à