‹ Paris, Rome, Jérusalem; ou, La question religieuse au 19e siècleChapitre 73 sur 80 · LES FIGURES · texte numérisé non relu

LES FIGURES

Mais l'effet des oppositions, des contrastes brille, avant tout, dans la figure fondamentale de la loi ancienne et dans tous les développements qui s'y rattachent. La propre déclaration du Sinaï, le décalogue, commence par se placer sous les auspices de cette image poétique : « Je suis l'Être, l'Éternel qui t'ai fait sortir de la terre d'Egypte, de la maison cV esclavage. » Tel est, par conséquent, le premier terme, le premier aspect de la figure prédominante. Ce premier terme est double; il consiste d'abord à comparer la servitude, l'esclavage, à une maison dans laquelle on est violemment retenu, ou, pour mieux dire, à une prison ; il consiste ensuite à identifier, à tort ou à raison, cette idée de l'esclavage, cette maison, cette prison avec les tendances et le nom d'un pays connu, ici avec la terre d'Egypte, plus loin avec le pays de Babylone.

Mais quand on se glorifie d'avoir fait sortir quelqu'un d'esclavage, c'est évidemment avec le but de l'amener dans une maison de liberté; de sorte que le second terme, le second aspect de la figure ancienne et fondamentale, est cette liberté elle-même, le contraire de le servitude, le contraire de l'esclavage. Par suite, c'est la terre promise, la maison d'Israël qui, en représentant la liberté, est opposée, en figure, à la terre d'Egypte, d'où l'on est sorti , et opposée à la terre de Babylone, reproduction allégorique de l'état de captivité, de violence.

^ La plus grande de toutes les cérémonies de l'ancienne loi, la plus vitale, est donc la Pâque, c'est-à-dire la forme du culte destinée h remémorer en tout temps la transition, le passage d'un de ces deux états à l'autre, de

la servitude h la liberté, d'une de ces deux figures à l'autre, de la terre d'Egypte ou de la terre de Babylone en la terre promise. L'ensemble des figures anciennes roule autour de cette même opposition, esclavage et liberté; toutes y convergent. S'agit-il de marquer les caractères de l'esclavage et ses conséquences, identifiés toujours avec la terre d'Egypte et avec le pays de Babylone, la poésie sacrée abonde en traits pleins de force. Dans sa langue, les régions représentatives de l'oppression sont pleines de langueurs populaires, de souffrances, de gémissements, de cris. Elle en fait des prisons crénelées d'où les captifs ne peuvent sortir, dont on ne réussit à rompre les fers qu'à l'aide de suprêmes jugements, par de violents efforts, par des coups extraordinaires comme celui de la mer Rouge. Tout au contraire, la terre promise, l'avenir de liberté, est une terre de miel et de lait où l'on n'entre qu'après de longues préparations dans le désert, qu'après avoir traversé sain et sauf plus d'une ardente fournaise. C'est une terre sur laquelle il est dit littéralement que l'on portera « la tête droite et le front levé... où chacun jouira du fruit des soins qu'il se sera donnés sans craindre personne. »

Or, qui consentirait à dire que ces figures de l'ancienne loi, de l'ancienne Jérusalem, sont réellement accomplies, sont passées, qu'elles méritant d'être rejetées au rang des ombres? Les événements qui agitent le monde depuis plusieurs siècles parlent mieux que tous les commentaires. Ils ratifient la distinction qu'une de mes dernières lettres a établie entre la signification des trois verbes généraliser, figurer et transfigurer. Ils

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