SITUATION
LETTRE IV
Situation générale des formes religieuses actuelles, et causes inévitables d'une nouvelle solution.
Malgré l'autorité des belles paroles que j'ai adoptées comme épigraphe de mes lettres et l'emploi que je me propose d'en faire, j'y introduis, néanmoins, une modification. Loin de m'en tenir aux deux points sur lesquels roulent les choses humaines, la rehgion et le gouvernement politique, j'admets trois points qui me serviront à mieux éclairer la complication des intérêts politiques et dynastiques avec les intérêts religieux. Considérés par rapport aux époques de renouvellement, et dans leur opposition avec l'état vieilli' des choses, ces trois points ou conditions comprennent le nouveau fait, le nouvel homme, le nouveau principe.
Les révolutions politiques ont le pouvoir d'établir le règne du nouveau fait, de substituer un régime à un autre régitne. Les grands changements dans les usages, dans les sentiments, dans les mœurs, se résument sous le litre de nouvel homme, et finissent par être manifestés et représentés au moyen des changements dans les dynasties. Quant au renouvellement du principe qui nous touche ici de plus près, il ne peut être ni consolidé, ni consacré que par les rénovations ou transformations religieuses; car les oc-
casions ne manqueront pas de nous en convaincre : toute forme de la religion, l'économie de toute Église n'est, en définitive, que l'expression figurée, le culte plus ou moins compliqué des conceptions, des opérations de l'esprit, des principes qui, tout en prenant leur base dans les affaires du ciel, sont appelés forcément à régler, à diriger une partie plus ou moins considérable des affaires de la terre.
Selon le temps et les circonstances, chacune de ces trois conditions de toute grande nouveauté obtient l'initiative et imprime l'impulsion aux deux autres. Tantôt c'est quelque changement dans les principes, une réformation religieuse, qui provoque la rénovation politique et dynastique, comme cela est arrivé en Angleterre, ou qui détermine une rénovation capitale dans les mœurs, comme en Allemagne; tantôt c'est le changement dans les opinions et dans les mœurs qui précède la révolution politique et les révolutions dynastiques, comme en France, et qui prépare la révolution dans le principe, dans le dogme, ou la transformation religieuse.
A mon avis, quelle est donc aujourd'hui la situation générale des formes ou branches reconnues de la religion des Écritures, savoir : la branche judaïque ou le judaïsme proprement dit; la branche chrétienne et ses trois grands rameaux, catholique ou latin, orthodoxe ou grec, protestant ou saxon ; la branche mahométane et ses divisions. Dans leur état actuel, nulle de ces branches, nulle des Églises établies, grande ou petite, n'exprime et ne peut exprimer la rénovation du principe, ni assurer l'accord nécessaire entre