‹ Paris, Rome, Jérusalem; ou, La question religieuse au 19e siècleChapitre 9 sur 80 · SITUATION · texte numérisé non relu

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cette rénovation, le nouveau fait, le nouvel homme. Dès son origine et à des degrés différents, chaque branche a reçu également pour mission de rendre d'éminents services à une pensée qui leur est commune, et d'approprier l'office de la religion à certaines phases, à certaines nécessités de la société humaine.

Or ces phases distinctes se trouvent déjà traversées ; la plupart de ces nécessités contradictoires ont disparu. Dans l'ère nouvelle qui commence à peine pour le monde, d'autres idées, d'autres conceptions de l'esprit se sont produites, d'autres intérêts, d'autres sympathies, d'autres difficultés. C'est pourquoi l'action générale des branches religieuses existantes reste de beaucoup au-dessous de la force et de la portée nouvelle du mouvement humain. L'utilité qu'on en retire est largement compensée par les inconvénients et les complications de toute sorte qu'elles font naître.

Ce n'est pas tout : dès qu'elles forment la'*volonté sérieuse de se modifier et de s'accommoder à l'esprit des nouveaux jours, ces branches actuelles tombent dans un danger immédiat. Elles se voient forcées de renier en grande partie leur propre nature, de mentir au monde, de ne plus se montrer en rapport ni avec le nom, ni avec les attributs historiques qui les caractérisent.

Mais par bonheur, et voilà comme des chemins divers nous ramènent au point de vue que j'ai à vous développer, mais, par bonheur, la sève religieuse, le principe suprême dont ces branches distinctes sont l'émanation, n'a nullement épuisé sur elles ni son autorité légitime, ni son énergie.

Depuis des siècles et surtout depuis la découverte de l'imprimerie, cette sève, ce tronc commun et sacré se prépare à pousser un nouveau jet ; tous les événements, tous les partis, toutes les sectes y ont concouru et ne cessent d'y travailler.

Gardez-vous donc de céder aux craintes exagérées qui, à rheure où je m'entretiens avec vous,^ retentissent de toutes parts. Loin de voir un présage de dissolution et de ruine dans les agitations inattendues et les cris du corps social, ces souffrances et ces cris ont un sens plus élevé, plus rassurant ; ils représentent ^i^ lies signes prochains de quelque nouvelle solution, de j quelque enfantement d'esprit inévitable.

LETTRE V

Condition inhérente à la loi du progrès et son application h la

question actuelle.

Quelque désir que j'éprouve de rejeter bien loin toute forme trop technique ou trop affectée, il me serait impossible de ne pas payer un tribut à une obligation générale. Chaque science, ainsi que tout art, toute profession, a une langue qui lui est propre et

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avec laquelle on ne tarde pas à se familiariser. C'est pourquoi, après avoir déterminé l'état de la question et afin de m'éviter plus d'une digression ultérieure, j'ai encore à réunir dans ce préambule quelques faits et considérations dont l'utilité apparaîtra assez d'ellemême.

La loi du progrès qu'on invoque si fort en ce moment renferme une condition expresse qui justifie pleinement le dessein que je vous ai exprimé de demander au passé, serait-ce au passé le plus lointain, le principe, le germe applicable à la nouveauté d'avenir, vers laquelle le présent presque tout entier se tourne et aspire.

Dans la question religieuse comme en toute autre matière, il existe des termes généraux, des noms caractéristiques qui, sous peine de donner lieu à de nombreuses confusions, à des équivoques, exigent d'être accompagnés de distinctions formelles, appropriées à l'usage public et officiel qu'on en fait. Autrement, on se prive des avantages, des éclaircissements, résultats précieux d'une classification exacte.

Enfin une conséquence importante nous sera fournie par la différence «à établir entre les époques majeures et les époques mineures de transition ou de passage, par l'existence aujourd'hui manifeste de trois ères successives du monde; l'ère ancienne, l'ère vulgaire ou moyenne et l'ère nouvelle qui commence à peine à briller.

Alors Paris, Rome et Jérusalem m'offriront, je crois, le meilleur cadre pour embrasser les principaux événements de notre siècle et tous les développements

relatifs, tant aux origines les plus éloignées de la question religieuse, qu'à ses influences présentes et à son avenir.

Sous prétexte de progrès, il n'est pas rare que les imaginations qui semblent précipiter le monde en avant et dévorer l'espace, ne réussissent qu'à lui faire rebrousser chemin. Quelquefois, au contraire, en tenant l'œil ouvert aux choses passées, en acceptant même, auprès de certains juges, l'apparence de marcher à reculons, on favorise au plus haut point le mouvement régulier vers des destinées nouvelles.

Pour la société humaine et pour l'esprit humain, la loi du progrès est loin de se réduire à une seule règle. On y découvre de nombreuses dispositions, celle-ci, entre autres : jamais le génie d'aucun siècle, ni d'aucun âge de l'humanité, cjuelque prolongé qu'on le sup-^ pose, n'a été et ne peut être rigoureusement universel. Chaque temps, de même que tout homme et toute figure d'homme, de même que toute institution reli- "* gieuse ou non religieuse, finit par ne se prêter qu'à une destination ou une prédestination particulière , par ne représenter qu'une mission spéciale. Or, le cachet essentiel de toute spécialité consiste à imposer des sacrifices multipliés en faveur d'une idée dominante, en faveur d'un sentiment, d'une situation, d'un intérêt dominants.

C'est pourquoi, lorsqu'il avance et se fortifie sur un ou sur plusieurs points, l'homme faiblit de toute nécessité et recule à l'égard de quelques autres. Comparées à notre organisation physique et morale, cette règle et sa cause sont véritablement admirables.

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