‹ Paris, Rome, Jérusalem ou la question religieuse au XIXe siècleChapitre 100 sur 107 · L'IMMACULÉE CONCEPTION · texte numérisé non relu

L'IMMACULÉE CONCEPTION

la femme royale qui le concevait et l'engendrait. D'après les poèmes et légendes de ces contrées, lorsque les créatures apprennent que Boudha va naître, tous les oiseaux de l'Himalaya accourent au palais de Képila et se posent en chantant et en battant des ailes sur les terrasses, les arceaux et toutes les balustrades. Les étangs se couvrent de lotus. Des tambourins, des harpes, des théorbes rendent des sons mélodieux sans qu'on y touche. Des dieux et des solitaires accourent des dix points de l'horizon.

Au moment où le Boudha descend dans le sein de sa mère, il est accompagné dé centaines de millions de divinités. Les trois mille milliers de régions du monde sont illuminées d'une immense splendeur. Cent mille apsaras conduisent des chœurs de musique chantant ses louanges. Pas un être n'éprouve de frayeur ni, de souffrance. Tous ressentent un bien-être infini et n'ont que des pensées affectueuses et tendres.

Dès que le Boudha est près de sortir du sein maternel, toutes les fleurs ouvrent leurs calices, de jeunes arbres s'élèvent du sol et donnent leurs bourgeons, des eaux de senteur coulent de toutes parts, les vents retiennent leur souffle, les fleuves et les ruisseaux s'arrêtent, le soleil, la lune et les étoiles cessent de se mouvoir. Dix mille filles des dieux apparaissent dans le ciel, tenant des éventails de queues de paon.

Cependant la reine s'avance dans le jardin sacré. Un arbre s'incline et la salue. La reine en saisit une branche et regardant le ciel avec grâce, fait un bâillement et reste immobile. Alors le Boudha s'élance de son côté droit sans la blesser. Un lotus blanc perce la

terre et s'ouvre pour le recevoir; un parasol descend du ciel pour le couvrir ; un fleuve d'eau froide et un fleuve d'eau chaude accourent destinés à le baigner.

Bien avant l'apparition du christianisme et quelque application qu'on en fît, quelque sens qu'on leur donnât, nous avons constaté les principaux personnages des mystères religieux et légendes en faveur dans les régions limitrophes de la Judée. On y introduisait partout une reine céleste, la mère ou l'épouse d'un dieu incarné à laquelle il appartenait d'abord de se lamenter sur ce Dieu trahi , tué par les siens à la fleur de l'âge; à laquelle il appartenait ensuite de tressaillir de joie lorsqu'aux jours du printemps et des fleurs, elle voyait ce même Dieu ressuscité, victorieux, retrouvant toute son énergie avec et comme la nature.

Après avoir proclamé le mystère du Dieu père, du Dieu fils, et dans un esprit incomparablement supérieur, l'Église chrétienne devait donc être amenée tôt ou tard au culte d'une mère de Dieu, d'une vierge et reine céleste.

Toutefois, le long intervalle de. temps qui s'écoula entre l'adoration rendue au Dieu fils et les premiers dogmes relatifs à sa mère, eut un effet dont on ne peut qu'être frappé aujourd'hui à l'occasion du nouveau dogme de l'immaculée conception. D'après les témoignages des écrivains et docteurs de l'Église catholique, non-seulement les fidèles, dans les siècles primitifs, se montrèrent peu chaleureux pour le culte, mais pour la personne même de la Vierge. En conséquence, s'il est avéré que l'Église ignore sur la mère de Jésus les circonstances toutes naturelles qu'elle était en quelq

l'immaculée conception. 457

I sorte obligée de savoir, comment ne pas douter qu'après

I . tant de siècles écoulés elle puisse connaître autrement que par le droit commun des théories et de l'imagination, les choses si intimes, si cachées dont l'immaculée I conception est l'expression convenue?

b « Nous ne doutons pas, disent ces écrivains et doc-

^ teurs de l'Église catholique, que notre Sauveur ne soit

apparu à sa très-sainte mère aussitôt après sa résur-' rection, et qu'elle n'ait été ou la première, ou toute des premières à qui il donna cette consolation. On croit que saint Jean l'évangéliste l'amena avec lui à Éphèse où elle mourut dans une extrême vieillesse. On a une lettre du concile œcuménique d' Éphèse qui prouve que, au cinquième siècle, on croyait qu'elle y était enterrée. Ce sentiment, toutefois, n'était pas si universel qu'on ne voit dans ce même siècle des auteurs qui croyaient que la Vierge était morte et enterrée à Jérusalem, dans la vallée de Gethsemani... On dit que les apôtres étant dispersés dans toutes les parties du monde pour travailler à la prédication de l'évangile, tout d'un coup ils furent tous miraculeusement transportés à Jérusalem, afin qu'ils pussent assister au trépas de la glorieuse Vierge. Après sa mort, ils ensevelirent son corps dans la vallée de Gethsemani où l'on ouït pendant trois jours entiers des concerts

d'esprits célestes Mais on ne doit pas dissimuler

que ces sortes de traditions sont très-incertaines, pour ne rien dire de plus. Quelques-uns ont cru que la sainte Vierge avait fini sa vie par 1q martyre; mais aucune histoire ne parle de ce martyre. Enfin, saint Epiphane, dans le iv* siècle, déclare qu'il ne peut pa

dire si la vierge est morte ou si elle est demeurée immortelle, si elle a été enterrée ou non, qu'en un mot personne ne sait quelle est sa fin ; mais qu'il ne doute pas que si elle est morte, sa mort doit être beu* reuse. »

Quoi qu'il en soit, le dogme récemment proclamé offre à mon sujet un premier et inappréciable avantage : il répand une nouvelle clarté sur les observations relatives aux dogmes qui vous ont été présentés dans la première partie de mes lettres. Nous avons distingué l'usage de ce mot dogme au singulier et au pluriel. Au singulier, il signifie l'enseignement, le corps de doctrine tout entier d'une Église; au pluriel, les dogmes sont les bases diverses, les articles constitutifs de cette doctrine. En ce sens les dogmes se composent de deux éléments : une opinion, une croyance, une forme qui a préalablement existé à l'état vague, flottant, et le caractère officiel, le caractère de foi imprimé à cette croyance, à cette opinion, par un pouvoir religieux, par un maître ou une assemblée reconnue. Telles dans la politique, des opinions qui n'appartiennent d'abord qu'à la philosophie, à la morale ou à de pures théories, finissent par acquérir une autorité générale, un état de fixité, sous le titre d'articles de lois, de conditions constituantes.

Il suit de là que les opinions transformées en dogmes fondamentaux deviennent naturellement immuables; mais seulement par rapport au pouvoir qui les a faites dogmes ou pour l'ordre d'édifice qui en tire son caractère et son appui. C'est même cette immuabilité des dogmes qui détermine la nécessité des transformations religieuses; car tout le monde convient de ce fait que.

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